Rachel Spencer – The Next Right Thing (FR reveiw)

Self Released – Street date: Available
Jazz
Rachel Spencer - The Next Right Thing

RACHEL SPENCER – THE NEXT RIGHT THING: LE TALENT N’ATTEND PAS LA RECONNAISSANCE

Il arrive que l’on découvre un excellent album presque par hasard et que l’on se demande ensuite comment on a pu passer aussi longtemps à côté de son auteure. C’est précisément ce qui m’est arrivé avec The Next Right Thing, le premier album de la trompettiste et compositrice Rachel Spencer. La découverte est d’autant plus intéressante que je réside à Austin, au Texas, ville dont la réputation musicale n’est plus à faire, et que cette musicienne évolue précisément dans cet environnement. Pourtant, jusqu’à cette écoute, son nom ne m’était pas véritablement parvenu. La situation mérite que l’on s’y arrête. Mes relations dans le monde du jazz se trouvent pour l’essentiel dans d’autres États américains et à l’étranger. Cela m’a souvent permis de découvrir des artistes éloignés des circuits habituels, mais m’a également conduit à constater que la proximité géographique ne garantit nullement la connaissance d’une scène musicale. À Austin, comme dans beaucoup d’autres villes américaines, le jazz possède ses lieux, ses habitudes et ses personnalités récurrentes. On retrouve assez régulièrement les mêmes musiciens à l’affiche, les mêmes formations et les mêmes propositions artistiques. Il ne s’agit pas de remettre en cause leur qualité, mais de constater que cette relative stabilité laisse parfois peu de place à ceux qui pourraient renouveler le paysage.

La question est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Dans le jazz, la reconnaissance ne dépend pas exclusivement de la qualité d’un travail. Elle est également liée à la capacité de le faire circuler. Les réseaux professionnels, les programmateurs, les médias spécialisés, les moyens de production et les possibilités de promotion déterminent en partie les artistes auxquels le public aura accès. Or tous les musiciens ne disposent pas des mêmes ressources. Certains peuvent compter sur des structures capables de soutenir leur carrière à l’échelle nationale, tandis que d’autres doivent assurer eux-mêmes une grande partie de la diffusion de leur travail, en plus de leur activité créatrice. Il existe ainsi un décalage parfois considérable entre la valeur artistique d’un musicien et la visibilité dont il bénéficie. Ce phénomène n’est évidemment pas propre au jazz, mais il prend ici une dimension particulière. Une musique qui repose autant sur la transmission, l’échange et la rencontre ne devrait pas voir son développement limité par les seules habitudes de programmation. C’est dans ce contexte que la découverte de Rachel Spencer prend tout son sens. À l’écoute de son premier album, j’ai immédiatement eu le sentiment d’être face à une musicienne dont les ambitions artistiques dépassent largement le cadre d’une reconnaissance locale.

The Next Right Thing n’est pas un disque qui cherche à convaincre par quelques effets spectaculaires ou par une succession de démonstrations instrumentales. Il révèle une personnalité déjà affirmée, une conception cohérente de la composition et une véritable maîtrise de l’environnement musical dans lequel Rachel Spencer souhaite évoluer. Pour une première réalisation en tant que leader, le résultat est particulièrement convaincant. Il possède même une maturité que l’on ne rencontre pas systématiquement chez les musiciens qui publient leur premier album personnel.

Ce qui frappe d’abord, c’est la cohérence du programme. Les compositions originales de Rachel Spencer constituent le cœur du projet. La présence de Michael Dease, tromboniste dont j’apprécie depuis longtemps le travail, apporte une dimension supplémentaire à l’ensemble. Loin de créer une rupture, les différentes personnalités réunies sur cet enregistrement s’intègrent naturellement dans une architecture musicale dont l’identité reste parfaitement lisible. On sent que le choix du répertoire répond à une véritable intention artistique, et non à la simple volonté de réunir des morceaux susceptibles de mettre en valeur les différents participants.

Il y a dans cet album du sérieux, une exigence manifeste, mais aussi une forme d’humour et une énergie presque festive. Cette combinaison est particulièrement appréciable. Le post-bop constitue le socle esthétique de l’ensemble, mais Rachel Spencer ne se contente jamais d’en reproduire les conventions. Elle en connaît les possibilités, en maîtrise le vocabulaire et s’en sert pour développer un langage qui lui appartient. Les harmonies sont travaillées, les lignes mélodiques possèdent une réelle personnalité et les arrangements témoignent d’une connaissance approfondie de l’écriture instrumentale. Pourtant, cette sophistication ne devient jamais un obstacle à l’écoute.

