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Arrivé un peu tard sur nos platines, Slow, le nouvel album de Samuel Bonnet, mérite pourtant que l’on s’y attarde, et ce retard possède finalement quelque chose d’assez amusant pour un disque qui prend précisément la lenteur comme point de départ. Samuel Bonnet est originaire de Paris, non pas de ce coin perdu du Texas appelé Paris et rendu célèbre par Wim Wenders dans son film Paris, Texas, mais bien de Paris-France, ville qu’il quitte en 2009 pour s’installer à Montréal, au Canada francophone. Depuis, le guitariste a construit un parcours qui ne se laisse pas enfermer dans une seule catégorie. Sa musique repose sur une connaissance réelle de la guitare classique, mais elle s’est progressivement ouverte aux libertés du jazz, à l’improvisation et à cette conception très particulière du trio où chaque instrument doit pouvoir devenir une voix. Slow arrive après cette période étrange où la pandémie a brutalement interrompu les habitudes, les déplacements, les concerts et jusqu’à notre perception du temps. Pour Samuel Bonnet, cette interruption semble avoir produit une réflexion plus profonde : que faisons-nous réellement de notre temps lorsque nous ne sommes plus obligés de courir ? La question pourrait sembler banale, mais elle prend aujourd’hui une résonance particulière dans une société qui transforme la vitesse en signe de réussite. Il faut aller vite, répondre vite, produire vite, penser vite, parfois même se distraire vite. La « hustle culture » dont parle Bonnet est précisément cette mécanique qui finit par rendre suspect tout ce qui ne produit pas immédiatement un résultat.
Ses voyages, notamment la découverte d’une certaine conception italienne de la « slow life » et de la tradition ayurvédique indienne, l’ont conduit à reconsidérer cette relation au temps. Il rejoint ainsi, d’une certaine manière, la réflexion menée il y a déjà vingt ans par le journaliste canadien Carl Honoré dans Éloge de la lenteur : ralentir ne signifie pas nécessairement faire moins, mais retrouver une mesure plus juste, notamment pour les choses qui exigent de la concentration, de la pensée et de l’écoute. La musique appartient évidemment à cette catégorie. Elle ne se laisse jamais totalement réduire à une consommation immédiate. Elle demande que l’on reste, que l’on entende la phrase jusqu’au bout, que l’on accepte le silence entre deux interventions. C’est précisément ce que Samuel Bonnet semble vouloir mettre en pratique avec Slow. Le titre ne doit donc pas être compris comme une indication de tempo générale. L’album n’est ni uniforme ni contemplatif au sens où certains pourraient l’entendre. Il y a du swing, du mouvement, des accélérations, une véritable énergie collective.
La lenteur est ailleurs : dans la façon dont les musiciens laissent les idées se développer, dans le refus de remplir chaque espace, dans la confiance accordée à la mélodie. C’est une lenteur de l’écoute plutôt qu’une lenteur du métronome. Et cette distinction est essentielle pour comprendre la musique de Bonnet. Son trio, formé avec le contrebassiste Jonathan-Guillaume Boudreau et le batteur Simon Bergeron, fonctionne moins comme une structure destinée à accompagner le guitariste que comme un organisme collectif. La contrebasse donne au discours une profondeur harmonique tout en conservant une fonction mélodique, tandis que la batterie ne se contente jamais d’être un simple repère métrique : elle participe à la respiration du groupe. Dans cette configuration, la guitare peut se permettre de ne pas tout dire. C’est une qualité importante, car le jazz de Samuel Bonnet ne repose pas sur l’accumulation de notes, mais sur leur placement. Son instrument acoustique, avec la résonance particulière des cordes nylon, apporte une matière sonore immédiatement identifiable. Le timbre est plus rond, plus boisé, moins frontal qu’une guitare électrique, et cette caractéristique change nécessairement la manière de construire les phrases. Bonnet semble en tirer parti en privilégiant l’articulation, la nuance et la durée des résonances. La note n’est pas simplement produite puis abandonnée ; elle continue d’exister dans l’espace sonore. Cela donne à son jeu une dimension presque tactile. On écoute la phrase, mais on écoute aussi ce qui demeure autour d’elle.
C’est dans cet espace que Joe Magnarelli trouve naturellement sa place. Le trompettiste américain, présent sur plusieurs morceaux plutôt que sur la totalité du programme, n’est pas utilisé comme une attraction extérieure venant modifier artificiellement l’identité du trio. Sa présence agit davantage comme un révélateur. Sa trompette apporte une autre attaque, un autre souffle, une autre manière de dessiner la ligne mélodique. Là où la guitare peut prolonger la note par la résonance des cordes, la trompette travaille avec le souffle, l’articulation et la projection. Le contraste entre les deux timbres devient alors une composante de l’écriture. Bonnet ne cherche pas à faire disparaître cette différence ; il l’utilise. C’est probablement l’une des réussites les plus intéressantes de Slow.
