PIPER

REISSUE + 2 BONUS TRACKS // Bad Reputation / Socadisc / Suburban / Cargo Records
Pop, Rock
PIPER

À bientôt 76 printemps aux fraises, le chanteur, guitariste et compositeur Billy Squier demeure aux yeux de beaucoup l’un des parangons de ce rock mainstream calibré dans les années 80 par les œuvres conjuguées des radios FM et de MTV. C’est méconnaître que comme tant d’autres, il commença par faire ses classes au sein d’obscures formations au cours de la décennie précédente. Parmi celles-ci, ce natif du Massachussets appartint ainsi aux éphémères Kicks (dont le batteur n’était autre que le gaucher Jerry Nolan, futur New-York Dolls et Heartbreakers), avant de rejoindre à Boston les Sidewinders avec le légendaire (et désormais regretté) Andy Paley (futur Paley Brothers, puis producteur et guitariste de Jonathan Richman, ainsi que des Real Kids et du défunt mogul des Beach Boys, Brian Wilson), pour finir par fonder à New-York ce Piper dont Bad Reputation réédite à présent le premier album (augmenté de deux bonus tracks). Managés par le même consortium que Kiss (dont ils effectuèrent quelques tournées en tant que première partie), Piper publia en 1976 et 1977 deux LPs chez A&M Records, avant de plier les gaules pour cause d’insuccès notoire. À l’écoute de leur premier essai (et à un demi-siècle de distance), on peut comprendre leur frustration: s’ils n’arboraient certes pas le look alors en vogue des Richard Hell, Blondie et autres Ramones (ni cravates, ni perfectos, et encore moins de sneakers, d’épingles de sûreté ni de jeans troués aux genoux, sans parler de leurs cheveux probablement trop longs et propres pour l’époque), ils n’en proposaient pas moins des pépites telles que le sauvagement ouvragé “Out Of Control”, les épiques et poppy “Watcha Gonna Do” et “The Road”, ainsi que cet imparable “Sail Away” aux entrelacs de slide et de strat’ (tous trois réminiscents du Bowie de “Ziggy”, ainsi que de Mott The Hoople et Cockney Rebel). Avec sa jangle guitar héritée des Byrds et son puissant hook mélodique, “Who’s Your Boyfriend? (I’ve Got A Feelin’)” n’aurait de fait pas déparé sur le “Radio City” de Big Star (de même que “Telephone Relation” – datant des Sidewinders – aurait mérité de figurer sur le second Plimsouls, paru ensuite chez Geffen). La seule cover du lot s’avère une version survitaminée du “The Last Time” des Stones (avec sa slide virevoltante à tête chercheuse), tandis qu’avec ses riffs heavy et tranchants, “Can’t Live With Ya/ Can’t Live Without Ya” semble faire la nique à AC/DC (soli échevelés inclus), et que “42nd Street” s’inspire éhontément du “I’ve Got A Feeling” des Beatles. En prime, Bad Reputation propose la plage titulaire de leur second effort, le tétanisant “Can’t Wait” (plus Alex Chilton et Badfinger que nature, chœurs angéliques et glockenspiel à l’appui), ainsi que l’éperdu “Blues For The Common Man” issu du même lot. Produit en son temps par John Anthony (et mixé par le célèbre Eddie Kramer en personne), on peine à identifier ce qui pouvait bien clocher sur ce disque pour qu’il passât à ce point inaperçu. À moins qu’il ne se fût bêtement agi d’un énième cas de right place, wrong time? Aux héros oubliés de la power-pop (Dwight Twilley, Phil Seymour, Shoes et autres Raspberries), mais tout de même, flûte alors!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, January 23rd 2026

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