| Chanson, Flamenca |
Résumé à l’usage de ceux qui auraient manqué les épisodes précédents: né à Barcelone le 29 juin 1953 (sous consulat français) d’un père photographe franco-catalan, Charles Roé, et d’une mère andalouse de Cadix, Maria del Carmen Martinez, Andres Roé est auteur-compositeur, chanteur, guitariste et claviériste. Son enfance à Perpignan (au sein d’une famille de six enfants) fut marquée par la passion de la lecture (Lorca, Borges, Garcia Marquez), du football et de la musique. Il y apprit la guitare classique et l’harmonie, mais ne reconnut qu’un seul maître, Otis Redding. Marié à 18 ans et père de famille à 19, il embrassa une carrière professionnelle en tant que guitariste dans Manolo Ruana, orchestre de standards afro-cubains spécialisé dans les mariages gitans, avant de se joindre à Burton (grand orchestre régional), tout en multipliant les groupes de rock, jazz, flamenco, bossa nova, et en obtenant un DEUG d’anglais et une licence d’espagnol. En 1980, il rejoignit à Paris son complice catalan, le bassiste Christian Banet, au sein du groupe Nightrider (un album chez CBS), avant de fonder (avec le même) FFI, qui comprenait également Emmanuel Booz et Jeannot Hanela, ex-batteur de Trust. À l’issue de cette expérience collective, il cachetonna de ci, de là (musicien de studio, accompagnateur d’Enzo Enzo et Charlélie Couture, compositeur de musiques de danse, traducteur pour le tandem Souchon-Voulzy…), jusqu’à ce que le légendaire Philippe Constantin le repérât et le lançât en tant qu’artiste solo. Un premier album chez Barclay (auquel contribuèrent Mory Kanté, David Gilmour et Ray Léma) accoucha en 1990 d’un hit international, “Soledad”, et Roé tourna dès lors en Europe, aux Antilles et au Japon, se produisant notamment en ouverture d’artistes aussi divers qu’Iggy Pop, Khaled, Stéphane Eicher, Keziah Jones, Manu Dibango, Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Manu Katché ou encore Didier Lockwood. Il s’établit à Nîmes en 1995, où il assura la programmation de la filiale latine de Sud-Radio, avant de créer le Festival de la rumba à Beaucaire, et de prendre la direction artistique du Festival de la guitare à Bellegarde. Tout en portant plus que jamais plusieurs fers au feu (jam sessions flamenca, musiques de films et séries animées, émissions radio, expos photo…) il publia encore en 2007 “Demain J’arrête” (marquant les débuts de son écriture en français), et en 2018 “Jazz Rumba Club” (avec le guitariste flamenco Juan Carmona), tandis qu’Universal rééditait l’année suivante son premier album (devenu collector). À la veille de son 73ème anniversaire, c’est un artiste toujours aussi sincère et passionné qui livre à présent ce “Rockumbero”, aussi sensible que festif (en espagnol, rumbero désigne un fêtard). S’ouvrant sur l’émouvant “Mon Père Est Là Sans Être Là” (équivalent chaloupé du “Mon Vieux” de Daniel Guichard), ce disque passe en revue maints aspects de sa vie intime (“Une”, dédié à sa régulière, “Je Veux Ma Sœur Présidente”, “Belle Fille Est Salomé”), sans obérer pour autant quelques réflexions philosophiques (“Vivons À Mort”, “Yo No Sé”, “Double Peine”), le tout rehaussé de ce feeling latin et ensoleillé dont Roé s’est toujours avéré le héraut (l’instrumental flamenco “Chibumba Rhapsodie”). Dans ses moments de langueur (“Comme Deux Frères”, “Mon Soleil Se Lève”) on songe parfois au Toulousain Art Mengo: même façon de laisser les mots se lover dans le rythme, et un peu la même poésie du quotidien… Nimbé d’arrangements lumineux (congas, chœurs, percussions, violon), Roé ne répugne pas non plus à une certaine auto-dérision de bon aloi (“Apothéose de L’Empoté”), tout en suscitant une empathie qui n’a rien d’affecté. Imaginez Higelin sans l’alcool ou Pierpoljak sans la beuh, puisque Roé carbure manifestement à autre chose… La vie, tout simplement, peut-être?
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, March 16th 2026
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Bandcamp et discographie de Roé