Patricia Moreno – Volver (FR review)

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Jazz
Patricia Moreno – Volver

Résumé: Volver, de Patricia Moreno, est un album acoustique intime, à la croisée du folklore vénézuélien, du tango et du jazz, porté par une profondeur émotionnelle rare, un art vocal raffiné et une élégance intemporelle.

Une puissance silencieuse: Volver de Patricia Moreno à rebours du vernis contemporain

À l’heure où dominent les productions impeccables et la prise de risque s’amenuise, Volver de Patricia Moreno apparaît presque comme un geste radical par sa retenue.

Née en Autriche de racines vénézuéliennes, la chanteuse s’est construite musicalement entre continents et traditions. Formée à Vienne puis au Berklee College of Music, elle a façonné une voix singulière auprès de mentors tels que Bobby McFerrin, Joey Blake et Rhiannon. Interprète aux influences multiples, Moreno aborde Volver comme un chemin de reconnexion, à la fois musicale et intime.

Après des années passées à explorer le jazz contemporain et les musiques fusion, elle revient vers les sonorités de son héritage. L’album puise dans les traditions populaires vénézuéliennes, la mélancolie lyrique des tangos de Carlos Gardel, ainsi que dans la vitalité rythmique des chorinhos de David Chesky. Son origine est d’une simplicité désarmante: une session d’enregistrement domestique au cours de laquelle Moreno et son père, le guitariste Arnoldo Moreno, interprètent une composition de Chesky. De ce moment intime naîtra une collaboration qui aboutira à cet enregistrement.

À l’écoute de Volver, surgit, de manière inattendue, le souvenir de Roberto Goyeneche. À première vue, tout semble les opposer. Mais sous la surface affleure une même exigence d’expression, où la vérité émotionnelle prime sur les frontières stylistiques.

Cette musique s’ancre dans des traditions où la sincérité n’est pas un ornement, mais une nécessité. Ce qui pourrait d’abord apparaître comme folklorique révèle, à une écoute attentive, une richesse plus complexe: une forme vocale et poétique dont la puissance tient autant à l’interprétation qu’au dialogue subtil des guitares.

Malgré la distance géographique, Moreno et Chesky ont construit ce projet dans la confiance et une ouverture laissant l’instinct guider le processus. Il en résulte un album façonné moins par le calcul que par l’honnêteté, où phrasé, improvisation et narration se déploient avec une fluidité naturelle.

La progression de l’album frappe particulièrement. Dès le troisième titre, «El Día Que Me Quieras», l’art de Moreno se révèle pleinement, dans une élégance poétique rare que les premières pistes laissaient entrevoir. À partir de là, tout s’ordonne. Volver, «revenir», s’impose alors comme une déclaration à la fois discrète et puissante: un retour aux racines, à la simplicité et à la vérité émotionnelle.

Dans un paysage souvent dominé par le poli et la précision technique, Moreno propose une musique plus intime et durable, qui respire, résonne et se dévoile progressivement. Certes, le tempo introspectif pourra dérouter les auditeurs habitués à des structures plus immédiates. Mais cette retenue en constitue précisément la force, récompensant la patience par la profondeur.

De tels albums se font rares. Ce qui rend le travail de Moreno particulièrement convaincant, c’est sa capacité à concilier tradition et sensibilité contemporaine. Une dramaturgie subtile traverse ses interprétations, dessinant une trajectoire émotionnelle qui capte l’attention sans jamais forcer l’intensité. Soutenue par un ensemble de guitaristes remarquables, elle élabore un langage musical à la fois épuré et riche d’expression.

«J’ai toujours aimé utiliser ma voix comme un instrument, confie Moreno, modeler les lignes mélodiques, colorer les textures, jouer avec le phrasé et l’agilité, explorer mon registre, m’immerger dans le rythme et le timbre. Mais ces chorinhos m’ont menée plus loin que tout ce que j’avais chanté auparavant: leur complexité rythmique, leur richesse harmonique et leur exigence technique m’ont poussée vers de nouveaux territoires d’improvisation, où l’instinct, le souffle et la joie pure prennent le relais, et où la musique devient véritablement vivante.»

Tout au long de l’album se déploie une attention sensible à l’espace acoustique et à l’équilibre délicat entre traditions folk et jazz. Volver ne séduira pas tous les publics. Il s’adresse plutôt à ceux qui acceptent de s’y abandonner: puristes du jazz, amateurs de voix et auditeurs attirés par les territoires les plus introspectifs des musiques du monde.

Pour ceux-là, la récompense est à la hauteur. Volver n’est pas seulement un album à écouter, mais un espace à habiter, une œuvre dont l’intensité feutrée laisse penser qu’elle saura durer, plutôt que s’effacer, avec le temps.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, April 14th 2026

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Website

Musicians :
Patricia Moreno | Vocal
Arnoldo Moreno | Guitar
Ignacio Giovanetti | Guitar

Track Listing 

  1. Amalia (Francisco de Paula Aguirre)
  2. Washington Heights – Chorinho No.4 (David Chesky)
  3. El día que me quieras (Carlos Gardel/Alfredo Le Pera)
  4. Soho Waltz – Chorinho No.10 (David Chesky)
  5. Dama Antañona (Francisco de Paula Aguirre/ Leoncio Martínez)
  6. Latin Fugue – Chorinho No.13 (David Chesky)
  7. Volver (Carlos Gardel/ Alfredo Le Pera)
  8. Summer Days – Chorinho No. 15 (David Chesky)
  9. Crepúsculo Coriano (Rafael Sánchez López)
  10. Park Avenue – Chorinho No.12 (David Chesky)
  11. Baile del Candombe (Uruguayan Traditional)