Julieta Eugenio – Mi Boathouse (FR review)

Dox Records – Street date : October 2, 2026
Jazz
Julieta Eugenio - Mi Boathouse

Noir et blanc, niveau de gris, pochette sobre. Julieta Eugenio est assise en tailleur au centre de l’image, son saxophone posé sur les genoux, le regard tourné vers sa droite. Il y a dans cette photographie quelque chose qui, dès le premier regard, semble déjà raconter une partie de la musique qui va suivre. Rien de spectaculaire, rien de démonstratif, mais une présence, une retenue, une manière de regarder ailleurs, comme si la musicienne était déjà dans un espace qui n’appartient qu’à elle. C’est exactement ce que j’ai ressenti en découvrant Mi Boathouse: l’impression d’entrer progressivement dans un univers intérieur, sans que jamais la porte ne soit véritablement ouverte en grand. Il faut écouter, attendre, laisser les sons se déposer, accepter les respirations, les silences et les changements de direction. Dès «Tree Breath», le premier titre, Julieta Eugenio installe cette atmosphère particulière, et je dois dire que je me suis laissé prendre dès la première écoute. Il y a quelque chose de cinématographique dans cette musique, non pas parce qu’elle chercherait à illustrer des images, mais parce que chaque composition semble posséder son propre décor, sa propre lumière, ses mouvements de caméra imaginaires, ses moments où l’on s’approche d’un personnage avant de prendre soudain de la distance. On écoute et l’on voit presque apparaître des paysages, des rues, des arbres, des silhouettes, des espaces ouverts puis refermés, des souvenirs dont on ne connaît pas nécessairement l’histoire mais dont on ressent immédiatement la présence.

Les origines argentines de Julieta Eugenio constituent évidemment une part importante de cette histoire, mais il serait trop facile de réduire sa musique à cette seule appartenance. Ce qui m’intéresse davantage est la manière dont plusieurs mondes semblent vivre ensemble dans son langage. Il y a nécessairement dans son parcours la mémoire d’une culture musicale argentine, une familiarité avec la musique classique et certaines traditions folkloriques, mais tout cela vient se confronter à une expérience profondément new-yorkaise. Eugenio vit et travaille à New York depuis 2013, après avoir étudié le jazz en Argentine puis poursuivi sa formation à Queens College. Elle s’est depuis imposée comme saxophoniste ténor, compositrice et leader dans une scène où les influences se croisent en permanence. Mais plutôt que de chercher à identifier une origine précise à chaque phrase musicale, je préfère écouter ce que cette coexistence produit. On entend une musicienne qui semble avoir accepté de ne pas choisir entre les différentes parties de son histoire. L’Argentine n’est pas un décor ajouté à la musique, pas plus que New York ne constitue une simple toile de fond. Les deux expériences paraissent avoir travaillé en profondeur sa manière de penser le son. New York laisse forcément des traces lorsque l’on y vit, lorsque l’on y joue, lorsque l’on y construit sa carrière. Cette ville impose son rythme, sa densité, ses contradictions, sa vitesse, mais elle oblige aussi à trouver un espace intérieur pour ne pas être constamment emporté par le mouvement. Et c’est peut-être précisément cet espace que Julieta Eugenio tente de construire avec Mi Boathouse.