C’est même l’une des qualités essentielles de l’album : parvenir à concilier une construction musicale exigeante avec une expression spontanée, vivante et accessible. Le jazz contemporain souffre parfois d’une certaine confusion entre complexité et profondeur. Il arrive que la multiplication des changements harmoniques, des mesures irrégulières et des difficultés techniques finisse par prendre le pas sur le discours musical lui-même. La virtuosité devient alors une finalité, au détriment de ce qui devrait rester l’essentiel : la capacité d’une musique à nous toucher, à nous surprendre et à nous donner envie de l’écouter encore.

Rachel Spencer évite remarquablement ce piège. Sa connaissance de la composition ne se transforme jamais en exercice académique. Elle ne cherche pas à prouver qu’elle sait écrire des structures complexes ; elle les utilise pour donner à sa musique une profondeur supplémentaire. Cette différence est fondamentale. La maîtrise technique est une condition nécessaire à l’expression, mais elle ne constitue pas en elle-même une identité artistique. Il faut encore savoir quoi en faire.

Sur le plan instrumental, la trompettiste possède déjà une personnalité qui retient l’attention. Son jeu m’a rappelé, par certains aspects de son tempérament musical, celui de mon amie la saxophoniste Céline Bonacina. La comparaison ne repose évidemment pas sur une proximité stylistique ou instrumentale, mais sur cette qualité assez rare qui permet à certains musiciens de se distinguer sans avoir besoin de multiplier les effets. Du talent, une précision remarquable, une grande maîtrise de l’articulation, mais surtout une sonorité personnelle et une manière de construire les phrases qui ne se résument pas à l’imitation de modèles existants.

Il existe une différence importante entre un instrumentiste qui joue parfaitement et un musicien dont on reconnaît immédiatement la personnalité. La technique permet de maîtriser les possibilités de l’instrument ; le son, la respiration, le phrasé et la conception mélodique donnent progressivement naissance à une voix. Chez Rachel Spencer, cette voix est déjà perceptible. Elle ne repose pas sur une recherche artificielle de singularité, mais sur une relation manifestement mûrie avec son instrument et avec la musique qu’elle souhaite défendre. Son parcours éclaire en partie cette richesse. Sa formation musicale, son expérience des ensembles orchestraux et des grandes formations, ainsi que son travail dans différents contextes pédagogiques et artistiques témoignent d’une culture qui ne se limite pas à la seule tradition du jazz. Cette ouverture est importante, car elle lui permet d’aborder la composition avec une compréhension étendue des rapports entre les instruments, les harmonies et les différentes possibilités de développement d’une œuvre. Il serait néanmoins trop facile de ramener son écriture à son éducation musicale. La formation académique fournit des outils, mais elle ne produit pas automatiquement une personnalité. Il existe des musiciens parfaitement formés qui restent prisonniers de leurs connaissances, comme il existe des artistes autodidactes capables de développer un langage d’une grande richesse. Ce qui distingue Rachel Spencer, c’est précisément sa capacité à transformer les acquis de sa formation en une expression personnelle. Elle ne cherche pas à faire entendre son savoir ; elle le met au service de la musique.

Cette qualité apparaît avec une force particulière dans Liminal Spaces, l’un des moments les plus intéressants de l’album. La composition permet de mesurer l’étendue de son travail d’écriture. Les rapports harmoniques, les mouvements mélodiques et les différentes possibilités d’évolution ne sont pas simplement destinés à fournir un cadre aux improvisations. Ils participent pleinement à la construction de la pièce. On découvre progressivement une architecture qui possède sa propre logique, mais qui laisse suffisamment de liberté aux interprètes pour que la musique conserve toute sa vitalité.

C’est à cet endroit que Rachel Spencer révèle peut-être le mieux sa double identité d’instrumentiste et de compositrice. Elle ne conçoit pas ses morceaux comme de simples supports destinés à introduire des solos. Elle imagine des espaces musicaux dans lesquels les interventions individuelles peuvent enrichir la structure, la déplacer momentanément et lui donner une signification nouvelle. Cette manière de penser la composition suppose une réelle confiance dans les musiciens réunis autour d’elle.

