Paul Silbergleit Trio – The Stillness Of July (FR review)

Calligram Records – Street date : May 1st, 2026
Jazz
Paul Silbergleit Trio - The Stillness Of July

Résumé: Le guitariste Paul Silbergleit signe un premier album en trio empreint de réflexion, rendant hommage à la tradition du jazz avec élégance et retenue.

The Stillness of July de Paul Silbergleit: une plongée subtile et dévouée dans la tradition classique du jazz

Le premier album du guitariste Paul Silbergleit ne cherche jamais à s’imposer par l’esbroufe. The Stillness of July se déploie au contraire avec une discrétion assumée, presque méditative, où le musicien né à Milwaukee apparaît moins comme un innovateur en quête de rupture que comme un passeur attentif de la langue durable du jazz. Le qualifier simplement de traditionaliste serait pourtant réducteur : son travail s’inscrit dans un espace plus nuancé, celui d’un artiste profondément attaché au répertoire, mais désireux d’y faire affleurer une expression personnelle.

L’album s’ouvre sur la seule composition originale de Silbergleit, How Shallow the Duck Pond. Le titre, légèrement ironique, renvoie à une filiation harmonique librement inspirée de How Deep Is the Ocean. Écrite pendant la pandémie, la pièce donne immédiatement le ton: une introduction fluide et swingante, où se mêlent respect du langage et légèreté ludique. Elle cristallise déjà la tension centrale du disque entre fidélité et réinterprétation, comme si le projet consistait moins à reproduire une tradition qu’à l’habiter de l’intérieur.

Cette philosophie se retrouve dans un répertoire soigneusement choisi, mêlant standards méconnus de Charlie Parker, extraits de comédies musicales et compositions de Stevie Wonder. De cette mosaïque, Silbergleit tire un ensemble cohérent, où les transitions entre swing classique, ballades épurées et textures rythmiques plus contemporaines s’enchaînent avec naturel. L’unité repose sur une même exigence : clarté, retenue et fidélité à la ligne mélodique.

Le format du trio, acoustique et sans filet, impose une transparence totale. Ici, aucun artifice ne vient masquer le jeu : chaque note compte, chaque silence pèse. Silbergleit s’y engage pleinement. «Ce groupe me donne une liberté unique», explique-t-il, évoquant un espace où le vide devient matière musicale. Une liberté toutefois encadrée par une rigueur constante.

L’interaction entre les musiciens constitue l’un des points forts de l’album. Le jeu de guitare de Silbergleit, fluide et articulé, privilégie l’économie de moyens à la démonstration. La contrebasse assure un socle harmonique stable, d’une autorité discrète mais essentielle. La batterie, quant à elle, oscille entre finesse du balais et éclats plus incisifs. Leur complicité, forgée depuis leur première apparition commune lors d’un festival à Milwaukee en 2014, donne au trio une cohésion presque organique.

Certaines pièces illustrent particulièrement cette sensibilité. Ribbons Down My Back, tiré de Hello, Dolly!, se distingue par une élégance feutrée, laissant respirer la mélodie dans une architecture dépouillée. Getting to Know You, issu de The King and I, adopte un tempo modéré, subtilement coloré de percussions évoquant la conga, apportant chaleur sans rompre l’équilibre général.

L’une des relectures les plus marquantes demeure Summer Soft. Longtemps éclipsée au sein du répertoire de Stevie Wonder, la pièce est ici transposée en mesure asymétrique de 7/8, instaurant une légère instabilité rythmique. Silbergleit en préserve toutefois l’ampleur narrative, jusqu’à une montée finale presque cinématographique, ponctuée d’un solo de batterie d’une intensité remarquable.

Enfin, Poinciana, standard popularisé par Ahmad Jamal, bénéficie d’un traitement particulièrement inspiré. Adaptée à la guitare et enrichie d’un léger effet de chorus, elle conserve son caractère hypnotique tout en gagnant une profondeur texturale nouvelle. L’un des sommets du disque.

Si The Stillness of July peut parfois frôler une certaine retenue, c’est précisément cette mesure qui en définit l’esthétique. Là où certains auditeurs pourraient attendre davantage de rupture ou d’expérimentation, Silbergleit privilégie une exploration patiente des contours du langage jazzistique. Une démarche presque archivistique, non comme une nostalgie figée, mais comme une attention contemporaine portée à la mémoire vivante du genre.

En définitive, ce premier album témoigne d’une conviction tranquille. Dans un paysage musical souvent dominé par l’urgence de la nouveauté, Silbergleit rappelle que la profondeur peut naître d’un autre geste : celui de l’écoute, du détail, et d’un engagement sincère envers une tradition toujours en mouvement.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, April 22nd 2026

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To buy this album

Website

Musicians :
PAUL SILBERGLEIT: guitar
CLAY SCHAUB: bass
DEVIN DROBKA: drums

Track Listing :
How Shallow Is The Duck Pond
Ribbons Down My Back
Summer Soft
Getting To Know You
Poinciana
Bongo Beep
Riversong
With You
Enter The Fall

Tracks 1, 7, 9 composed by Paul Silbergleit, SilberSpace Music ASCAP
Track 2 composed by Jerry Herman, Edwin H. Morris & Company ASCAP
Track 3 composed by Stevie Wonder, Black Bull Music/ Jobete Music Co., Inc. ASCAP
Track 4 composed by Richard Rodgers and Oscar Hammerstein II, Williamson Music Co. ASCAP
Track 5 composed by Nat Simon and Buddy Bernier, Anne Rachel Music Corp./ Bernier Publishing ASCAP
Track 6 composed by Charlie Parker, Atlantic Music Corp.
Track 8 composed by Stephen Schwartz, EMI BMPC Corp./ Jobete Music Co., Inc. ASCAP
Recorded June 2–3, 2024 at Cloudland Recording, Milwaukee, WI
Recorded, mixed, and mastered by Larry Phillabaum
Design and layout by Chad McCullough