ROBIN McKELLE – Alterations

Doxie / Membran / Sony
Jazz
ROBIN McKELLE - Alterations

Pour son huitième album à ce jour, Robin McKelle poursuit sa relecture de pop classics, en les transposant sur l’ensemble du prisme de ses propres références. Au premier rang desquelles ses premières amours, le jazz. Le titre de cette collection en résume le parti-pris, puisqu’il s’agit bien, par delà l’adaptation de standards, de leur réappropriation par l’une des plus grandes vocalistes actuelles. Pour en saisir la teneur, il suffit de se remémorer ce qu’Ella Fitzgerald était parvenue à faire du “Sunshine Of Your Love” de Cream (une réinvention). C’est précisément ce que McKelle accomplit ici, avec ses emprunts à Amy Winehouse et Sade (dont les “Back To Black” et “No Ordinary Love” adoptent de sensuelles sinuosités latines), ainsi qu’Adele et Lana Del Rey (pour des “Rolling In The Deep” et “Born to Die” en mode lounge sensible). La version épurée et aérienne du “Don’t Explain” de Billie Holiday (en trio piano-drums-contrebasse), et celles, soulful à souhait, du “Jolene” de Dolly Parton et du “Mercedes Benz” de la Joplin sont à cet égard des sommets dignes de la regrettée Aretha. Le panel de ses accompagnateurs comprend la fine fleur de la scène jazz actuelle, sous la houlette du pianiste, arrangeur et producteur Shedrick Mitchell, et Robin McKelle enregistra la plupart de ses parties vocales en interaction simultanée avec ces instrumentistes. Sur un beat proche du “My Favourite Things” de Coltrane, la seule composition originale, “Head High”, propose (outre un piano façon McCoy Tyner) un magistral chorus du saxophoniste Keith Loftis. Cette collection, dédiée aux songwriters féminines, se referme sur une version apaisée du “You’ve Got A Friend” de Carole King, et l’on ne peut qu’y acquiescer.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, January 23rd 2020