| Chanson rock |
Se présentant sous le pseudonyme de Louis l’Insolence, Lionel Ginoux est avant tout un compositeur actif depuis près de vingt ans dans le champ de la musique classique contemporaine, avec sept opéras et trois symphonies à son actif, ainsi que des œuvres pour chœurs et musique de chambre, présentant pour dénominateurs communs la vocalité au cœur de ses préoccupations, ainsi que la recherche du lyrisme sans aucune frontière de genre ni de style. Il y a sept ans, peu avant le COVID, il crée ce projet en forme de pas de côté, et publie dès lors deux premiers albums en solo intégral (“Nuit Immense” et “Bouquet Oublié”), avec sa guitare électrique pour seul compagnonnage de sa voix. Lors du troisième volet de cette saga, il a souhaité s’accompagner en outre du remarquable Cédrick Bec, à l’origine batteur de jazz, qu’il côtoya deux décennies plus tôt lors de leurs études musicales communes à Marseille, et avec lequel il partage une passion commune pour Jeff Buckley. Dès “Venez Parler”, affleurent ses affinités en chanson française comme en rock hexagonal. Entre Allain Leprest, les Têtes Raides et Noir Désir, guitare saturée et heavy drums y soutiennent un chant volontiers déclamatoire, au service de textes traitant notamment des relations humaines en notre époque de repli, de défiance et de soumission (ainsi de “Laisser Dire”, “Petit Billet” et “Colporteurs”). Le parallèle avec la bande à Cantat et Teyssot-Gay se révèle particulièrement patent sur des plages telles que les véhéments “Elle La Guerre” et “Des Marchés De Dupes” (ainsi que le bonus track anonyme qui se dissimule en bout de piste), et l’apport de claviers programmés sublime des suppliques à la Leprest comme “On Est Deux”. Lionel/Louis met également en musique deux poèmes d’Éluard (“Ordre Et Désordre” et “L’Extase”) dans un climat crépusculaire et contemplatif d’où émerge au final un “Cueillir Des Mots” résonnant comme un viatique aussi résolu que lumineux. Poésie rock ou chanson bruitiste? Cet album ravive en tout cas le lyrisme échevelé d’un Léo Ferré, comme si ce dernier avait eu le temps et l’opportunité de connaître Sonic Youth et Gary Lucas. À ce point, oui.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, July 10th, 2026
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