Paul Kahn feat. Catherine Russell & Matt Munisteri – Willingness (FR review)

CarlCat Records – Street date: June 19, 2026
Jazz, Reggae
Paul Kahn feat. Catherine Russell & Matt Munisteri – Willingness

Résumé : Avec Willingness, le compositeur Paul Kahn et la chanteuse de jazz Catherine Russell livrent un album profondément humain où reggae, jazz et pop sophistiquée se rencontrent dans une élégance rare. Porté par des arrangements subtils, des textes d’une grande sincérité et des performances lumineuses, le disque s’impose comme l’une des plus belles surprises émotionnelles de la saison.

Paul Kahn et Catherine Russell trouvent, avec Willingness, une grâce discrète loin du vacarme contemporain

Dès que le nom de Catherine Russell apparaît sur un album, certaines attentes s’imposent presque naturellement. Depuis des années, la chanteuse incarne une certaine idée de l’élégance jazz, du respect des grandes traditions vocales américaines et d’un art de l’interprétation nourri par une connaissance intime du répertoire classique. On imagine alors volontiers un voyage au cœur d’un patrimoine musical soigneusement préservé, servi avec cette précision feutrée et cette grâce qui caractérisent son œuvre.

Mais Willingness, son projet commun avec le songwriter Paul Kahn, choisit une trajectoire plus inattendue.

Plutôt que de regarder frontalement vers le passé, l’album se déploie dans un espace où se croisent rythmes reggae, textures jazz et mélodies pop sophistiquées. Dès “Stain On My Sleeve”, le ton est donné. Le morceau avance avec une décontraction lumineuse, porté par une pulsation reggae-jazz souple et chaleureuse, presque intime. Rien ici ne cherche à attirer l’attention avec insistance. Tout repose au contraire sur l’art de l’installation progressive.

Le disque révèle aussi immédiatement sa qualité essentielle: l’écriture de Paul Kahn.

Kahn compose avec la patience d’un conteur et l’intelligence émotionnelle de ceux qui préfèrent la vérité à l’effet dramatique. Ses textes avancent avec naturel, sans jamais forcer l’émotion, tout en laissant derrière eux une profondeur poétique persistante. Sa manière de chanter évoque moins celle d’un frontman traditionnel que celle d’un homme partageant, tard dans la nuit, des réflexions mûries par l’expérience. Cette proximité devient rapidement l’une des grandes forces du projet.

Lorsque Catherine Russell entre véritablement en scène au deuxième morceau, l’album gagne encore en densité émotionnelle. On la découvre dans un univers musical que l’on n’associe pas spontanément à elle, mais cette légère surprise ne fait qu’amplifier la beauté du disque. Russell ne cherche jamais à dominer les chansons. Elle les habite avec délicatesse, leur donnant une profondeur intérieure presque invisible.

Cette retenue devient d’ailleurs l’une des plus grandes réussites de Willingness.

Comme le soulignait Skope Magazine, la présence de Russell constitue l’équilibre émotionnel du projet. Sa voix apporte au disque son centre de gravité, tandis que l’écriture de Kahn mêle maturité, finesse et humour discret avec une remarquable subtilité. Les arrangements suivent exactement la même logique, privilégiant constamment la nuance, l’atmosphère et l’espace plutôt que la démonstration technique.

Il existe quelque chose de profondément désarmant dans cet album. Willingness semble flotter hors du temps, évoquant parfois les plus beaux enregistrements jazz-pop des années 1980, tout en conservant une chaleur et une sophistication émotionnelle très contemporaines. Le disque ne joue jamais la nostalgie calculée. Il retrouve simplement une forme d’artisanat musical que beaucoup de productions modernes semblent avoir abandonnée.

Et pourtant, quelque chose d’insaisissable demeure au cœur de l’ensemble.

Peut-être est-ce l’honnêteté qui traverse les compositions de Kahn. Peut-être l’élégance presque invisible des arrangements. Ou peut-être simplement cette capacité unique qu’a Catherine Russell à sublimer un projet sans jamais chercher à l’éclipser.

L’histoire même de la création de l’album éclaire cette précision émotionnelle.

L’esprit de Willingness trouve en partie son origine dans Vocal Sides, l’album produit par Russell en 2013 en hommage à sa mère disparue, la musicienne légendaire Carline Ray. Plusieurs années plus tard, lorsque Paul Kahn lui fait écouter une série de maquettes enregistrées avant leur rencontre, Russell perçoit immédiatement le potentiel singulier de ces chansons.

