MARC LELANGUE TRIO – Lost In The Blues

Naked Productions
Blues

Comme tous les frontaliers le savent, le blues est en Belgique la quatrième langue officielle. De Roland Van Campenhout à Guy Verlinde et d’Elmore D à El Fish, une ribambelle de formations y prolifère depuis plus d’un demi-siècle, irriguant le circuit des clubs et des festivals. Au point que l’exiguïté du pays ne leur permet de subsister qu’à grand peine : passé le “marché” du Bénélux (pour les plus néerlandophones d’entre eux), la France voisine tarde encore à reconnaître ce vivier, pourtant l’un des plus vivaces d’Europe. Natif de Courtrai (théâtre du fameux roman “Le Chagrin des Belges” de Hugo Claus), Marc Lelangue demeure l’un des rares bluesmen du plat pays à s’être tant aventurés hors de ses frontières (de l’Afrique au Canada, en passant par la Bolivie, la Suisse, l’Italie, et même notre propre Hexagone). Bien que capable de composer dans la langue de Voltaire, c’est accompagné des seuls René Stock (contrebassiste des réputés Last Call et Electric Kings) et Lazy Horse (slideur et mandoliniste complice d’Elmore D) qu’il délivre cette fois une douzaine de plages dans le dialecte originel de ces musiques. Et pour cause, puisqu’il y reprend certains de ses héros déclarés : Leroy Carr, Brownie McGhee et Tampa Red. Son compatriote Jean-Pierre Froidebise est également à l’honneur, avec l’adaptation ragtime de son propre “Send My Body To Bourbon Street”, tandis que Marc Lelangue ne signe pour sa part que deux titres (dont l’enjoué “Empty House Blues” qui ouvre les festivités). La slide de Lazy Horse fait des merveilles sur “You Missed A Good Man” de Tampa Red, auquel le timbre enroué de Marc apporte sa touche d’authenticité, de même que son harmonica sur le “Walk on” de Brownie McGhee. Si Marc Lelangue arbore parfois la mine perplexe d’un Monsieur Hulot égaré dans un monde dont il ne saisit plus toutes les arcanes, il en est toutefois un où il n’usurpe nullement sa place. C’est celui du blues, bien sûr, où il ne s’avère ni perdu, ni incongru : un album acoustique qui ravira notamment les amateurs endeuillés de Bob Brozman, John Jackson et Cephas & Wiggins.
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Patrick Dallongeville
Paris-Move, Blues Magazine, Illico & BluesBoarder
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