| Country, Gospel, Rhythm 'n' Blues |
Si vous vous avérez être un abstentionniste chevronné de la foi en général, et des religions en particulier (soit un athée ou un laïcard, selon l’acception républicaine, ou sinon un goy, un kouffar ou un mécréant pour la plupart des régimes théocratiques), il va falloir mobiliser toute votre tolérante ferveur pour aborder ce disque. En effet, non seulement la chanteuse et songwriter texane Leeann Atherton ne dissimule rien de ses convictions cénobites (et ça ne regarde que nous), mais elle en assume également le prosélytisme. Puisque cela n’a jamais dissuadé grand monde d’écouter Aretha Franklin, ni June Carter-Cash, ni Bono (pas davantage que David-Eugene Edwards, Elvis Presley ou Cat Stevens, non plus que les Staples Singers), nous tenterons de surmonter nos préventions en la matière pour nous focaliser sur la dimension musicale de cet objet circulaire. Native de Birmingham, Alabama (d’où émergea voici trente ans déjà le bien plus séculier trio blues-rock Gravy), Leeann y fut élevée dans la tradition locale du gospel, et relocalisée depuis à Austin, elle y a déjà enregistré près d’une douzaine d’albums. Dès l’enlevé “Saved” (qu’elle emprunte à Leiber & Stoller), on discerne qu’un relatif et salutaire second degré pourrait ne pas toujours s’exempter de ce laïus zélote, même si le swamp feel de “Drinkin’ That Wine” (empreint du CCR de “Born On The Bayou” et du Tony Joe White de “Polk Salad Annie”) n’en dissipe pas complètement l’ambiguïté. Sur le plan strictement sonore, toutefois, Leeann s’avère (comme le martèle à l’envi son dossier de presse) une puissante émule de Bonnie Raitt (ainsi que de la native contrariée de Port-Arthur, une certaine Janis J.), tandis que son side-band ne démérite guère non plus. Des seuls trois originaux de sa plume “Joy” se révèle toutefois un gospel bon teint (drivé par les claviers conjoints de Rob Lamonica et Bob Berman), tandis que “Call On The Lord” ne s’en démarque que par un tempo plus modéré (ainsi qu’un solo de slide signé Johnny Vernazza ou Matt McNabb), et que Miss Atherton reprend son propre “Smack Dab In A Miracle” (issu de son précédent “Cleaning House”). Le non moins spiritual “More Peace And Love” achève d’inciter les fidèles à se trémousser dans les travées du sépulcre, et le “Put A Little Love In Your Heart” de Jackie DeShannon, le “Games People Play” de Joe South, “I’ll Fly Away” d’Albert Brumley, “I’m Looking For A Miracle” de Twinkie Clark et les éculés standard “This Little Light Of Mine” et “How Great Thou Art” exsudent ici le même type de groove que celui que répandait en son temps le couple maudit Delaney & Bonnie (recommandé au passage, leur “Accept No Substitute” de 1969, produit par Leon Russell et paru alors chez Elektra). Il n’en subsiste pas moins l’impression mitigée d’un disque certes gorgé de vocals inspirés et de rythmes enfiévrés, mais auquel on risque finalement de n’adhérer qu’en fonction de ses propres convictions. Peut-être que de dangereux illuminés tels que JD Vance nous prémunissent d’y souscrire totalement, car on a beau être athée, on n’en est ni sourd, ni aveugle pour autant. Au bénéfice du doute (et sur la seule “foi” de ses qualités musicales), nous lui accorderons néanmoins quatre étoiles, mais n’y revenez pas trop souvent, compris?
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, June 10th, 2026
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