Elle expliquera plus tard avoir été frappée par «l’honnêteté de ses textes» ainsi que par des progressions harmoniques dont la beauté lui semblait constamment imprévisible. Cette intuition deviendra le véritable socle émotionnel du disque.

L’implication de Russell dépasse largement le simple rôle d’invitée. En plus de produire l’album, elle participe aux chœurs, aux arrangements, aux claviers ainsi qu’à la mandoline, façonnant l’ensemble avec cette attention discrète que les grands producteurs reçoivent rarement à leur juste mesure.

Elle réunit également autour du projet plusieurs figures majeures de la scène jazz new-yorkaise.

Le batteur Shawn Pelton, connu notamment pour son travail au sein du groupe du Saturday Night Live et ses collaborations avec Rosanne Cash, apporte au disque une subtilité rythmique remarquable. Le bassiste Russell Hall installe une assise élégante et profonde tout au long de l’album, tandis que le guitariste Matt Munisteri, fidèle directeur musical de Russell, démontre une nouvelle fois son exceptionnelle capacité à circuler entre les styles sans jamais perdre sa propre identité musicale.

Mais ce qui rend Willingness si précieux, c’est précisément que cette virtuosité ne devient jamais démonstrative. Rien ici ne semble conçu pour impressionner l’auditeur. Chaque détail existe uniquement au service des chansons.

Cela a toujours été la marque des projets liés à Catherine Russell. L’art réside dans les nuances, dans les silences, dans cette confiance suffisamment solide pour ne jamais surcharger la musique. Son association avec Paul Kahn paraît ainsi d’une évidence rare, tant les deux artistes partagent le même goût pour la sincérité émotionnelle et l’expression mesurée.

Kahn, avec cette voix située quelque part entre le narrateur et le chanteur, ramène constamment l’attention vers l’essentiel : l’humanité contenue dans ces chansons. Autour de lui, les musiciens construisent un écrin raffiné, jamais pesant.

Willingness pourrait bien devenir l’une des révélations les plus discrètes de l’été.

Pour les auditeurs fatigués par la sentimentalité artificielle et les excès formatés qui dominent aujourd’hui une grande partie de l’industrie musicale, cet album offre une alternative d’une rare sincérité. Il parvient à être réfléchi sans devenir prétentieux, sophistiqué sans jamais perdre son accessibilité.

Surtout, il rappelle une évidence que beaucoup de productions contemporaines semblent avoir oubliée : lorsqu’elle est façonnée avec patience, honnêteté et véritable savoir-faire, la simplicité peut encore atteindre quelque chose d’extraordinaire.

À une époque dominée par les productions tapageuses et les émotions jetables, Willingness réussit précisément parce qu’il ne cherche jamais à en faire trop. Sous son apparente modestie se cache une forme d’art rare, un album dont la beauté se révèle lentement avant de continuer longtemps à résonner bien après la dernière écoute.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, May 20th, 2026

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Musicians:
Paul Kahn – vocals
Matt Munisteri – guitars
Russell Hall – bass
Shawn Pelton – drums, percussion
Catherine Russell – backing vocals, mandolin (1,2), keyboard (1)
Layla – backing vocals
Ben Rosenblum – accordion (5,6)
Sara Caswell – Hardanger fiddle (3)
Glenn Patscha – Hammond C3 (2,4)
Veronica Dye – flute (1,4)

Track Listing :
1 Stain on My Sleeve
2 Memory Lane
3 Willingness
4 Pull Another Leaf from the Clover
5 Carrie Ann
6 No One to Cry to

All songs written by Paul Kahn, Foggy Day Music (BMI)
except “No One To Cry To” by Foy Willing and Sid Robin

Produced by Catherine Russell
Recorded and Mixed by Hector Castillo (June – October, 2025) at GB’s Juke Joint, Long Island City, NY
Assistant Engineer, Video Editing: Daniel Jácome
Direction: Glen Forrest
Arrangements by Catherine Russell and Paul Kahn
Guitars arranged by Matt Munisteri
Video: Simon Toro
Mastered by Dave McNair
Photography: Nancy Carbonaro (color) Hector Castillo (black & white)
Design: Karin Elsener

Dedicated to Stuart J. Rosenberg (1955-2024)