MITCH RYDER – Songs From The Road

RUF Records
Rock
MITCH RYDER 01

Suite, donc, de la never-ending story du gladiateur de Motor-City exilé au pays du Sauerkraut et des Frankfurter Würstchen, pour ce qui s’avère non seulement son septième live en six décennies de carrière, mais aussi son second en moins de deux ans. C’est que le sablier persiste à s’écouler plus inexorablement que jamais, et qu’à bientôt 81 berges (le 26 février prochain), le dénommé William Sherille Levise Jr. (pour la douane et le fisc) ne semble toujours pas disposé à raccrocher les gants. Alors, certes, tel un vieux boxeur dans son coin du ring, Mitch Ryder ne se produit désormais plus guère qu’assis, et dispose d’un prompteur numérique pour pallier aux trous de mémoire. Mais s’il ne gambade plus depuis belle lurette à la manière de ses contemporains Jagger (assisté d’un pacemaker) et Iggy (avec sa hanche en tungstène), il règne toujours, depuis son trône improvisé, sur un gang à sa main d’où se détache encore et toujours un duo de spadassins à lames fatales (faut-il rappeler que ce fut au sein de son groupe Detroit que se révéla le serial killerr Steve Hunter, voici plus d’un demi-siècle?). Ces mercenaires apatrides ont cette fois pour noms Sean Athens et rien moins que la terrassante Laura Chavez (écoutez les prodiges qu’elle accomplit sur “Ain’t Nobody White”, “All The Fools It Sees” et “Fly”, tandis que son comparse à la slide tranchante ne s’en laisse pas davantage conter, cf. au hasard “It Wasn’t Me”). Solide sans jamais se montrer pesante pour autant, la section rythmique teutonne épouse chaque titre avec une aisance confondante (cf. ce “War” d’anthologie, aux twin guitars et à l’orgue évoquant l’Allman Brothers Band en plein duel fratricide). Étonnamment préservé, le timbre du vieux sachem se montre tour à tour roublard, crooner et éraillé, comme en témoigne d’emblée le “Lilli May” d’ouverture. Si vous vous demandez encore pourquoi des piétons tels que John Mellencamp, les Fleshtones et Bruce Springsteen portent Mitch Ryder aux nues, référez-vous donc ici aux flamboyants “The Thrill Of It All” et “Wrong Hands”, mais quand il s’agit de dévider le swamp blues, le vieux sachem se révèle même encore en mesure de convoquer l’esprit des Doors (dont il livre par ailleurs une épique extended version de “Soul Kitchen”), avec le renfort de l’extraordinaire claviériste et choriste Léa Worms, pour qui ni Ray Manzarek, ni Martha Argerich n’ont manifestement plus de secret. La même s’avère également capable d’arrangements orchestraux dignes des Moody Blues période “Days Of Future Passed” (le majestueux “Do You Feel Alright”), voire de rouler le tango façon Willy De Ville meets Piazzola sur le débridé “Oh What A Night” (où la Chavez donne libre cours à son âme latine, au fil d’un solo à faire pâlir Carlos Santana en personne). Selon une formule déjà éprouvée Outre-Rhin par les publications Rockpalast, ce live incandescent capté début mars 2025 à Berlin s’accompagne de son quasi-jumeau en DVD. Saisi l’année dernière à Lindewerra (le jour même des 80 ans du grand homme), celui-ci propose la même set-list (à deux exceptions près: “War” n’apparaît ainsi que sur le CD, et “Tough Kid” que sur la vidéo). Chaud devant, le double live fumant d’un monument vivant!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, February 11th 2026

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