MICHEL PORTAL – Quelques Notes Sur La Liberté

Cézame Music / InOuïe Distribution
World Jazz
MICHEL PORTAL - Quelques Notes Sur La Liberté

Michel Portal (prix in honorem de l’Académie Charles Cros en 2005 pour l’ensemble de sa carrière, et décoré Commandeur de l’ordre des Arts et Lettres en 2011) nous a quittés à 90 ans le 12 février dernier. J’avais eu, près de trente ans auparavant, l’occasion de le côtoyer brièvement au cours d’un repas avec son comparse d’alors, Richard Galliano, avant les balances d’un concert que ces derniers donnaient ensemble lors du Festival de Jazz de Tourcoing. Mais autant la jovialité expansive de Richard en avait ravi les convives, autant l’introspection mutique de Michel n’avait pu infléchir la distance qu’il maintenait envers ces agapes. Manifestement imprégné de ces minutes précieuses qui précèdent la rencontre quasi-amoureuse entre sa musique, lui-même et le public, le Bayonnais nous parut alors ombrageux et hiératique, alors qu’il n’était sans doute que déjà focalisé sur les instants cruciaux à venir. J’eus heureusement l’occasion de le découvrir ensuite volubile, facétieux et touchant, lors de la série d’entretiens que lui consacra quelques années plus tard France Culture, révélant à ceux qui les méconnaissaient encore toute son humanité féconde et son appétit de la vie. C’est le mérite et l’intérêt du film de Benjamin Delattre (dont ce CD constitue la B.O.) que de nous restituer cet homme-musique dans toute son exigence et sa solide fragilité. Ce n’est certes pas sa première apparition à l’écran, puisque, outre ses nombreuses musiques de films (“Le Retour De Martin Guerre” en  83, “Champ d’Honneur” en 88, “Eugénie Grandet” en 95…), il s’était isolé pendant quinze jours de 1997 en compagnie de jeunes musiciens, pour travailler en profondeur le célèbre concerto pour clarinette de Mozart, dont le film éponyme de Jean-Louis Comolli et Francis Marmande le présentait s’interrogeant sur chaque mesure, afin d’y restituer le sens de chaque note. De-par l’imminence (alors insoupçonnée) de sa disparition, ce film-ci revêt forcément une dimension testamentaire, et les fragments musicaux improvisés qu’il y entrecoupe de sa voix enrouée sont empreints de la même lumineuse évidence que celle qui étincela au cours de ses presque sept décennies de carrière. Que ce soit sur son instrument de prédilection, la clarinette basse, ou au bandonéon (dont il jouait comme Azzola), au sax soprano, voire en scandant ses parties à la voix tout en marquant le rythme de ses pognes, Michel Portal livre ici son visage le plus sincère et authentique: passionné, rieur, gourmand et émouvant… Un éternel enfant, tour à tour grave, concerné, complice et bon vivant : comme les plus grands (Chaplin, Kusturica, Hockney, Hopper, Monk, Matisse, Lynch, Tati, Kandinsky…), Michel Portal conserva sa vie durant ses capacités d’émerveillement. Et comme chez ces derniers, ce charme demeure communicatif, vérifiez-le vous-même au fil de cet ultime portrait intime.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, June 14th, 2026

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Film projeté lors du Musinéma, dans le cadre de Jazz à Marciac, du 20 juillet au 5 août, puis du 16 au 23 août à Cluny (Jazz Campus en Clunisois), le 24 août à l’Émeraude Cinéma de Dinan (Ciné Jazz en Place), et le 11 novembre au Festival D’Jazz de Nevers.

Sur le site de Radio France-France Culture (vendredi 30 octobre 2015):
Podcast “Michel Portal: Quand j’ai l’instrument, je dois parler”