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Disparu en 1991, Miles Davis aurait fêté cette année son centième anniversaire. Si durant les trente-cinq années écoulées depuis son décès, les publications d’enregistrements inédits de ce totem indéboulonnable du jazz moderne n’ont pas manqué (ainsi que les ouvrages qui lui furent consacrés), cet imposant pavé signé Luca Carchiari (musicologue et critique musical italien, professeur à l’Université IULM de Milan et spécialiste de l’histoire du jazz, des musiques populaires et des cultures afro-américaines) n’a pas la prétention superfétatoire d’établir une nième biographie exhaustive de l’artiste en question. En ce registre en effet, “Miles”, son autobiographie co-rédigée avec son confident et ami Quincy Troupe, sa bio par John Szwed en 2002 (“So What – The Story Of Miles Davis”) et surtout “Miles Davis, The Definitive Biography” de Ian Carr demeurent sans doute insurpassables. Traduit en français par Stéphanie Acquette (elle-même musicienne, compositrice et interprète, récemment chroniquée ICI), cet essai se présente davantage comme l’exégèse pointue de l’ensemble de la carrière de celui que l’on surnomma de son vivant le Prince des Ténèbres, voire le Picasso du jazz. Car ainsi qu’en atteste sa discographie, la trajectoire de cet outcast et innovateur résolu traversa plusieurs périodes, auxquelles correspondirent plusieurs identités successives (se traduisant chacune par une évolution, voire une révolution, en ce qui concerne au moins l’avènement de la fusion jazz-rock). Ligne cependant commune à toutes ces phases (à l’instar d’autres grands créateurs tels que Duke Ellington et Count Basie), Davis fut, sa vie durant, un talent scout hors du commun. Dès ses débuts new-yorkais auprès de la scène bebop qu’incarnaient alors Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk, et sa participation à l’éclosion du cool jazz (avec le notoire “Birth Of The Cool”), la liste de ses poulains s’énonce quasiment comme un who’s who du jazz depuis les fifties jusqu’à la fin des eighties. Outre les pianistes John Lewis, Red Garland, Horace Silver, Bill Evans, Wynton Kelly, Victor Feldman, Keith Jarrett, Joe Zawinul, Chick Corea et George Duke, les batteurs Max Roach, Philly Joe Jones, Kenny Clarke, Jimmy Cobb, Tony Williams, Jack DeJohnette, Billy Cobham et Al Foster, les guitaristes George Benson, John McLaughlin, John Scofield, Sonny Sharrock, Earl Klugh et Mike Stern, ainsi que les contrebassistes et bassistes Paul Chambers, Dave Holland, Harvey Brooks, Michael Henderson et Marcus Miller, il révéla au sein de ses diverses formations les saxophonistes John Coltrane, Cannonball Adderley, Wayne Shorter, Carlos Garnett, Bill Evans, Steve Grossman et Kenny Garrett. D’une lecture parfois quelque peu ardue (du moins pour qui ne maîtriserait ni le solfège, ni l’harmonie, ici brillamment disséqués), cet essai ne manque pas de signaler l’influence déterminante d’arrangeurs et producteurs tels que Gil Evans, Paul Buckmaster et Teo Macero. À déguster à petites gorgées, en se repassant “Kind Of Blue”, “Porgy And Bess”, “Sketches Of Spain”, “In A Silent Way” et “Bitches Brew”… Une somme, voire une mine en soi.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, March 30th 2026
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