Peter Erskine, Alan Pasqua And Scott Colley – Peregrine (FR review)

Hard Wag Records – Street date – April 10, 2026
Jazz
Peter Erskine, Alan Pasqua And Scott Colley – Peregrine

Résumé : Un album en trio raffiné et profondément expressif, Peregrine met en lumière Peter Erskine, Alan Pasqua et Scott Colley à leur niveau le plus intuitif et magistral, mêlant la chaleur analogique à la sophistication du jazz moderne.

Critique de Peregrine: Peter Erskine, Alan Pasqua & Scott Colley livrent un album de jazz en trio magistral

Lorsqu’un musicien que l’on admire depuis l’enfance, Peter Erskine, découvert pour la première fois dans l’orbite électrisante de Weather Report, publie un nouvel album, et le fait en compagnie d’un trio de rêve, le moment relève presque du rituel. On ralentit. On écoute avec attention. Dans une ville comme Austin, où la chaleur précoce de la saison s’installe avec une douce insistance, on saisit peut-être une grande bouteille d’eau, on s’installe confortablement, et l’on lance Peregrine avec une certaine attente, non, une conviction: ce qui nous attend ne sera pas simplement bon, mais durable.

Enregistré au Reelsounds Studio à Chicago, un espace fondé par feu Mark Brunner, Peregrine capture quelque chose de plus en plus rare : l’immédiateté brute de l’enregistrement analogique à une époque dominée par la précision numérique. Coproduit par Jo Pangilinan, veuve de Brunner, l’album s’impose à la fois comme une réussite musicale et comme un témoignage discret d’amitié, de continuité et de résilience artistique. «Presque chaque morceau de ce disque est une première prise», note Erskine, une remarque qui en dit long sur l’alchimie du trio. L’ingénieur du son Anthony Gravino et son assistant Brandon Schnake ont su capter cette alchimie dans son déploiement, tandis que le contrebassiste Scott Colley, voix relativement nouvelle dans la collaboration de longue date entre Erskine et le pianiste Alan Pasqua, apporte ce qu’Erskine décrit comme une «musicalité musclée», insufflant à l’ensemble une énergie renouvelée.

L’architecture de l’album se révèle avec le plus de clarté à travers ses pièces individuelles, chacune offrant une porte d’entrée distincte dans le langage collectif du trio. «Gumbo Time» s’ouvre sur une souplesse terrienne, son groove se déployant avec une assurance discrète. «Bop Be» bascule vers une interaction plus nerveuse, où les accents rythmiques semblent à la fois spontanés et inévitables. Sur «On The Lake», le trio s’appuie sur l’espace et le lyrisme, laissant le silence façonner le récit autant que le son. Leur interprétation de «God Only Knows» respecte la pureté mélodique de l’original tout en la réfractant à travers une sensibilité jazz intime plutôt qu’ornementale. «Poetry Man» et «Chillipso» illustrent la capacité du groupe à équilibrer chaleur et détours harmoniques subtils, tandis que «Wichita Lineman» s’impose comme un centre de gravité discret, retenu, réfléchi et profondément émouvant.

«Leaving LA» porte un sentiment de mouvement teinté de nostalgie, ses modulations harmoniques évoquant à la fois le départ et la mémoire. «Contemplation» porte bien son nom, se déployant avec patience et introspection. «David’s Blues» revient à un vocabulaire plus ancré, sans jamais sacrifier la nuance. Et puis il y a «Dear Chick», geste final qui résonne à la fois comme un hommage et une continuité, un clin d’œil, peut-être, à l’influence durable de Chick Corea, dont l’esprit affleure dans la clarté intellectuelle et l’ouverture émotionnelle de l’album.

Pour les auditeurs familiers des carrières de Pasqua et Erskine, c’est Colley qui attire ici une attention particulière. Son jeu de basse, à la fois complexe, souple et profondément expressif, devient un centre de gravité. C’est une musique qui récompense l’écoute attentive: trois musiciens opérant avec un degré de finesse qui rappelle la profondeur intellectuelle et émotionnelle associée à des figures comme Corea et Miles Davis. Il se dégage de Peregrine une sensibilité résolument urbaine, réfléchie, exploratoire et affranchie des conventions.

Le trio, Erskine à la batterie, Pasqua au piano et au piano électrique, et Colley à la contrebasse, fait preuve d’une maîtrise impressionnante tout au long de l’album. Les contrastes de tempo instaurent une sensation d’aisance et de légèreté, tandis qu’un contrôle extrêmement précis des dynamiques révèle une interaction constante, presque conversationnelle. L’imagination harmonique de Pasqua, acérée sans jamais être ostentatoire, s’accorde parfaitement à son toucher articulé. Colley, quant à lui, se révèle un accompagnateur exceptionnel, tissant avec Erskine un dialogue rythmique discret mais captivant, le jeu de batterie demeurant, comme toujours, fluide et réactif.

Dans la vaste discographie de Peter Erskine, Peregrine apparaît moins comme une rupture que comme une synthèse. Il rassemble des décennies d’expérience, du fusion au post-bop et au-delà, pour les canaliser en une œuvre à la fois concise et ample. Là où des enregistrements antérieurs exploraient souvent les marges de l’interaction en ensemble, celui-ci en affine la conversation, privilégiant la clarté, la confiance et l’immédiateté plutôt que la démonstration.

Les albums de cette nature se font de plus en plus rares. Et lorsqu’un tel projet voit le jour, l’expérience peut retrouver une intensité presque enfantine: l’attente, le frisson, la sensation indéniable de recevoir quelque chose de précieux. Par des interprétations nuancées et des compositions soigneusement construites, Erskine, Pasqua et Colley ont créé une œuvre qui honore à la fois l’héritage et l’instant présent. «Cet album a été un plaisir à réaliser», confie Erskine. «J’espère que son écoute vous apportera autant de joie.»

De la joie, oui, mais aussi quelque chose de plus durable. Il y a une satisfaction profonde à entendre des compositions d’une telle beauté interprétées avec intelligence, retenue et une maîtrise acquise au fil des années. Chaque musicien y apporte des décennies d’expérience, des récits musicaux distincts et un engagement commun à élever la matière. Ce qui en résulte n’est pas simplement un album, mais une déclaration, une affirmation de la vitalité du jazz en tant qu’art et mode de pensée.

À une époque où l’attention se fragmente et où la production privilégie souvent le poli au détriment de la présence, Peregrine propose un contrepoint discret. Il invite l’auditeur à ralentir, à s’engager, à écouter attentivement, et, ce faisant, esquisse l’avenir du jazz non comme une réinvention gratuite, mais comme une conversation vivante, portée par ceux qui prennent encore le temps de l’entendre.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, March 19th 2026

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Website

Tour dates:
Wed, May 20 Piedmont Piano Company, OAKLAND
Thu, May 21 Kuumbwa Jazz Center, SANTA CRUZ
Fri, May 22 Libretto, PASO ROBLES
Sat, May 23 Libretto, PASO ROBLES
Sun, May 24 Vibrato, LOS ANGELES
Wed, May 27 Athenaeum, LA JOLLA

 

Musicians :
Peter Erskine, drums
Alan Pasqua, Piano, electric piano
Scott Colley, bass

Track Listing :
Gumbo Time
Bop Be
On The Lake
God Only Knows
Poetry Man
Chillipso
Wichita Lineman
Leaving LA
Contemplation
David’s Blues
Dear Chick