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Laissez-vous envoûter par cette saxophoniste d’exception, qui plonge l’auditeur dans un jazz faisant subtilement signe vers La Nouvelle-Orléans tout en s’inscrivant résolument dans une vision ultra-contemporaine de son art. L’architecture rythmique enfonce le clou, soutenue par d’élégants clins d’œil poétiques au passé, dont le plus marquant reste sans doute le magnifique deuxième titre de l’album, « ShouldaCoulda ». C’est là que Kate Olson se révèle également comme une compositrice majeure, capable de projeter sur la page ses paysages intérieurs les plus profonds et de nous inviter à voyager à travers ses multiples mondes sonores.
Sous couvert de nous guider vers des territoires familiers, la compositrice et musicienne brouille délibérément les pistes, déployant une musique à la fois complexe et lumineuse. Elle laisse à chaque artiste impliqué dans l’album un espace généreux pour s’exprimer, et tous s’en emparent avec des performances aussi convaincantes que nuancées. La carrière internationale d’Olson ne cesse de s’élargir, ponctuée de concerts en Russie, en Lettonie, en Turquie, en Suisse, en Corée du Sud, à Cuba et en Slovaquie. En chemin, elle a partagé la scène avec une liste éclectique et impressionnante de collaborateurs, parmi lesquels Terry Riley, Pauline Oliveros, Bobby Previte, Skerik, Patricia Barber, Elvis Costello, Brandi Carlile, Sir Mix-a-Lot, le Seattle Repertory Theater, Café Nordo, le Seattle Repertory Jazz Orchestra et le Seattle Symphony Pops, pour n’en citer que quelques-uns.
À la basse électrique, Tim Carey apporte une palette sonore qui constitue une assise idéale pour les compositions d’Olson. Comme nombre de ses pairs, celle-ci a choisi d’inclure une pièce d’Alice Coltrane, «Translinear Light». On comprend immédiatement la logique de ce choix. Dès les premiers passages de l’album, des échos de l’esthétique coltranienne affleurent: une influence assumée de la musique classique, un goût pour la complexité structurelle et une rigueur spirituelle toujours plus profonde, qui force le respect.
Comment ne pas être impressionné par un tel album? Il ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais les auditeurs aux appétits musicaux larges, ceux qui aiment voir leurs certitudes bousculées, y trouveront un festin d’une rare qualité. C’est bien là ce à quoi l’art devrait aspirer: ne pas être nécessairement confortable ni consensuel. Kate Olson le comprend parfaitement, révélant son intention poétique geste après geste, transformant l’auditeur en participant actif, les yeux grands ouverts devant ce qu’il entend. Même l’élégante pochette de l’album ne laisse aucun doute sur son contenu, tandis que le mixage ample et méticuleusement travaillé vient encore sublimer l’expérience. Il y a un réel plaisir à se laisser surprendre par la vision créative d’une autre artiste.
Ne connaissant rien de cette musicienne auparavant, je me suis retrouvé emporté dans le tourbillon de ses compositions, là où l’art du beau rencontre l’art de créer. On y perçoit un attachement profond à la liberté, axe autour duquel chaque musicien de l’ensemble est autorisé à graviter. L’album est à la fois intelligent et saisissant, définissant, du moins à mon oreille, l’essence même de l’identité artistique de Kate Olson. Une fois encore, le choix de s’appuyer principalement sur des instruments acoustiques apporte chaleur et clarté, conférant à la musique une lisibilité qui renforce son impact émotionnel et intellectuel.
Si vous envisagez d’ajouter quelques CD à votre collection en 2026, celui-ci devrait figurer parmi vos meilleurs choix. Et si vous vivez près de Seattle, la recommandation ultime est simple: allez écouter Kate Olson en concert.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, December 30th 2025
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Musicians :
Kate Olson – soprano saxophone
Conner Eisenmenger – trombone (except 6)
Tim Carey – electric bass (except 6), electric guitar (4)
Evan Woodle – drums & percussion
Wayne Horvitz – piano (5, 6, 8)
Geoff Harper – double bass (5, 6, 8)
Track Listing :
1 Bumbling Thumbs Blues 2:30
2 ShouldaCoulda 4:18
3 All Pear-Shaped 5:31
4 Nominally Challenged 3:43
5 So It Goes 3:53
6 Translinear Light 7:29
7 Pink Mountain 4:28
8 Afterthoughts 4:51
9 Weigh Out 2:51
All music by Kate Olson (Knockout Noise),
except:(6) Alice Coltrane (Universal Music Publishing Group/Hipgnosis)
Produced by Kate Olson
Recorded & mixed by Floyd Reitsma at Studio Litho, Seattle, WA
Recorded on Jan 17-19, 2025
Mastered by Ed Brooks at Resonant Mastering, Seattle, WA
Cover artwork by Haren Vakil
Photos by Lisa Hagen Glynn
Cover design & layout by John Bishop