Dès « Nylon Swing », qui ouvre l’album, Samuel Bonnet affirme cette volonté de faire entendre la guitare dans sa dimension acoustique sans jamais la séparer de la pulsation jazz. Le titre lui-même annonce le principe : le nylon, matière sonore associée à la guitare classique, rencontre le swing, c’est-à-dire une tradition rythmique qui exige au contraire une grande mobilité. Cette opposition apparente constitue une excellente entrée en matière. La guitare conserve son caractère naturel, mais elle est placée dans une dynamique où le rythme devient moteur. Ce qui compte ici n’est donc pas seulement ce que Bonnet joue, mais la façon dont son instrument se comporte dans le groupe. Le guitariste ne cherche pas à imiter une guitare électrique de jazz ; il accepte les qualités et les limites de son instrument pour en faire une véritable signature.
Cette démarche se prolonge dans « Liberation », où la musique semble gagner en ouverture. Le titre permet surtout d’observer le rapport entre l’écriture et l’improvisation. Bonnet compose des thèmes suffisamment structurés pour donner une direction claire au morceau, mais suffisamment ouverts pour que l’improvisation ne ressemble jamais à un simple passage obligé entre deux expositions du thème. C’est là une différence importante entre un morceau construit autour d’un solo et une véritable composition de jazz : dans le premier cas, le thème sert souvent de prétexte à l’improvisation ; dans le second, le thème continue de travailler le solo, même lorsqu’il n’est plus explicitement joué. Chez Bonnet, on ressent cette continuité. La mélodie demeure une sorte de colonne vertébrale invisible. C’est encore plus perceptible lorsque l’on passe à « Complices ». Le titre constitue un point important dans l’économie du disque parce qu’il permet de comprendre le fonctionnement collectif du trio. La musique n’est pas seulement organisée autour d’un soliste accompagné par une rythmique ; elle circule. La contrebasse peut reprendre une idée, la batterie peut déplacer l’accentuation, la guitare peut laisser un espace qui sera immédiatement investi par un autre instrument. Ce type de jeu exige une écoute permanente. Il demande aux musiciens de connaître non seulement leur propre partie, mais également la direction possible de celle des autres. C’est ici que l’on retrouve la philosophie générale de Slow : écouter avant de répondre.
Le jazz a toujours été fondé sur cette relation, mais Bonnet en fait ici une véritable esthétique. La musique paraît moins intéressée par la démonstration individuelle que par la qualité de la conversation. Joe Magnarelli, lorsqu’il intervient, accentue encore cette dimension. Son phrasé possède une autorité naturelle, mais il ne cherche pas à écraser l’espace. La trompette devient une seconde voix qui vient parfois prolonger la guitare, parfois lui répondre, parfois créer un contraste de registre et de timbre. Cette relation est particulièrement intéressante parce que la guitare de Bonnet est construite sur une forme de proximité, alors que la trompette projette naturellement le son vers l’avant. Le dialogue entre les deux pourrait facilement devenir déséquilibré. Il ne l’est pas. Cela montre à quel point le travail d’écriture et d’arrangement laisse de la place à chacun. « Daryl’s Blues » déplace ensuite le centre de gravité du disque. Le blues y fonctionne moins comme une simple couleur stylistique que comme un rappel des fondations du jazz. Le langage devient plus terrien, plus directement lié à la tradition, mais Bonnet ne s’y enferme pas.
C’est l’un des aspects intéressants de son écriture : il connaît les codes sans avoir besoin de les reproduire mécaniquement. Le blues devient une matière qu’il peut modeler à l’intérieur de son propre langage. Avec « Momentum », le paradoxe du disque apparaît encore plus nettement. Comment parler de lenteur lorsqu’un morceau porte un titre qui évoque précisément l’élan et l’accumulation d’énergie ? C’est parce que Slow ne cherche pas à supprimer le mouvement. Il cherche à lui rendre sa valeur. Le momentum, ce n’est pas courir sans raison ; c’est sentir une énergie se construire et savoir comment la conduire. Dans un ensemble acoustique, cette construction passe beaucoup par la relation entre la batterie et la basse. Le batteur ne doit pas seulement maintenir le tempo, il doit accompagner la dynamique du groupe, savoir quand soutenir et quand se retirer. La contrebasse, elle, donne au mouvement sa profondeur et sa continuité. La guitare peut alors jouer avec la tension et la détente. Ce sont ces micro-relations qui donnent à la musique son caractère vivant. On est loin d’une lenteur figée. Le disque respire, se contracte, s’ouvre et avance.
