| Funk, Soul Jazz |
Lauréat d’un Grammy Award, le trompettiste londonien Nick Etwell a collaboré avec maints artistes majeurs, parmi lesquels David Axelrod, Beck, Roger Daltrey, les Foo Fighters, Noel Gallagher et Tom Jones, et passé plus d’une décennie en tournée avec Mumford & Sons. Au fil de sa carrière, il s’est toutefois consacré de plus en plus à sa véritable passion: la riche tradition des musiques noires américaines. Dans ce registre, il a travaillé avec des icônes telles que Carla Thomas, Ronnie Spector, Mavis Staples, Cyril Neville et Fred Wesley, ainsi qu’avec des artistes contemporains comme Jill Scott, Thee Sacred Souls, Antibalas, Jon Cleary et Adrian Quesada. Mais par-delà son travail d’accompagnateur de scène comme en studio, son sextet soul-jazz The Filthy Six constitue son principal projet musical. Après avoir publié trois albums dans les années 2010 chez la légendaire maison britannique Acid Jazz, la formation signe ici son second opus pour le label Color Red, basé à Denver. Le parcours des divers membres du groupe témoigne aussi de collaborations avec d’autres grands noms, tels qu’Amy Winehouse, Jack White, Dionne Warwick, Mark Ronson, Robbie Williams, Jamie Cullum et Madness. S’appuyant sur les canons établis par des maîtres issus d’iconiques labels comme Blue Note et Prestige, ainsi que de Lou Donaldson, Jimmy Smith et Jimmy McGriff, ils y incorporent certaines influences modernes, propulsant le soul-jazz dans l’ère actuelle via une soul instrumentale néanmoins captée en mode analogique. Souvent comparés à leurs compatriotes du James Taylor Quartet, The Filthy Six s’en démarquent toutefois par une approche où les cuivres s’expriment couramment à part égale avec le Hammond B3, ainsi qu’en attestent ici leur “The Favourite” d’ouverture et le single “Jack Attack”, révélant une démarche héritée d’artistes américains aussi millésimés que Junior Walker, King Curtis et les Mar-Keys. Leur guitariste James Fenn semble d’ailleurs avoir parfaitement assimilé, outre celui de Grant Green, le jeu nerveux et précis du non moins regretté Steve Cropper. Ultime détail significatif: comme les Trois Mousquetaires de Dumas, les Fithy Six sont sept, avec l’apport de leur fidèle percussionniste Snowboy, qui apporte souvent à l’ensemble une touche latina bienvenue, comme sur le chaloupé “Mr Shmingle Bangle” (où la trompette d’Etwell et les six cordes de Fenn se taillent la part du lion). Dédié à la mémoire du martyr George Floyd (dont l’assassinat par la milice policière U.S. fut à l’origine de l’expansion du mouvement Black Lives Matter), “911 Blue (For George)” offre un solo d’orgue churchy (signé Pete Whittaker) poignant d’émotion recueillie. Dans l’esprit de Brother Jack McDuff, le bien intitulé “Swapsies” favorise en huit minutes les échanges multiples entre les membres du sextette (Erwell et Whittaker en tête, sans omettre le sax soulful de Mark Brown, ni les six cordes bluesy de Fenn), les facultés propulsives du groupe se fondant sur la section rythmique aussi funky que réactive que constituent le bassiste Dan Drury et le batteur Simon Lea. Nos amis concluent sur l’échevelé “Shinding For Sharon”, renvoyant aux riches heures du Ronnie Scott’s, quand la jeunesse du Swinging London venait s’y encanailler au son de Brian Auger, Graham Bond et Georgie Fame. Disponible aux format LP, CD et digital, voici donc une galette dont la brièveté (à peine plus d’une demi-heure) nous fait trépigner dans l’expectative d’un Vol.2 (et plus si affinités).
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, November 4th, 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::::