Car il faut également souligner une qualité qui me paraît essentielle : Rachel Spencer sait laisser de la place aux autres. Elle dirige son projet avec assurance, mais ne cherche jamais à monopoliser l’attention. Sa présence est suffisamment forte pour donner une direction à l’album, sans que les autres instrumentistes deviennent de simples accompagnateurs. C’est une forme d’intelligence collective que l’on retrouve chez les musiciens les plus accomplis. Ils savent que leur autorité ne se mesure pas au nombre de notes qu’ils jouent, mais à la manière dont ils contribuent à faire exister la musique dans son ensemble.

La participation de Michael Dease mérite, à ce titre, une attention particulière. C’est un musicien dont je parle régulièrement et dont j’apprécie depuis longtemps le travail. Sa présence sur cet album avait éveillé ma curiosité, notamment parce que son univers musical possède une personnalité bien affirmée. À l’écoute, cette association se révèle particulièrement heureuse. Les deux musiciens n’ont pas nécessairement la même approche, mais leurs différences constituent précisément la richesse de leur rencontre. Michael Dease apporte son expérience, son langage instrumental et une présence qui enrichissent considérablement l’ensemble. Son intervention trouve naturellement sa place dans le programme. Elle ne donne jamais l’impression de détourner le projet de sa ligne directrice. Au contraire, elle participe à la cohérence du disque et contribue à cet équilibre entre écriture, improvisation et dialogue collectif. Il y a également dans leur relation musicale quelque chose qui ressemble à une forme de respect mutuel. Michael Dease ne prend jamais le dessus sur le projet de Rachel Spencer, tandis que cette dernière ne semble nullement intimidée par la présence d’un musicien dont l’expérience est considérable. Chacun apporte ce qu’il possède de meilleur, sans chercher à établir une hiérarchie. Cette complémentarité constitue l’une des belles réussites de l’album.

On oublie parfois que le jazz est avant tout une musique de relations. Son histoire est faite de rencontres entre des personnalités différentes, de dialogues entre des générations et de confrontations esthétiques qui ont permis à cette musique d’évoluer. Les grandes formations ne se sont pas construites en effaçant les différences entre leurs membres, mais en les faisant coexister. The Next Right Thing s’inscrit dans cette tradition de manière particulièrement convaincante. Un autre morceau, Bias, confirme les qualités de Rachel Spencer en matière de composition. Sa durée permet au thème de se développer et aux différentes interventions de prendre progressivement leur place. C’est un exemple intéressant de cette nécessité de laisser aux compositions le temps de trouver leur véritable dimension. Certaines idées musicales peuvent être immédiatement exprimées ; d’autres demandent une construction plus longue, des développements successifs et une certaine liberté laissée à l’improvisation.

Cette question du temps me semble particulièrement importante dans le contexte actuel. La diffusion numérique a profondément transformé notre rapport à la musique. Les plateformes, les habitudes d’écoute et les impératifs commerciaux favorisent souvent les formats courts, immédiatement identifiables et faciles à intégrer dans des sélections successives. Il serait naturellement absurde de considérer qu’une composition longue est nécessairement supérieure à une pièce de trois minutes cinquante. Mais il serait tout aussi regrettable de demander à tous les musiciens de se conformer à une durée prédéterminée.

Le jazz a toujours eu besoin d’espace. Non pas simplement pour permettre aux instrumentistes de jouer plus longtemps, mais pour donner aux idées musicales la possibilité de se transformer. Un thème peut prendre une direction inattendue, une improvisation peut faire émerger une nouvelle perspective et une intervention instrumentale peut modifier l’équilibre de toute une composition. Ces développements ne peuvent pas toujours être enfermés dans un format conçu pour répondre aux habitudes de consommation.

Les compositions de Rachel Spencer me semblent précisément appartenir à cette catégorie d’œuvres qui réclament une certaine liberté temporelle. Elles ne sont pas construites autour d’une succession d’effets destinés à retenir immédiatement l’attention. Elles possèdent une logique interne, une respiration et une nécessité de développement. Réduire artificiellement ces pièces pour les rendre plus conformes aux exigences de diffusion reviendrait parfois à leur retirer une partie de leur substance. Il faut également reconnaître la qualité du groupe réuni pour cet enregistrement. Gene Centeno, Andy Langham, Liam O’Dell, Adam Jackson et Michael Dease contribuent à donner à l’album une véritable cohésion. La réussite d’un projet de cette nature ne dépend jamais exclusivement du leader. Elle repose sur la capacité de chaque musicien à comprendre l’intention générale et à apporter une réponse qui enrichit la composition. Ici, les interventions ne se juxtaposent pas ; elles se répondent. La section rythmique joue naturellement un rôle déterminant dans cet équilibre. Elle donne aux compositions leur mobilité, leur souplesse et cette énergie qui empêche l’ensemble de devenir trop prévisible. Les musiciens peuvent prendre des risques, développer une idée ou choisir une expression plus retenue, sans que la cohérence générale soit menacée. Cette liberté repose sur une confiance collective et sur une compréhension suffisamment précise du matériau musical.

