THE JAMES HUNTER SIX – Off The Fence

Easy Eye Sound
Rhythm 'n' Blues
THE JAMES HUNTER SIX - Off The Fence

Si cela ne pouvait paraître hors de propos, on pourrait presque débuter cette chronique à la manière du regretté Coluche. À savoir que c’est effectivement l’histoire d’un mec… Celle d’un type né en 62, dans une famille laborieuse de l’Essex anglais, qui s’initia au rock n’ roll et au rhythm n’ blues en biberonnant la discothèque de sa grand-mère, et commença à chanter et à gratter les six cordes avant même son dixième anniversaire. Il enregistra son premier album dès 1986, en tant que frontman d’un groupe au sobriquet éloquent de Howlin’ Wilf & The Vee-Jays, et dix ans plus tard, alors qu’il se lançait en solo, se trouva adoubé par le légendaire Van Morrison en personne. D’ordinaire peu enclin à ce genre de parrainage, l’acrimonieux poussa même le bouchon jusqu’à assurer les chœurs sur la reprise par Hunter du “Turn On Your Love Light” de Scott et Malone, qu’il interprétait lui-même au temps reculé de Them. Neuf albums plus tard (dont un sur Universal, et quatre autres chez Daptone), c’est sous l’égide commune du grand Gabriel Roth (pilier du second label précité, et membre historique des Dap-Kings auprès de la regrettée Sharon Jones) et du décidément omniprésent Dan Auerbach (Robert Finley, Miles Kane, Nat Myers, Hermanos Guitérrez, Jon Muq, Jeremie Albino, Shannon & The Clams…) qu’il nous revient, quatre ans après “With Love”. Toujours backé par ses cinq compères, celui que l’institutionnel Mojo Magazine dépeint comme “le plus grand chanteur soul du Royaume-Uni” (titre qu’aurait jadis pu lui disputer Bill Hurley, au temps de sa splendeur) s’y fend de douze nouveaux originaux, n’en sonnant pas moins tous comme des incunables exhumés de catacombes datant d’il y a des lustres. Ainsi de la rumba introductive “Two Birds One Stone” (au parfum blue-beat prononcé), du non moins chaloupé mid-tempo “Let Me Out Of This Love” et du mambo “Believe It When I See It”, dans la droite ligne des antiques productions Okeh par Curtis Mayfield (chœurs à la Impressions inclus), ou encore du jerk “Gun Shy”, à l’orgue et aux cuivres millésimés early Famous Flames. Comme un inédit de Chuck Jackson, le languide “Here And Now” déploie son mood réveur et éthéré, avant que la plage titulaire ne réveille nos sens sur un bossa-beat effréné, nimbé d’un orgue estampillé fifties et zébré d’un gaillard chorus de sax. L’octogénaire Van Morrison pousse du larynx en duo avec son protégé sur le shuffle-blues à la Ray Charles “Ain’t That A Trip”, au fil duquel l’harmonica et la guitare de James rappellent à notre bon souvenir cette section de ses racines. Les délicats calypsos “One For Ripley” et “Only A Fool” rappellent les prouesses d’un Sam Cooke en pareil registre, et c’est sur un drum-pattern emprunté au “Monkey Time” de Major Lance que se déhanchent “A Sure Thing” et ce “Trouble Comes Calling”, que le dénommé Andrew Kingslow gratifie d’une sautillante partie de piano. C’est ce même suspect qui officie sur “Particular”, slow swing jazz number joué aux balais, dans la veine de Nat King Cole. Faut-il réellement souligner que Hunter s’exprime de bout en bout comme le remarquable soul crooner qu’il demeure? Un album qui séduira sans doute autant les amateurs de pop-corn (le genre rétro, pas la friandise) que ceux d’un rhythm n’ blues intemporel. A must have, you better believe it!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, February 18th 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::::

To buy the album

::::::::::::::::::::::::::

ITW de JAMES HUNTER
Interview réalisée le 10 novembre 2016, par Patrick DALLONGEVILLE
Remerciements à Maniel Figuères

En 30 ans de carrière, ce chanteur-guitariste n’a cessé d’affirmer sa passion pour le véritable rhythm n’ blues noir des années 50 et 60.

Paris-Move: Tu as formé Howling Wilf & The Vee-Jays au milieu des années 80. Était-ce ton tout premier groupe?

James Hunter: Oui et non. En fait nous avions commencé sous la forme d’un trio, et nous nous faisions un peu d’argent en nous produisant dans les rues de Londres.

Paris-Move: Je me souviens vous avoir vus alors dans un festival belge, où vous aviez remporté un succès certain. Et voilà que près de dix ans plus tard, on te retrouve en tant qu’artiste solo, avec pour ton premier album un invité de renom: Van Morrison. Comment est-ce arrivé?

James Hunter: En fait, Howlin’Wilf & The Vee-Jays ont continué jusqu’en 1989. Peu après leur séparation, tandis que je jouais au King’s Hotel à Newport, dans le sud du Pays-de-Galles, Van Morrison est venu me voir après le concert. Nous avons alors sympathisé en nous découvrant pas mal de passions communes, notamment Bobby ‘Blue’ Bland, Sam Cooke et Jerry Lee Lewis. Le propriétaire du club nous indiqua ensuite que Van aurait sans douté aimé travailler avec nous. Nous étions abasourdis ! Hélas, rien de tout cela ne s’est d’abord concrétisé, et je suis revenu un an plus tard vers cet intermédiaire pour lui rappeler ses propos. Dès le lendemain, Van nous téléphonait pour nous proposer de l’accompagner lors de la remise des prix du Belfast Telegraph, retransmis en direct sur la TV irlandaise  ! Nous y avons interprété avec lui un titre de Bobby ‘Blue’ Bland, “You’re The One”, et un de James Brown, “Out Of Sight”.

Paris-Move: On connaît la suite: Van Morrison t’a engagé en tant que choriste sur son album “Days Like This”, avant de t’emmener en tournée aux États-Unis en 1996. Ta carrière semble de fait progresser par décennies, puisque dix ans plus tard, ton album “People Gonna Talk”, s’est trouvé nominé pour un Grammy Award. Et à présent, nouveau pas de géant, puisque te voici désormais signé sur le plus prestigieux catalogue soul actuel, Daptone. Comment en es-tu arrivé là?

James Hunter: Eh bien, Gabriel Roth, l’un des deux patrons de Daptone, avait déjà produit cinq titres de notre précédent album chez Concord. C’est nous qui l’avons harcelé quand notre contrat avec cette compagnie est arrivé à terme.

Paris-Move: Toi et tes musiciens (“The James Hunter Six”) avez donc enregistré ce nouvel album, “Hold On”, dans les studios Daptone. Comment Gabriel Roth se comporte-t-il en tant que producteur? N’est-il pas un peu interventionniste?

James Hunter: Nous sommes entrés en studio avec nos arrangements déjà prêts. Le rôle de Gabe s’est principalement axé sur la prise de son. Ils ont tout cet équipement vintage, tu sais, c’est pratiquement un musée sonore là-bas! De ci, de là, toutefois, il nous a tout de même fait quelques suggestions qui amélioraient les choses, comme ce trio de choristes issus d’un groupe du nom de “Hepcat”, qui assurent les backing vocals sur “This Is Where We Came In” et “A Truer Heart”.

::::::::::::::::::::::::::