« Laetitia » ramène ensuite l’album vers une forme de calme qui ne doit surtout pas être confondue avec une absence de tension. Dans ce type de morceau, la qualité du silence devient essentielle. Plus la musique est dépouillée, plus chaque intervention est exposée. Une note fausse, une attaque trop lourde, une phrase trop longue se remarquerait immédiatement. Bonnet semble au contraire jouer sur cette fragilité assumée du matériau acoustique. La guitare n’est jamais totalement séparée de l’air qui l’entoure. Sa résonance crée un espace dans lequel la contrebasse peut venir s’inscrire, tandis que la batterie peut intervenir avec une économie de moyens qui renforce plutôt qu’elle ne diminue la tension. Lorsque Magnarelli intervient, le contraste est particulièrement parlant : le souffle de la trompette ajoute une dimension verticale au tissu horizontal de la guitare. Le résultat n’est pas seulement une juxtaposition de timbres ; c’est une autre manière de faire respirer la composition. Cette attention portée à la respiration est fondamentale chez Samuel Bonnet. Elle explique aussi pourquoi la comparaison avec certains guitaristes de jazz ne doit pas conduire à chercher uniquement des influences. Son jeu possède une personnalité propre parce qu’il se situe à la frontière de plusieurs pratiques. La technique classique lui apporte une précision du toucher et une conscience particulière de la résonance ; le jazz lui offre la liberté harmonique et rythmique ; le trio lui permet de travailler l’écoute collective. Ces trois éléments se rencontrent sans que l’un prenne définitivement le dessus. Il y a là une véritable démarche de compositeur.
Bonnet ne semble pas écrire des morceaux simplement pour créer des situations de solos. Il pense en termes de couleurs, de registres, de densité et de circulation. C’est particulièrement évident avec « Asturias », qui clôt l’album en deux parties. Choisir Albéniz pour terminer un disque de jazz consacré à la lenteur n’est pas anodin. La guitare classique constitue ici un retour vers une matière qui appartient naturellement à Bonnet, mais cette matière est relue à travers son expérience de jazzman. La première partie permet de retrouver la dimension mélodique et presque narrative de l’œuvre, tandis que la seconde ouvre davantage la porte au dialogue avec le langage jazz. L’arrivée de Magnarelli sur cette dernière partie apporte une nouvelle tension entre l’héritage espagnol de la pièce, la sonorité nylon de la guitare et la voix cuivrée de la trompette. C’est précisément ce genre de confrontation qui donne au disque sa richesse.
Bonnet ne cherche pas à choisir entre classique et jazz, comme s’il devait déterminer lequel de ces deux univers serait le véritable. Il les fait cohabiter. Et cette coexistence est peut-être la meilleure représentation musicale de son parcours : Paris, Montréal, la guitare classique, le jazz, les voyages, les rencontres, tout cela forme moins une succession d’étapes qu’un même mouvement. La musique devient alors une manière de mettre en relation des expériences qui, au départ, semblaient appartenir à des mondes différents. C’est aussi pour cette raison que Joe Magnarelli est si important dans cet album. Sa présence n’est pas décorative. Elle crée un déplacement de perspective. Avec un trompettiste venu de la tradition américaine du jazz, Bonnet confronte son univers de guitare acoustique à une autre conception du phrasé, du swing et de la projection sonore. Le résultat donne au disque une profondeur supplémentaire sans le transformer en exercice de style. Magnarelli sait faire entendre la tradition sans paraître prisonnier de celle-ci, et Bonnet sait intégrer cette tradition à une écriture qui reste la sienne. Il y a entre eux quelque chose qui dépasse la simple efficacité musicale : une compréhension du rôle que chacun doit jouer dans l’équilibre général. La guitare ne cherche pas à devenir une trompette, la trompette ne cherche pas à devenir une guitare. Les deux voix conservent leur identité et c’est précisément cette différence qui produit le dialogue.
Ce qui rend finalement Slow intéressant n’est donc pas seulement son thème, mais la manière dont ce thème devient audible dans la matière même de l’album. La lenteur est dans les respirations, dans les silences, dans la place laissée aux autres, dans cette façon de ne pas transformer chaque morceau en démonstration individuelle. Elle est également dans la construction des compositions, qui semblent préférer le développement à l’effet immédiat. On peut évidemment écouter Slow comme un disque de jazz acoustique, apprécier le toucher de Samuel Bonnet, le travail de la section rythmique, les interventions de Joe Magnarelli, les références au blues ou à la guitare classique. Mais on peut aussi l’écouter comme une réponse musicale à une question beaucoup plus contemporaine : que devient notre rapport au temps lorsque nous cessons de vouloir le remplir ? Cette question traverse aujourd’hui de nombreuses réflexions sur le travail, la productivité et notre manière de vivre, mais Bonnet a l’intelligence de ne pas transformer son album en manifeste. Il ne nous explique rien. Il joue.