La réalisation sonore mérite également d’être soulignée. L’enregistrement et le mixage offrent une restitution soignée, qui permet d’apprécier les différents timbres et les interventions individuelles sans sacrifier l’unité du groupe. Dans un album où les arrangements et les relations entre instruments occupent une place aussi importante, cette qualité n’est pas secondaire. Elle participe directement à l’expérience d’écoute.

Mais au-delà des qualités strictement musicales, The Next Right Thing m’amène à revenir sur une question qui dépasse largement le parcours de Rachel Spencer : celle de la reconnaissance des musiciens dans le jazz américain contemporain. Il existe aujourd’hui une génération d’instrumentistes et de compositeurs dont le niveau de formation, la maîtrise technique et la culture musicale sont particulièrement impressionnants. Beaucoup possèdent une connaissance approfondie de l’histoire du jazz, mais également des langages classiques et contemporains. Ils sont capables de passer d’un contexte à l’autre, de diriger des ensembles, de composer et d’enseigner. Pourtant, leur visibilité reste souvent disproportionnée par rapport à leurs compétences. Le problème ne réside pas nécessairement dans un manque d’intérêt du public. Il tient aussi aux conditions économiques dans lesquelles évolue la musique. Les programmations sont parfois limitées par les contraintes financières, les lieux privilégient les artistes dont le nom est déjà connu et les musiciens indépendants doivent assumer une part considérable de la promotion de leur travail. Dans ces conditions, la reconnaissance devient parfois une question de réseau autant que de qualité artistique.

Austin en offre une illustration intéressante. La ville dispose d’une activité musicale considérable, mais toutes ses composantes ne bénéficient pas de la même exposition. Le jazz peut se retrouver dans une situation paradoxale : il existe une véritable vitalité artistique, mais les possibilités de diffusion ne permettent pas toujours de la rendre visible. Les mêmes musiciens peuvent ainsi occuper durablement les espaces disponibles, tandis que d’autres, parfois tout aussi intéressants, restent dans une relative discrétion.

C’est précisément pourquoi je considère que Rachel Spencer mérite une attention qui dépasse largement les frontières de sa scène locale. Son album possède une dimension suffisamment aboutie pour être présenté dans des festivals importants, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Son langage musical est profondément ancré dans la tradition américaine, mais il n’est nullement limité à un public qui connaîtrait déjà toutes les références du post-bop. Il possède une lisibilité, une énergie et une personnalité qui peuvent toucher des auditeurs très différents.

Il faut aussi évoquer la place des femmes dans le jazz, sans pour autant enfermer Rachel Spencer dans une catégorie qui ne rendrait pas justice à son travail. Les musiciennes ont toujours participé à l’histoire de cette musique, mais leur présence dans les espaces de direction, de composition et de reconnaissance professionnelle n’a pas toujours été proportionnelle à leur contribution réelle. Les choses évoluent, mais cette évolution reste inégale. Ce qui m’intéresse dans le parcours de Rachel Spencer, c’est précisément qu’elle ne semble pas chercher à faire de cette question un argument artistique. Elle compose, joue, dirige et développe son univers avec une exigence qui doit être appréciée pour elle-même. Son travail ne réclame aucune indulgence particulière. Il mérite simplement d’être considéré avec les mêmes critères que ceux que l’on appliquerait à n’importe quel autre musicien de sa génération. Son activité pédagogique et son engagement dans la transmission musicale constituent également des éléments intéressants de son parcours. Le jazz ne se perpétue pas uniquement à travers les enregistrements et les concerts. Il existe grâce aux musiciens qui transmettent leurs connaissances, accompagnent les nouvelles générations et contribuent à maintenir vivante une culture collective. Cette dimension est parfois moins visible que les performances sur scène, mais elle est indispensable à l’existence même de cette musique.

