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Résumé: Inspirée du documentaire, cette suite pour grand orchestre de jazz composée par Miyajima et enregistrée en public au Jazz at Lincoln Center transforme les témoignages de survivants du séisme japonais de 2011 en une vaste fresque musicale. Puissante et d’une grande immédiateté émotionnelle, l’œuvre impressionne par la qualité de son écriture orchestrale, même si son propos apparaît parfois trop explicite.
La curiosité est d’emblée suscitée par le principe même de cet album.
Enregistrée le 17 mars 2025 au Dizzy’s Club du Jazz at Lincoln Center, cette œuvre de 72 minutes prend la forme d’une suite inspirée du documentaire, écrite pour grand ensemble de jazz. Elle témoigne de l’ambition artistique et du savoir-faire institutionnel qui caractérisent depuis longtemps Jazz at Lincoln Center. Nourri par vingt entretiens réalisés par Miyajima auprès de survivants et de bénévoles touchés par le grand séisme de l’Est du Japon de 2011, plus connu sous le nom de «3.11», le projet réunit un big band de dix-sept musiciens ainsi que les comédiens Megan Masako Haley, Ashton Muñiz et Arielle Gonzalez, dont les voix incarnent ces récits tout au long de la performance.
Les textes parlés remplissent davantage une fonction narrative qu’ils ne révèlent une véritable profondeur. Ils atteignent rarement le niveau de sophistication de l’écriture musicale et proposent des réflexions qui peuvent paraître attendues au regard de la richesse de la partition. Ce choix est sans doute assumé. La simplicité du langage semble destinée à toucher le public le plus large possible, et l’on sait qu’une parole directe peut constituer un puissant vecteur de mémoire collective. Sur le plan musical, en revanche, le degré de maîtrise ne fait guère de doute. Les interprètes paraissent prendre un réel plaisir à défendre les compositions de Miyajima, auxquelles ils insufflent énergie et conviction.
Comme l’explique le compositeur, la sortie internationale de l’album accompagne le quinzième anniversaire de la catastrophe, célébré en 2026.
«Ce projet est né de mon besoin de surmonter ma propre douleur», confie Miyajima. «Mais ce qui m’est finalement resté, c’est un sentiment d’émerveillement devant ce que les êtres humains sont capables d’accomplir, ainsi que devant la beauté et la fragilité du combat pour continuer à vivre. Dans un monde marqué par les guerres, les déplacements de population et des inégalités extrêmes, je me suis souvent demandé comment vivre avec intégrité au milieu de tout cela. Cet album est la réponse que j’ai trouvée.»
L’histoire, et souvent l’histoire douloureuse, nourrit depuis toujours le travail des artistes. Ici, un flot sonore emporte l’auditeur dans un paysage d’une intensité expressive remarquable. Est-ce le deuil qui s’y manifeste? Peut-être. Plus encore, il semble être question de trouble intérieur, du poids persistant d’expériences dont il est difficile de se libérer lorsqu’elles ont profondément marqué une existence. Une chose est certaine: une force irrépressible traverse l’œuvre de bout en bout. À bien des moments, elle ressemble moins à une composition qu’à un cri prolongé.
Parce que l’histoire a tendance à se répéter, la pièce paraît également embrasser cette dimension cyclique. Selon plusieurs témoignages, chaque représentation a suscité une forte émotion dans le public. L’un des spectateurs résumait ainsi son ressenti: «Savoir que tant de personnes ont trouvé la force d’avancer après le séisme m’a donné du courage. Dans ma propre famille, nous avons été confrontés au cancer.» Quelles que soient leur origine ou leur histoire personnelle, les auditeurs semblent reconnaître dans cette persévérance face à l’épreuve quelque chose d’universel.
Lors de la création mondiale, lorsque les dernières notes se sont éteintes, la salle serait restée quelques instants suspendus dans le silence avant d’exploser en applaudissements. Une réaction émotionnelle manifeste, et somme toute compréhensible au regard du sujet abordé comme de la sincérité du projet.
Pourtant, malgré plusieurs écoutes, je ne suis jamais parvenu à adhérer pleinement à cette proposition. À mes yeux, elle aurait gagné à être davantage interrogée, tant sur le plan musical que textuel. On y perçoit parfois des réminiscences de Prokofiev presque trop évidentes. Certains gestes orchestraux, certaines progressions harmoniques ou constructions dramatiques rappellent avec insistance des modèles du XXe siècle, au point de détourner ponctuellement l’attention de la voix propre de l’œuvre. Pour un auditeur européen, ces références apparaissent souvent si nettement qu’elles deviennent difficiles à ignorer.
C’est finalement ce qui m’empêche d’embrasser totalement cet album. Je suis généralement plus sensible aux œuvres qui dissimulent leurs influences, qui se dévoilent peu à peu et résistent aux interprétations immédiates. Ici, tout est incontestablement beau, soigneusement construit et porté par une sincérité indéniable. Mais tout est également d’une grande transparence. Cette franchise émotionnelle touchera profondément de nombreux auditeurs, et certains y verront même l’une des principales qualités du disque. Pour ma part, l’absence d’une plus grande part d’ambiguïté laisse une impression légèrement moins durable que ce que l’œuvre aurait pu susciter.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, June 10th, 2026
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Performed by Miggy Augmented Orchestra
Migiwa “Miggy” Miyajima, composer, conductor, piano (on #4)
Megan Masako Haley, actor, singer
Dan Urness, trumpet, flugelhorn
David Smith, trumpet, flugelhorn
Stuart Mack, trumpet, flugelhorn
Rachel Therrien, trumpet, flugelhorn
Ryan Keberle, trombone
Jason Jackson, trombone
Evan Amoroso, trombone
Gina Benalcazar-Lopez, bass trombone
Ben Kono, alto saxophone, soprano sax, flute
Todd Bashore, alto saxophone, flute, clarinet
Sam Dillon, tenor saxophone, clarinet
Quinsin Nachoff, tenor saxophone, clarinet
Carl Maraghi, baritone saxophone, bass clarinet
Pete McCann, guitar
Martha Kato, piano (All except #6)
Migiwa Miyajima, piano (on #6)
Jared Beckstead-Craan, bass
Tim Horner, drums
Ashton Muñiz, actor for Akira Sato, Kazemaru Chiba, Takayuki, Takayuki Yoshinaga
Arielle Gonzalez, actor for Yuko Miyajima, Kyohmi Takahashi, A.K. and Together for 311
Interviewees:
Akira Sato (Fukushima First Bible Baptist Church)
Kyohmi Takahashi
Kazemaru Chiba
Takayuki Yoshinaga
A.K. Akemi Kakihara and 12 fellows from Fellowship for Japan (Together for 311)
Yuko Miyajima
Recorded live at Dizzy’s Club at Jazz at Lincoln Center
Editing Engineer Satoshi Hashimoto
Mix & Mastering Engineer Jay Messina
Production assistant Joseph HerbstAlbum Cover Art
Art Director/Designer: Finn Evans