Le titre de l’album donne immédiatement une clé, mais une clé qui ne permet pas de tout ouvrir. Dans un poème écrit pour le projet, Eugenio parle d’un hangar à bateaux fait de sentiments, d’expériences, de nombreuses histoires, de son histoire. L’image pourrait sembler simple, mais elle devient beaucoup plus forte lorsqu’on écoute les dix morceaux qui composent l’album. Les arbres, le souffle, la brise, les vagues, les abeilles, la guérison, le temps : tout un vocabulaire de la nature traverse le disque. Pourtant, il ne s’agit jamais d’une musique descriptive. Eugenio ne cherche pas à faire entendre littéralement un arbre ou le vent. La nature devient plutôt un langage permettant de parler de ce qui se passe à l’intérieur. Elle devient une manière de représenter la mémoire, les blessures, les changements, les moments de calme et ceux où tout semble se déséquilibrer. Elle explique que Mi Boathouse représente un espace de paix qu’elle a construit en elle-même au fil des années, un lieu abstrait et spirituel où elle peut se protéger du chaos du monde, laisser la musique circuler, permettre à la douleur de se dissoudre dans le souffle de la nature et retrouver une forme de mouvement. Cette idée me paraît essentielle pour comprendre le disque, car elle permet de l’écouter autrement. Nous ne sommes pas simplement devant une série de compositions de jazz contemporain ; nous sommes devant une musicienne qui transforme ses expériences en matière sonore et qui cherche, à travers la composition, à construire un endroit où elles puissent cohabiter.

Et c’est là que le mot «espace» prend toute son importance. Mi Boathouse est un album qui respire. Cela peut sembler paradoxal lorsqu’on sait que le choix du quartet donne à la musique une matière sonore relativement dense, mais c’est justement cette densité qui rend les espaces de silence si importants. Julieta Eugenio est entourée de Glenn Zaleski au piano, Matt Dwonszyk à la contrebasse et Jonathan Barber à la batterie. Trois personnalités qui ne sont pas là pour simplement accompagner la saxophoniste, mais pour participer à la construction de l’espace musical. Le trio formé avec Dwonszyk et Barber possède déjà une longue histoire commune, et l’arrivée de Zaleski permet d’élargir considérablement les possibilités harmoniques et contrapuntiques. Eugenio explique qu’elle a commencé à écrire davantage pour piano et que cette évolution l’a conduite à explorer les lignes entre les instruments, les couleurs, les textures, mais aussi à donner davantage de place à la musique pour respirer et se développer. Cette idée se ressent réellement dans l’écoute. Chaque instrument possède sa voix, mais aucun ne semble avoir besoin de prendre toute la place. Les musiciens savent quand intervenir et, peut-être plus important encore, quand laisser l’autre parler. Il y a dans cette manière de jouer ensemble quelque chose qui me paraît profondément lié à la personnalité de la compositrice : une musique réfléchie, mais qui accepte l’imprévu ; construite, mais qui refuse de devenir rigide.

On comprend alors pourquoi le choix des musiciens est aussi important dans un projet de cette nature. Eugenio apporte les compositions, explique les particularités de chaque morceau, puis laisse au groupe la possibilité de les transformer. Elle dit faire profondément confiance à la musicalité de chacun et aimer être surprise par la manière dont les musiciens interprètent ses morceaux. Cette phrase, à mes yeux, dit beaucoup de choses sur sa conception de la création. Il ne s’agit pas de contrôler chaque détail, mais de savoir suffisamment précisément ce que l’on veut pour pouvoir ensuite laisser les autres participer à la construction. C’est une démarche qui suppose de la confiance, mais également une certaine maturité. Et cette maturité, on la retrouve dans le disque. Rien ne donne l’impression d’avoir été laissé au hasard, mais rien ne paraît non plus enfermé dans une partition qui empêcherait les musiciens de respirer. La composition devient un territoire commun. Chacun y arrive avec son histoire, sa technique, son écoute, ses réflexes, et c’est de cette rencontre que naît le résultat final. Eugenio ne semble pas chercher à imposer une vision unique du morceau ; elle cherche plutôt à découvrir ce que le morceau peut devenir lorsqu’il passe entre les mains de ceux auxquels elle a choisi de le confier.

