| Classique, Jazz, World |
Le pianiste et compositeur britannique Terence Collie franchit une étape décisive avec son huitième album à ce jour, en le publiant pour une fois sur un label (alors que ses prédécesseurs étaient autoproduits). Nous vous l’avions présenté l’an dernier avec “Elements” (chroniqué ICI), dont la facture mariait sa fidèle section rythmique (Nick Lenner-Webster, contrebasse, et Ted Carrasco, batterie) à un trio à cordes classique, selon un concept lié au fondamentaux de la nature (l’air, la terre, le feu et l’eau), et il nous revient avec un thème non moins organique, puisqu’il s’agit cette fois de sa propre généalogie. Capté aux légendaires studios Real World fondés par Peter Gabriel, “DNA” (ADN en français) s’ouvre en effet sur “Montrose To Mahé”, en référence à son propre arrière grand-père, James Moses Collie (1807-1872), qui navigua depuis son Écosse natale jusqu’aux Seychelles, où il s’établit et se maria pour fonder famille. On y retrouve la même configuration acoustique que sur “Elements” (un sextet où s’équilibrent les deux trios, augmentés cette fois d’un percussionniste), mais cette composition, entamée sur un jig écossais mené tambour battant par les cordes, évolue rapidement vers un groove africain, avant de bifurquer sur un swing shuffle pour revenir ensuite au même motif de basse roulante, évoquant les ressacs de l’Océan Indien. Terence se retient la bonne moitié de cette pièce durant, avant de tirer de ses ivoires un virevoltant chorus, où l’on reconnaît alors toute son aisance alerte. La thématique du sang-mêlé dûment exposée, “Good Genes” adopte une rythmique bossa, où l’on peut apprécier la complémentarité entre les deux trios et leur percussionniste volubile, Cosimo Keita Cadore, que l’on retrouve au fil du plus languide “Silhouette”, dont le pattern s’emballe progressivement sur les travées du piano, pour déboucher in fine sur un sensible solo de contrebasse, et venir mourir en decrescendo sur le tapis que lui tressent les cordes. Le latin beat continue de présider avec l’entraînant “Tall Palm Trees”, où l’on discerne à nouveau l’héritage subtil et funky du regretté Chick Corea, et où le cercueil de Lenner-Webster bénéficie d’un nouveau billet de sortie, avant que les touches de son leader n’en reprennent possession pour y céder le pas aux percussions sur le final. La délicate et mélancolique valse lente “Beau Vallon” exprime ensuite la nostalgie de Terence envers la plage où il passait enfant ses vacances d’été auprès de sa grand-mère maternelle, tandis que “Harbour View” (inspiré du nom de la pension de famille que tenaient ses grands-parents sur l’île de Mahé) mâtine un blues en douze mesures à des rythmes créoles traditionnels, pour illustrer le melting pot qui y régnait, traversé d’un énième solo de contrebasse inspirée qui se répète sur “La Digue”, autre valse dont les cordes de chambre tissent la trame langoureuse, et où le piano s’épanche en de vibrantes saillies jazzy. Bonus track ne figurant que sur la version CD, “Bird Island” conclut sur un swinguant 5/4 beat où le trio jazz est rendu à lui-même, restituant la complicité qui l’anime dans les clubs dont il est l’hôte coutumier. Un authentique album d’été, aussi lumineux et chatoyant que son cover art signé Kate Howe, à commander directement sur https://www.tcollie.co.uk/
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, July 10th, 2026
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