Je serais d’ailleurs particulièrement curieux de découvrir Rachel Spencer dans le contexte d’un concert. Les compositions de The Next Right Thing semblent posséder suffisamment de possibilités de développement pour prendre une dimension supplémentaire sur scène. La rencontre directe entre les musiciens, les variations d’interprétation et la liberté de l’improvisation pourraient révéler des aspects que l’enregistrement ne permet pas toujours de saisir entièrement.

Quant à son avenir discographique, il est difficile de ne pas éprouver une certaine impatience. Ce premier album est déjà une réussite, mais il laisse entrevoir des perspectives particulièrement intéressantes. J’imagine volontiers Rachel Spencer poursuivant son travail de composition dans des directions encore plus ambitieuses, développant davantage les structures et explorant de nouvelles relations entre les instruments. Elle possède manifestement les moyens techniques et intellectuels nécessaires pour le faire, mais surtout cette qualité beaucoup plus rare : une véritable personnalité musicale.

Je ne souhaite pas tomber dans la facilité qui consiste à qualifier systématiquement un premier album de prometteur. Le mot est souvent employé pour éviter de porter un jugement plus précis. Or The Next Right Thing n’a pas besoin d’être défendu au nom de ce que son auteure pourrait devenir. Il mérite d’être reconnu pour ce qu’il est aujourd’hui : un album abouti, intelligent, musicalement exigeant et particulièrement séduisant.

C’est finalement ce qui me ramène à cette découverte presque fortuite. J’aurais pu passer à côté de Rachel Spencer, comme beaucoup d’auditeurs passent probablement à côté d’artistes dont ils ne connaissent pas encore le nom. Il aurait été dommage que cet album reste dans une relative discrétion alors qu’il possède toutes les qualités nécessaires pour retenir l’attention d’un public beaucoup plus large. Je retiens avant tout une trompettiste qui possède déjà une sonorité identifiable, une compositrice dont l’écriture témoigne d’une véritable maturité et une directrice musicale capable de faire dialoguer des personnalités fortes sans jamais perdre de vue l’équilibre collectif. Michael Dease apporte une contribution particulièrement heureuse, les autres musiciens participent pleinement à la réussite du projet et la qualité de la réalisation sonore vient confirmer le sérieux de l’ensemble.

Je suis également convaincu que cet album mérite de circuler bien au-delà des frontières d’Austin. Il serait regrettable que la carrière de Rachel Spencer soit appréciée uniquement à travers le prisme d’une scène locale, alors que sa musique possède une portée beaucoup plus large. Les artistes ne devraient pas avoir à attendre que leur environnement immédiat leur accorde une reconnaissance suffisante pour que leur travail puisse être entendu ailleurs. Je ne sais pas encore quelle direction prendra son prochain album, mais je sais déjà que je l’attendrai avec une réelle curiosité. C’est sans doute l’un des meilleurs compliments que l’on puisse faire à un premier disque : non seulement il donne envie de l’écouter à nouveau, mais il suscite également l’impatience de découvrir ce que son auteure nous réserve.

The Next Right Thing m’aura donc rappelé une chose que je considère depuis longtemps comme essentielle : le jazz reste une musique de découvertes, et les découvertes les plus intéressantes ne se trouvent pas toujours là où l’on a pris l’habitude de les chercher. Il faut parfois accepter de sortir des circuits familiers, de prêter attention à des noms moins exposés et de laisser la musique parler avant que la réputation ne vienne orienter notre jugement.

Rachel Spencer possède déjà ce que beaucoup de musiciens mettent des années à construire : une voix personnelle. Elle a le talent, la maîtrise et la culture nécessaires pour aller beaucoup plus loin. Il appartient désormais aux programmateurs, aux médias et aux amateurs de jazz de lui accorder l’attention que son travail mérite pour ma part, je suis heureux de ne pas être passé à côté de cet album. Et je le dis sans réserve : The Next Right Thing est l’une de ces découvertes qui rappellent pourquoi je continue à écouter le jazz avec autant de curiosité et de passion.

Un premier album remarquable, une musicienne à suivre de très près et, surtout, un disque dont on a beaucoup de mal à se détacher. Oui, The Next Right Thing est absolument addictif.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, November 3rd, 2026

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To buy this album

Website

 

Musicians :
Rachel Spencer Composer (1,3,5,6,7) trumpet
Gene Centeno, alto saxophone
Michael Dease, composer (2,4) , trombone (2,4)
Andy Langham, piano
Adam Jackson Drums

Track Listing :
The Next Right Thing
Steamrollin’
Liminal Spaces
Queen Of Cups
Bias
I Can Almost Remember
Essential Company