Cette façon de travailler explique sans doute pourquoi l’album possède une telle impression de mouvement. Les mélodies du saxophone ne sont jamais complètement isolées du reste du groupe. Elles circulent, reviennent, se transforment. Le piano peut prolonger une idée, la batterie déplacer son centre de gravité, la contrebasse créer un point d’ancrage tandis que le saxophone s’éloigne. On pense à une succession de vagues, et Eugenio elle-même décrit les mélodies comme traversant un océan de mouvements ascendants et descendants. C’est particulièrement perceptible dans les pièces qui forment le centre de l’album, « Mantra » et « Mi Boathouse », qui semblent porter une partie essentielle de son propos. Il y a des moments de rapprochement et de séparation, des tensions, des retours, des passages où la musique paraît chercher son chemin avant de trouver une nouvelle direction. Ce ne sont pas des morceaux qui livrent immédiatement leur architecture. Ils demandent du temps. Et je crois que c’est aussi pour cette raison que l’album m’a retenu dès la première écoute : il donne envie de revenir, parce qu’une première écoute permet seulement d’apercevoir ce qui se trouve derrière la première couche.

« Tree Breath » installe cette relation avec la nature dès le début. Le titre lui-même paraît presque programmatique, mais la musique ne tombe jamais dans l’illustration. Elle suggère davantage qu’elle ne décrit. Puis vient « Brisa », comme un déplacement de l’air, avant « A Talk with the Trees », qui pousse plus loin cette relation presque intime avec le monde végétal. Eugenio raconte que cette dernière composition est née d’une promenade dans Prospect Park, lorsqu’elle a regardé le ciel à travers les arbres et les a vus bouger avec le vent. Le mouvement l’a arrêtée, au point de lui donner le sentiment d’entrer en conversation avec eux, jusqu’à se sentir elle-même devenir un arbre parmi les autres. Il faut évidemment laisser de côté toute tentation de surinterprétation psychologique ; ce qui compte ici, c’est la façon dont une expérience aussi simple devient le point de départ d’une composition. Une promenade, un regard vers le ciel, le mouvement des branches, le vent : quelque chose se produit, et la musicienne le transforme en musique. C’est peut-être cela, finalement, le travail d’un compositeur : apprendre à reconnaître dans les événements ordinaires la possibilité d’un langage.

Il y a aussi dans cet album une forme d’introspection qui ne devient jamais totalement confessionnelle. « Hurtwave » porte déjà dans son titre une tension évidente, une vague de douleur qui arrive, se retire, puis revient peut-être autrement. « Healing » pourrait facilement tomber dans une forme de discours attendu sur la réparation ou la résilience ; pourtant, dans le contexte général du disque, le mot prend une dimension moins démonstrative. La guérison n’est pas présentée comme un résultat. Elle semble plutôt être un processus. Quelque chose qui demande du temps, qui implique des retours en arrière, des moments de doute, des périodes où l’on croit avoir trouvé son équilibre avant de comprendre qu’il faut recommencer. « The Heart’s Time » prolonge cette idée avec une notion du temps qui semble moins chronologique qu’émotionnelle. Le temps du cœur n’est pas celui de l’horloge. Il avance autrement, avec ses accélérations, ses arrêts, ses souvenirs qui reviennent sans prévenir. Et la musique de Julieta Eugenio paraît précisément fonctionner selon cette logique : elle ne suit pas toujours la ligne droite que l’on attend, elle accepte les détours.

Le morceau « The Bee » apporte encore une autre image. Là encore, ce qui m’intéresse n’est pas de chercher une traduction littérale de chaque titre, mais de regarder comment ces éléments construisent progressivement l’univers du disque. L’arbre, la brise, les abeilles, les vagues, la guérison, le temps : tout semble appartenir au même paysage mental. Il y a une volonté de se rapprocher du vivant, de retrouver quelque chose qui échappe au bruit permanent du monde contemporain. Cela paraît d’autant plus intéressant venant d’une musicienne installée à New York, ville où le silence est presque devenu une matière rare. Mais justement, Eugenio ne fuit pas complètement la ville. Elle en emporte les tensions avec elle. Son jazz reste profondément urbain dans sa manière de penser le groupe, le rythme, les interactions et la liberté. C’est un jazz intellectuel sans être froid, moderne sans chercher à prouver sa modernité. Et surtout, il conserve une forme d’humanité qui permet à l’auditeur de s’y reconnaître.

