| Jazz |
Parfois on est attiré par un album, juste par sa démarche intellectuelle, on ne connait pas le musicien, mais on subodore à la lecture du communiqué de presse que nous risquons d’être touché par le propos qui ici est basé sur le livre des morts égyptiens transposé dans la culture afro-américaine. Ne connaissant pas Russel Gunn, je ne partais sur aucun a priori, mais dès les premières notes de Folkz, je me suis senti en terrain connu, les compositions, la façon de jouer, une œuvre riche et intelligente, qui emprunte autant au jazz, qu’au funk, sur des compositions complexes et redoutablement efficaces, alors, fatalement la suite, l ;auditeur que je suis au moment où je vous écris ces quelques lignes est au niveau de la sensation, la même que si j’entrais dans un musée et que je me retrouve face a une œuvre contemporaine majeure. L’un des objectifs clairs est de créer une musique qui suscite la réflexion, tout en étant audacieuse et non réactionnaire. Gunn explique: «Ma musique n’est pas sur la défensive. Elle est offensive: elle fait savoir que nous comprenons qui nous étions, qui nous sommes et tout ce que nous accomplissons; elle met en lumière les mensonges institutionnels sur notre identité et désigne ceux qui élaborent les politiques à l’origine de ces mensonges. Ma façon d’écrire et de penser peut donner l’impression, à certains, que j’adopte une posture antagoniste. Pourtant, ma musique n’est pas une simple “réponse” au passé. Je m’inscris dans une démarche positive de compréhension de ce que mes ancêtres ont créé et accompli, et de la manière dont chacun peut avancer en s’appuyant sur cette grandeur.»
Si cet album fonctionne, ce n’est pas uniquement par son propos, ni uniquement par la qualité des arrangements musicaux, ou de composition, c’est aussi grâce à une réflexion profonde, bien aant d’entrer en studio, en effet Russel Gunn déclare, «J’ai choisi chaque musicien de Blackhawk pour ce qu’il allait apporter à l’album. Je connais le saxophoniste Kendrick Smith depuis qu’il est tout petit. Il est devenu l’un des plus grands musiciens de la scène actuelle». «La personne que je connais depuis le plus longtemps est le tromboniste Andre Hayward (Mingus Dynasty Band, Gerald Wilson, Roy Hargrove). Je considère qu’il est le plus grand tromboniste en activité aujourd’hui.» rejoignant dans la démarche de nombreux artistes américains qui dans cette période trouble, donnent de la voix, donnent leur voix pour ceux qui ne sont pas nécessairement dans la lumière, il en va de même pour les journalistes de jazz qui n’hésitent pas à parler de ces albums, qui s’inscrivent eux aussi dans une réflexion globale.
Le quatrième titre donne certainement le raisonnement global de cette démarche artistique, « Cahokia Pyramids », raconte en musique l’histoire d’un site culturel historique d’East St. Louis, témoignant du fait que des populations à la peau sombre peuplaient ces terres depuis des temps immémoriaux. L’œuvre déploie une mélodie aérienne et une rupture rythmique profonde, avant de laisser place à une improvisation intense au saxophone, évoquant un autre grand lieu de paix… anéanti. « Ce qu’il faut savoir sur ce site, c’est qu’il n’est pas unique en son genre », explique Gunn. En effet le monde regoge de sites de ce genre, mais tout ceci conduit le musicien a un constat « Je voulais que l’auditeur imagine une époque de paix, où les gens vaquaient à leurs occupations après la construction de ces lieux. Puis surviennent des usurpateurs qui viennent troubler cette tranquillité. C’est alors que la musique change de ton. Elle finit par retrouver la sérénité du début. On finit par comprendre ce qu’était ce lieu, et l’on peut alors retrouver cette paix», oui, la paix, oui un rêve que tout un chacun, pour peu qu’il soit dénué d’une tête bien saine, est une inspiration universelle, bien au-delà des religions et des philosophies, musicalement ce sont toutes les cultures musicales du 20e et 21e siècle qui sont reprises ici, on se régale également de cette reprise de Duke Ellington, East St. Louis Toodle-oo qui sent bon les rives du Mississipi, boosté à la sauce funk, en gros cet album est un régal.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, September 29th, 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::
Musicians :
Russell Gunn – Trumpet, Composer, Producer
Andre Hayward – Trombone
Kendrick Smith – Straight Alto Sax
Kevin Bales – Piano
Kevin “Raw Dog” Smith – Bass
Jeremy “Bean” Clemons – Drumsa
Sean Falyon – Turntables
Larry Wilson – Hammond B3 organ
Rod Harris Jr. Guitar
Mino Cinelu and Ali Barr – Percussion
Jamel Mitchell – Baritone Saxophone
Carlos Brown Jr. – Alto Saxophone
Ken “K Solo 007” Wells – Spoken Word
Track Listing :
Folkz
Pan Afrikan Invocation
The Rule Of Two
Cahokia Pyramids
East St. Louis Toodle-oo
Voyages Of The Pyramid Builders
Pan Afrikan Benediction