Et c’est probablement plus efficace. Parce que la musique possède cette capacité rare à faire comprendre physiquement une idée. On peut parler pendant des pages de la nécessité de ralentir ; il suffit parfois de quelques notes qui résonnent suffisamment longtemps pour comprendre ce que cela signifie. Slow ne demande pas de vivre au ralenti. Il demande de retrouver la possibilité de choisir son rythme. C’est une nuance essentielle. La lenteur peut être aussi oppressante que la vitesse si elle devient une règle. Ce que défend Samuel Bonnet est plus subtil : la possibilité de retrouver une respiration personnelle. Dans le jazz, cette idée prend une dimension particulière puisque le temps est constamment négocié entre les musiciens. Le tempo n’est jamais seulement une donnée mécanique. Il dépend du placement, de l’écoute, de la façon dont une phrase est posée sur la pulsation. Un groupe peut jouer rapidement et donner une impression de calme ; il peut jouer lentement et créer une tension considérable. Ce qui compte est la qualité du temps partagé. Slow repose précisément sur cette qualité. Le trio de Bonnet semble comprendre que la musique n’appartient jamais entièrement à celui qui joue la mélodie. Elle appartient aussi à celui qui accompagne, à celui qui répond, à celui qui choisit de ne pas jouer. Cette conception démocratique du groupe est probablement l’un des éléments les plus importants de l’album, parce qu’elle donne aux morceaux une profondeur qui ne se révèle pas nécessairement à la première écoute. Il faut revenir aux titres, les laisser se succéder, comprendre comment « Nylon Swing » installe la matière sonore, comment « Liberation » élargit l’espace, comment « Complices » approfondit le dialogue, comment « Daryl’s Blues » revient vers une forme plus terrienne, comment « Momentum » remet le mouvement au centre, comment « Laetitia » réduit la lumière avant que « Asturias » ne ramène la guitare vers son histoire classique.
Le disque est ainsi construit comme un parcours, mais un parcours sans précipitation. Et c’est probablement là que Samuel Bonnet réussit le mieux son pari. Il ne nous donne pas une musique qui parle de la lenteur de l’extérieur ; il nous oblige presque à ralentir pour pouvoir l’entendre correctement. Dans un monde où l’écoute est souvent fragmentée, où l’on saute d’une chanson à l’autre avant même qu’elle ait trouvé sa forme, cette exigence paraît presque anachronique. Elle est pourtant profondément actuelle.
Prendre le temps de regarder, de respirer, de se balader, d’écouter réellement un disque : ces gestes simples sont devenus presque des actes de résistance. Slow ne prétend pas changer notre manière de vivre, mais il peut changer, pendant quelques dizaines de minutes, notre manière d’écouter. Et c’est déjà beaucoup. Samuel Bonnet signe ici un album où la technique ne cherche jamais à faire oublier la musique, où la guitare acoustique conserve toute sa fragilité et toute sa richesse, où la batterie et la contrebasse construisent un véritable espace de conversation et où Joe Magnarelli apporte, par la chaleur de son timbre et la précision de son intervention, cette dimension supplémentaire qui transforme un bon disque de trio en une rencontre musicale véritable. Slow est finalement moins un album sur le fait de ralentir qu’un album sur l’attention. Attention aux autres, attention au son, attention au silence, attention à ce qui se passe entre deux notes. Et peut-être est-ce là, dans cette relation retrouvée avec le temps, que se trouve sa plus belle réussite. Samuel Bonnet ne cherche pas à arrêter le temps, ce qui serait une illusion. Il nous propose quelque chose de plus réaliste et, finalement, de plus précieux : apprendre à l’habiter.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, October 7th, 2026
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Musicians :
Joe Magnarelli – Trumpet, Flugelhorn (1, 2, 6, 8)
Samuel Bonnet – Guitar
Jonathan-Guillaume Boudreau – Double Bass
Simon Bergeron – Drums
Track Listing :
Nylon Swing
Liberation
Complices
Daryl’s Blues
Momentum
Laetitia
Asturias – Part 1
Asturias – Part 2
All music by Samuel Bonnet except Asturias by Isaac Albéniz
Recorded January 31 and February 1, 2026
Studio Pierre Marchand, Montréal
Engineer: Paul Johnston
Mastering: Guy Hébert
Cover photo: Luc Mercure
Back photos: Marginal Studio
Design: Pierre Fortier
Produced by Samuel Bonnet
This album was made possible with support from the Canada Council for the Arts.
Thanks to the Creator, to my wife Laetitia for her constant support and encouragement, my family, the musicians for playing so beautifully, Paul Johnston for his beautiful engineering, and Alain Mercier for his support.
