Paloma Negra – Fuegos

Foudrage – 2026
Latino
Paloma Negra – Fuegos

Il y a des albums qui se présentent d’emblée comme des déclarations d’intention, des invitations à voyages et périples fabuleux, et Fuegos (les Feux) est de ceux-là. Le troisième opus du quartet breton Paloma Negra, album de 38 minutes et 10 titres, ressemble à un immense feu de joie au bord de l’Atlantique visible depuis l’Espagne et l’Am-sud: il brûle, il réchauffe, il consume et il laisse des braises que le vent marin caresse, pour toujours les raviver. Et pour que jamais ne s’éteigne la flamme.

Paloma Negra signe un album suspendu entre mémoire, voyage et sophistication discrète.

À la croisée du flamenco, du Latin jazz et de la chanson mexicaine, le quartet de la colombe noire (Paloma Negra, allusion à une chanson populaire d’Amérique Latine) chante la nostalgie, la joie de vivre et la passion dans la langue de Cervantès, invoquant avec amour et virtuosité les esprits du nouveau monde, celui qui fait rêver, qui invite à un périple sans billet retour. L’ensemble se révèle immersif, chaleureux, baigné d’une lumière estivale, un album davantage préoccupé par l’atmosphère et la précision émotionnelle que par la démonstration technique.

Basé en Bretagne, la formation revendique une identité pimentée, placée sous le signe du voyage et du métissage. Leur label les désigne sous le terme Onda Flamenca Latina (vague flamenca latine), et c’est exactement l’image qui vient à l’esprit dès les premières notes de cet opus: un courant chaud qui balaie les frontières entre l’Espagne et l’Am-sud. Un courant chaud porté par Barbara Letoqueux, la voix et la personnalité charismatique du groupe.

Chanteuse ayant sillonné le Mexique et le Brésil, Barbara joue de la basse et du pandeiro (un tambour à main traditionnel brésilien semblable à un tambourin). Son lien particulier avec l’Am-sud est autant sentimental que culturel et musical. D’ailleurs, tout au long des dix titres de cet album, sa voix est tour à tour déchirante dans les passages douloureux, lumineuse dans les moments de fête, ensorcelante quand Barbara vous convie à l’accompagner dans les dunes, pour voir brûler cet immense feu de joie.

Elle est accompagnée de musiciens dont le talent ne cherche jamais à écraser la voix de colombe de Barbara ni à s’imposer inutilement :

Victor Reny, le guitariste flamenco du groupe, a perfectionné son jeu auprès de grands guitaristes comme Manolo Sanlucar et Juan Carmona. Sur Fuegos, sa guitare est à la fois caressante et incendiaire: elle cisèle les harmonies et les enflamme d’un seul geste. Victor affine son jeu avec une rare élégance.

Julien Legallet, brillant percussionniste, a développé un jeu riche de toutes les influences absorbées à travers un véritable tour du monde des tambours : percussions d’Afrique de l’Ouest, musique latino-américaine, musiques de l’océan Indien. Il peut impulser des élans d’énergie ou se retirer dans un accompagnement lumineux et subtil.

L’excellent violoniste Jacques Lesire apporte à cette formation l’expérience et les sensations accumulées lors de ses activités théâtrales (mime, théâtre gestuel) et musicales dans des répertoires allant de la chanson française au blues.

Fuegos dresse un tableau contrasté de l’existence humaine à travers des images de détresse, de migration et de bouleversement émotionnel. C’est la mémoire et l’instant présent, la douleur et la fête, l’eau et le feu, le ciel et la terre. Un voyage émotionnel tourbillonnant, dont la spirale semble sans fin. Une véritable quête de perfection traverse non seulement les compositions, mais aussi les arrangements. Les morceaux se déploient avec patience et élégance:

La Risa de Mona ouvre l’album sur près de cinq minutes, ce qui est une déclaration en soi. Le temps de s’installer, de laisser la guitare de Victor Reny poser le décor, et la voix de Barbara entre comme une évidence. Un titre qui prend son temps, profond et habité. Le silence entre les notes semble aussi important que les notes elles-mêmes. Les résonances des instruments flottent dans l’air comme des pensées inachevées. Chaque phrase musicale porte la tension fragile de quelque chose qui se construit dans l’instant. Cette musique exige une véritable disponibilité émotionnelle, de l’attention, de la patience aussi.

Colibrí est l’une des perles de l’album. Léger, virevoltant, il illustre à merveille la capacité du groupe à faire tenir beaucoup d’émotion dans peu d’espace. Le violon de Jacques Lesire y vole littéralement, prenant part à une conversation profondément émotionnelle.

Mujer (Femme) est un des moments les plus intenses de Fuegos. Barbara Letoqueux y déploie toute sa palette vocale, entre tendresse et revendication. Un titre qui reste longtemps en tête.

Beaucoup de projets mêlant flamenco et une certaine modernité restent enfermés dans une forme d’admiration nostalgique du passé. Fuegos, au contraire, prouve qu’ils peuvent être capables de mutation. À la croisée du flamenco, du Latin jazz et de la chanson mexicaine, le jeu du quatuor Paloma Negra ne sert nullement d’ornement décoratif autour de compositions originales. Elles les étirent, les déplacent, les fragilisent parfois, jusqu’à révéler des zones émotionnelles jusque-là invisibles. Emotion garantie!

Des formations comme Paloma Negra rappellent que les évolutions les plus importantes de la musique apparaissent souvent précisément au moment où les catégories commencent à ne plus suffire. Une musique fondée une compréhension intuitive qui permet à quatre artistes de se fondre en un langage commun.

Fuegos, un album qui se dérobe aux classifications simples et fait du contraste son principe moteur. Un album dont l’écho persiste, non par l’effet spectaculaire, mais par le charme durable de l’écoute.

Frankie Pfeiffer
Editor in chief – PARIS-MOVE

PARIS-MOVE, May 27th, 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::

Fuegos est disponible en CD, en vinyle et sur toutes les plateformes de streaming (Spotify, Apple Music, Deezer, Amazon Music)

En concert:
03/07/26 – Le Champ Commun, Augan (56)

Website