| Rhythm 'n' Blues |
À peine âgé de 26 ans, ce chanteur, songwriter et claviériste fait une entrée remarquée sur la scène blues internationale. Il a de qui tenir, puisque son bassiste de père, Anthony Gullage, servit auprès de sommités telles que Dr. John et Henry Butler, et que sa grand-mère Alberta enregistrait du gospel dans les sixties. Enregistrées et produites à Nashville par le renommé Tom Hambridge, ces douze plages (à l’écriture desquelles contribue également ce dernier) ne laissent rien au hasard, puisque l’on y retrouve aux fourneaux, outre le même Tom aux drums, Kevin McKendree aux claviers (Tracy Nelson, Chris “Badnews” Barnes, Tinsley Ellis, Gina Sicilia, Randy Lee Riviere, tous chroniqués ICI), Kenny Greenberg aux six cordes, ainsi que Rob Cureton et Tommy McDonald à la basse, tandis qu’un autre protégé de Hambridge, Christone “Kingfish” Ingram, s’invite sur l’une d’entre elles. Avec son funky pattern de piano électrique rappelant fortement celui du “Nothing From Nothing” de Billy Preston, le “Just Kiss Me, Baby” d’ouverture n’en affirme pas moins l’étendue des talents du jeune homme: chanteur puissant et profond et pianiste accompli, il y affirme d’emblée sa personnalité, comme le confirme ensuite le single titulaire. Sur un gospel beat urgent, et avec ses chœurs et son Hammond B3 brûlant, cette co-signature Hambridge-Gullage semble idéalement carénée pour les charts et l’airplay. Le non moins funky “Things I Can’t Control” introduit les cuivres de Max Abrams et Julio Diaz, tandis que McKendree, Greenberg et Hambridge persistent à y attiser les braises qu’entretient le timbre impressionnant d’un Sonny mué en soul preacher. Le mélancolique “Separate Ways” aurait pu se contenter de n’être qu’une heartbreak soul ballad de plus, si sa bifurcation mid-tempo (et l’interprétation bouleversante qu’en donne Sonny) ne la hissaient pas au niveau d’instant classic intemporel pour toute rupture douloureuse (auprès du “Désormais” d’Aznavour, du “Can We Still Be Friends” de Todd Rundgren et du “I Believe in You” de Neil Young). Avec l’irruption de la guitare incandescente de Kingfish, “Worried About The Young” ancre davantage encore le climat entre soul et blues, là où frayaient il y a une demi-siècle Robert Palmer, Andy Fraser et les Doobies de Michael McDonald, tandis que “Blues All Over You” s’avère pour sa part un Chicago-shuffle traînant, manifestement destiné à ne pas perdre ce segment du public en chemin. “I’ve Been There” est une autre soul ballad réconfortante où étincelle l’expressivité de Sonny, confirmant si besoin était qu’une carrière mainstream pourrait tout autant s’ouvrir à lui, si l’envie lui en prenait. En dépit d’une telle éventualité, “Stop That Stuff” n’en demeure pas moins un boogie-woogie échevelé où, sur les basses roulantes des ivoires, Greenberg se fend d’un foudroyant solo, tandis que Gullage y éructe comme un bar-room shouter, et “Tattooed Wings” un slow-deep blues dans la veine dépitée de Ray Charles et Charles Brown, où l’association piano-orgue opère à merveille. Le holler s’attife de funk pour “Hot House”, et le bien intitulé “File Under Blues” est un boogie-shuffle dans l’esprit du “Feelin’ Good” de Junior Parker, avant que Sonny ne ferme le ban sur le poignant et churchy gospel “Home To You”, au fil duquel les cuivres se joignent à son chant et son clavier. Avec ce premier album détonant, ce newcomer from New-Orleans abat d’entrée de jeu une carte maîtresse, et puisque ses prestations scéniques s’avèrent du même tonneau, on ne peut que lui souhaiter le meilleur.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, November 29th 2025
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