| Americana, Folk |
Kristina Stykos et Steve Mayone sont des auteurs-compositeurs-interprètes qui ont découvert par hasard qu’ils étaient cousins, et en ont résolu d’œuvrer dès lors en duo sous le sobriquet de The Cousins Project. Tour à tour americana, folk-rock et bluegrass, ils ont d’abord pris le temps de faire connaissance, n’ayant réalisé leur lien de parenté (via leurs grands-parents) qu’en 2006. Publié en 2013, leur premier album en commun, “Beautiful Blood”, fut ainsi enregistré dans leurs home-studios respectifs. Demeurés en contact (bien que Kristina résidât dans le Vermont, et Steve à Brooklyn), ils ont continué à écrire et enregistrer ensemble, bien que la pandémie ait un temps rendu leur collaboration plus ardue. Treize ans après son prédécesseur, voici donc enfin le second album de The Cousins Project, et s’ils n’en co-signent collectivement qu’une humble moitié (pour concéder à Kristina cinq compositions personnelles, et seulement deux à Steve), il n’en s’agit pas moins d’un album à deux voix et quatre mains, sans oublier pour autant les quatre membres cardinaux de leur ami Jeff Berlin, qui agrémente ces treize plages du groove subtil et entraînant de son drum-kit. S’ouvrant sur l’instrumental “Green Moutain Moonrise” de Steve, enchaîné au “This World Is Broken” de Kristina (rappelant la veine sans concession de Patti Smith et Lucinda Williams, et comportant un chorus de piano de Neal Massa, ainsi qu’un non moins saisissant solo de slide électrique), les treize plages de ce disque oscillent entre folk et rock adulte. Ce sont toutefois celles que co-signent les Cousins en question qui retiennent prioritairement l’attention, ainsi des pénétrants “Your Bitter Love” et “Woods Road”, qu’ils chantent ensemble, et où l’harmonie de leurs timbres en révèle également le contraste. Plus nasal, celui de Steve avoisine en effet le registre d’un Peter Perrett, tandis que légèrement voilé, celui de Kristina en propose le contrepoint idéal. Le picking alerte du touchant “Traveler” incline vers Jorma Kaukonen en mode bluegrass, dont le rag cocasse “What Ya Come Here For” accentue encore le caractère appalachien (notamment via l’apport du violon de Patrick Ross), tandis que le celtique “Wandering” accueille le flûtiau aérien de Seamus Egan, et que l’épique “This Green Valley” célèbre les liens familiaux. Leurs contributions respectives s’étendent heureusement à leurs compositions séparées (ainsi de la lap-steel de Steve sur le “And The Love Came Pouring Out” de Kristina, ou encore des chœurs de cette dernière sur le folky et dylanesque “Shows To Go Ya” de ce dernier). L’une des perles de ce recueil n’en demeure pas moins ce “Give It Time (Hiding in Plain Sight)” que signe Kristina seule, sorte d’ode poignante aux secondes chances que l’on donne parfois à l’amour, après en avoir pourtant déjà éprouvé les déceptions. Elle en fait autant de la plage titulaire, qu’elle interprète d’une voix subtilement enrouée qui en accentue la sincérité. Se refermant sur le pastoral “The Story Tree”, un album d’une remarquable fraîcheur, en dépit du réchauffement climatique.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, June 19th, 2026
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