THE EXILES – Turning Time

Bad Reputation / BAD260702
Heavy Rock
THE EXILES - Turning Time

Mine de rien, le ci-devant Éric Coubard (mogul de Bad Reputation) pourrait prétendre à une chaire dans les rubriques Rehab’ et Highway 666 du mensuel Rock & Folk. Qu’est-ce qui peut bien motiver cet infatigable entomologiste à persister à fouiller ainsi les bacs à soldes des quatre décennies écoulées, pour y dénicher pareilles cohortes de gueules cassées, oubliées ou tombées au champ d’honneur? On a certes connu avant lui Lenny Kaye et ses “Nuggets”, ainsi que Greg Shaw chez Bomp (voire Ace, Bear Family et Light In The Attic de nos jours), ou encore jadis le regretté Patrick Mathé chez New Rose et Last Call, mais qui d’autre que lui pour se pencher obstinément et avec le même enthousiasme sur ces laissés pour compte de la grande industrie du divertissement, subdivision rock n’ roll? Au simple regard de la pochette de cette réédition, on devine en tout cas que ces nouveaux inconnus au bataillon n’ont jamais réellement prêté la moindre attention à Orchestral Manœuvres In The Dark, ABC, Soft Cell, Culture Club et autres Bow Wow Wow. Par contre, dès les “Turning Time” et “Rainmaker” introductifs, on repère sans peine leurs références. Un peu comme si le Jeff Beck Group avait pu continuer sa route avec Rod Stewart afin de tenir la dragée haute à ses propres usurpateurs du Zep (ou si Aerosmith avait engendré son propre clone british), la plage éponyme présentait tout ce qu’il fallait pour inquiéter des Black Crowes ascendants (énergie funk, riffs létaux, slide fumante et piano bastringue) et celle qui lui succède évoquait de manière troublante le “Living On The Edge” de la bande à Tyler. C’est que nous étions alors en 1996, et qu’outre son anachronisme, l’autre handicap majeur de l’affaire résidait dans le fait que ses deux leaders (le chanteur émérite Paul Rafferty –  sorte de compromis entre Robert Plant, Paul Rodgers et Steve Marriott – et le guitar hero Sean Manning – cf. Jimmy Page, Paul Kossoff et Joe Perry) s’avéraient des expatriés anglais à Los Angeles (d’où le nom de leur collectif), et qu’ils peinaient à y maintenir un line-up stable, changeant de section rythmique au gré des sessions. Il subsiste pourtant beaucoup de belles choses dans cette réédition augmentée, même si la plupart d’entre elles relèvent du parcours fléché (Led Zep circa “Physical Graffiti” pour “Soul Woman”, “Friend”, “Richmond Castle Walk”, “Woman Let It Shine” et “Mission Bell”, Bad Company et Free pour “Tearing Up A Storm”, “Travelling Blues”, “Feminine Side”, “I’m The One” et le pastoral “Carry You Home”, tandis que les soul-ballads “Soul Has No Home” et “High Old Times” n’auraient pas déparé sur un album des Faces). Bref, une (re)découverte plus que conseillée aux mélomanes férus de ce heavy-rock mâtiné de folk testostéroné, largement estampillé seventies. Right place, wrong time, certes, mais rien n’empêche de leur accorder une seconde chance (d’autant qu’en l’occurrence, vous en serez les premiers bénéficiaires).

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, July 2nd, 2026

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