Steve Kovalcheck – Buckshot Blues (FR review)

OA2 records – Street date : April 3, 2026
Jazz

Résumé :
Buckshot Blues de Steve Kovalcheck met en lumière un trio de jazz magistral réunissant le bassiste Jon Hamar et le batteur Jeff Hamilton. Mêlant jazz straight-ahead, grooves blues et influences subtiles de fusion, l’album souligne la guitare expressive de Kovalcheck et ses compositions richement texturées. Le résultat est un enregistrement vibrant et profondément musical qui honore la tradition du jazz tout en l’ouvrant vers des territoires nouveaux.

Buckshot Blues de Steve Kovalcheck redéfinit le trio guitare jazz moderne

Les premières notes arrivent avec une autorité tranquille: une ligne de guitare qui se déploie avec clarté, précision et une élégance presque naturelle. En écoutant Steve Kovalcheck, on comprend rapidement que la maîtrise technique n’est plus la question. Sa dextérité, ses traits fluides, la subtilité de ses couleurs harmoniques et ce sens presque architectural de la phrase musicale sont établis depuis longtemps. Ce qui intrigue davantage, c’est le paysage intérieur qui façonne sa musique: un univers nourri d’influences multiples qui affleurent au fil des treize titres de Buckshot Blues.

Pour un auditeur européen comme moi, ce son évoque immédiatement une forme de familiarité. Il rappelle les cycles de concerts auxquels j’assistais à l’adolescence entre Versailles et Paris, où de petits clubs accueillaient des musiciens dont la musique se situait quelque part entre tradition et expérimentation discrète. Le trio de Kovalcheck s’inscrit dans ce même esprit: un langage jazz profondément enraciné dans l’histoire mais parfaitement à l’aise lorsqu’il s’aventure au-delà de ses frontières.

Là où cet enregistrement se distingue le plus clairement, c’est dans la qualité des musiciens réunis autour du guitariste. Le bassiste Jon Hamar se montre constamment éblouissant, passant avec aisance de lignes walking profondes et résonnantes à des passages lyriques qui semblent presque chanter. Le batteur Jeff Hamilton, maître de la nuance, offre un cadre rythmique à la fois souple et affirmé, alternant délicatesse des balais et accents précis de cymbales avec une aisance remarquable.

L’architecture des compositions de Kovalcheck permet surtout à ces voix de respirer. Plutôt que de réduire la section rythmique à un simple accompagnement, le guitariste écrit avec l’instinct d’un narrateur d’ensemble, laissant à chaque musicien l’espace nécessaire pour façonner le récit musical. Le morceau The Prairie Edge en offre un exemple frappant: la guitare introduit une idée mélodique suspendue dans l’air, bientôt ancrée par la chaleur du registre grave de la basse, tandis que la batterie redessine subtilement la pulsation.

La polyvalence de Kovalcheck lui a depuis longtemps valu une place privilégiée parmi les collaborateurs du jazz contemporain. Au fil des années, il a partagé la scène et le studio avec des figures majeures telles que John Clayton, Pat Bianchi, Terrell Stafford, René Marie, Bobby Floyd, Lewis Nash, Danny Gottlieb, Chris Potter, Nicholas Payton ou encore Howard Levy. On retrouve inévitablement l’écho de ces rencontres dans cet album.

La musique circule librement entre un jazz straight-ahead affirmé et des passages presque littéraires dans leur romantisme. La densité harmonique suggère parfois la fusion, sans jamais que le trio ne s’y installe complètement. À la place, l’album privilégie une élasticité rythmique, des grooves subtils et une clarté mélodique qui laissent les styles se fondre les uns dans les autres.

Certains moments frappent particulièrement l’oreille, notamment lorsque Jon Hamar saisit l’archet. Le son de la basse arco introduit alors une texture plus sombre et presque orchestrale qui met en relief l’écriture de Kovalcheck. Dans ces passages, la basse dépasse sa fonction rythmique pour devenir une seconde voix mélodique, enrichissant la palette émotionnelle du trio.

Plusieurs compositions de l’album portent également une dimension personnelle. Donald’s Juke Joint rend hommage au pianiste Donald Brown, tandis que Bright Child évoque la mémoire de l’organiste Akiko Tsuruga, collègue et amie disparue trop tôt. Ces clins d’œil confèrent à l’album une gravité discrète, rappelant que le jazz est autant affaire de mémoire et de communauté que de virtuosité.

Le titre Buckshot Blues peut sembler trompeur, peut-être volontairement. Si le mot «blues» suggère un cadre stylistique précis, l’album lui-même s’emploie à le dépasser. Les influences de Kovalcheck sont trop nombreuses et son imagination trop vive pour se laisser enfermer dans une seule étiquette. Pourtant, au cœur de cette fluidité stylistique, un élément demeure constant: la clarté de la ligne mélodique portée par la guitare, pure et directe, comme une eau de montagne traversant un paysage changeant.

Au fil des treize morceaux, le trio maintient une énergie remarquable. La section rythmique reste constamment en mouvement. Par moments, Jon Hamar guide subtilement la musique vers des élans bebop pleins d’agilité, avant d’ouvrir de nouveaux espaces pour la guitare de Kovalcheck. Pendant ce temps, Jeff Hamilton ponctue la conversation de touches rythmiques à la fois spontanées et parfaitement mesurées.

Les auditeurs familiers du trio guitare-basse-batterie pourraient croire savoir à quoi s’attendre. Pourtant, Buckshot Blues prospère précisément dans la surprise. Les codes du format semblent respectés, avant d’être doucement déplacés. Les mélodies bifurquent, les rythmes se transforment, et la musique invite sans cesse l’auditeur vers des territoires inattendus.

Comme l’a un jour écrit DownBeat: «Steve Kovalcheck dégage une véritable âme.»

Au final, Buckshot Blues ressemble moins à un simple album qu’à une conversation prolongée entre trois musiciens qui parlent la même langue avec une rare complicité. La tradition est bien présente, mais comme une ressource vivante plutôt qu’un modèle figé. Ce qui en émerge est une musique à la fois réfléchie, aventureuse et profondément humaine, le son d’un trio qui explore de nouveaux chemins tout en honorant ceux qui l’ont précédé.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, March 12th 2026

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Website

Musicians :
Steve Kovalcheck – electric guitar
Jon Hamar – double bass
Jeff Hamilton – drums

Track Listing :

1  Happy Train  4:07
2  What’s New  6:55
3  The Prairie’s Edge  6:01
4  Buckshot Blues  4:16
5  Donald’s Juke Joint  5:48
6  Big Red’s Arrival  4:38
7  Daydance  4:53
8  You’re My Everything  5:48
9  Fast Eddie  4:02
10  Bright Child  6:52
11  Skylark  7:02
12  Crab Lantern Blues  4:37
13  I’ve Been Everywhere  3:37

Production Info:
Produced by Steve Kovalcheck
Recorded by Steve Genewick at Stagg Street Studios, Van Nuys, CA, on September 5-6, 2025
Mixed by Steve Genewick at the Stewart House
Mastered by Peter Doell at 21st Century Audio, Los Angeles, CA
Studio photos by Jessica Ragsdale
Kovalcheck portrait by Max Ralston
Cover design & layout by John Bishop