RICHARD CLAPTON – Main Street Jive

Bad Reputation
Pop, Rock
RICHARD CLAPTON - Main Street Jive

Publier en 1976 un album sous le nom de Richard Clapton devait relever soit de l’inconscience, soit du canular. Un peu comme d’oser se faire appeler Gerald Hendrix, Howard McCartney ou Lester Bowie (quoique ce dernier ait réellement existé: il était trompettiste au sein de l’Art Ensemble Of Chicago, et finit même par collaborer furtivement avec son éponyme putatif en 1993…). Sauf que ce Clapton-là ne s’avérait nullement un impétrant guitar-hero, mais plus prosaïquement un singer-songwriter des Antipodes. Et sans doute aussi (Aussie), l’un des secrets les mieux gardés d’Australie (du moins hors de ses frontières, puisqu’avec son look entre Tommy Bolin, Kurt Vile et Adam Granduciel, le gusse y effectua une carrière des plus honorables, qu’il poursuit même encore de nos jours). Après “Prussia Blue” en 1973 et “Girls On The Avenue” deux ans plus tard (dont la plage titulaire se hissa au sommet des charts dans son pays), il enregistra ensuite ce “Main Street Jive”. Présentant le handicap de succéder à un blockbuster, cet album-ci reçut à son époque un accueil plus mitigé, mais n’en supporte pas moins étonnamment l’épreuve du temps. De splendides ballades telles que “Soldier Of Fortune” (aussi géniale que celle portant le même titre et signée Blackmore/ Coverdale pour l’album “Stormbringer” sorti en 1974 par Deep Purple), “Kickin’ The Moon Around”, le dylanesque “Casanova’s Got The Blues” (pastiche roué de “Ballad of A Thin Man”) et le Tex-Mex “Lonesome Heart” soutiennent même la comparaison avec ce que proposaient alors Van Morrison, Jackson Browne, Bob Seger et autres James Taylor, tandis qu’outre le timbre assuré qu’y déploie leur auteur, les sidemen qui l’y accompagnent se révèlent de première bourre (ne serait-ce que le lead guitarist Kirk Lorange, le claviériste Wayne Findlay, le bassiste Greg Lyon ainsi que les magistrales choristes Lori Balmer et Rita Jean Bodine). Quand il passe la vitesse supérieure (comme sur les emballants “Suit Yourself”, “Need A Visionary” et “Islands Of The Heart”), Richard tient même la dragée haute aux Eagles et Elton John d’alors, et replacé dans sa perspective historique, s’inscrit ici comme le chaînon manquant entre Harry Chapin, Jim Croce, The Band et de vils opportunistes tels que les Billy Joel et Bruce Springsteen (qui en tirèrent les marrons du feu au nez et à la barbe de badauds comme Garland Jeffreys et Willy DeVille). Bad Reputation ne se moque en tout cas pas du monde: remastérisée aux petits oignons et augmentée de trois bonus tracks (dont les imparables “Capricorn Dancer” et “Babe Rainbow”), ainsi que d’un copieux livret incluant les lyrics et credits, voici sans conteste l’une des plus chouettes excavations de ce début d’année. Dîtes-donc, quel effet ça fait, de découvrir à un demi-siècle de distance l’un de vos albums favoris de 1976?

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, February 22nd 2026

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