Le titre « Mi Boathouse » est sans doute celui qui concentre le plus clairement toutes ces contradictions. Il est aussi, à mes oreilles, le plus complexe. Le mélange de l’espagnol et de l’anglais n’est pas anodin, même s’il ne faut pas nécessairement en faire une théorie identitaire. Deux langues se rencontrent dans quelques mots, et l’on peut y voir l’image de deux mondes qui coexistent chez la musicienne. L’une appartient à l’histoire personnelle, l’autre à l’environnement dans lequel elle a choisi de vivre et de travailler. Mais surtout, « Mi Boathouse » désigne cet endroit qui n’existe nulle part sur une carte. Ce n’est pas un lieu physique. C’est une construction intérieure. Eugenio le décrit comme un espace protecteur façonné par ses expériences, ses émotions, ses souvenirs et ses histoires personnelles, un endroit où l’âme peut se reposer, guérir et se préparer à ce qui vient ensuite. La métaphore du hangar à bateaux est finalement assez belle : il ne s’agit pas d’empêcher le bateau de naviguer, mais de lui offrir un endroit où il puisse se mettre à l’abri entre deux voyages.

Cette image me semble également correspondre à la place du saxophone dans l’album. Eugenio ne joue jamais comme si elle devait démontrer qu’elle sait jouer. La technique est présente, évidemment, mais elle est mise au service d’une intention. C’est sans doute ce que je retiens lorsque certaines critiques parlent de profondeur expressive et de virtuosité technique. Les deux notions ne sont intéressantes que lorsqu’elles se rencontrent. La virtuosité seule peut impressionner quelques minutes ; l’expression seule peut parfois manquer de moyens pour aller au bout de son idée. Ici, l’une nourrit l’autre. Le saxophone peut se faire ample, fragile, incisif ou presque murmuré. Il peut porter la mélodie ou se fondre dans le mouvement collectif. Il y a toujours quelque chose à écouter derrière le premier plan. Une note appelle une autre note, mais surtout une note semble appeler un souvenir, une image, une sensation.

Il faut également souligner le rôle des pièces dans lesquelles Eugenio travaille seule avec son saxophone et ses pédales. Elles donnent au disque une intimité supplémentaire. Son processus de composition part parfois d’un geste extrêmement simple : s’asseoir avec son saxophone, prendre une respiration profonde, puis laisser venir les mélodies. Les pédales lui permettent ensuite de créer des lignes de basse, de les enregistrer, de jouer par-dessus, de construire des contrepoints et de réharmoniser certaines idées. Ce procédé pourrait sembler purement technique, mais il révèle en réalité quelque chose de très organique dans sa manière de composer. Elle ne part pas nécessairement d’une architecture préexistante ; elle laisse une matière apparaître, puis elle la travaille. Il y a là une forme de confiance dans l’instrument et dans le temps. La musique n’est pas forcée. Elle est laissée à son propre rythme avant d’être structurée.

Et puis il y a « I’m Lost ». C’est la seule composition de l’album qui ne soit pas signée Julieta Eugenio, et son emplacement à la fin du disque me paraît particulièrement intéressant. Après avoir traversé cet ensemble de paysages intérieurs, terminer par un morceau qui porte un titre aussi direct que « I’m Lost » introduit presque une dernière contradiction. On pourrait croire que le voyage devait conduire vers une forme de paix, puisque Mi Boathouse est précisément cet espace de protection et de guérison. Pourtant, le disque se termine sur l’égarement. Peut-être est-ce justement la chose la plus honnête qu’il pouvait faire. Même lorsque l’on construit son refuge intérieur, on ne cesse pas d’être perdu. On apprend simplement à disposer d’un endroit où revenir lorsque cela arrive. Et musicalement, ce morceau fonctionne pour moi comme une porte laissée entrouverte. Le saxophone y est particulièrement mis en avant, avec le soutien de la contrebasse de Matt Dwonszyk, dont le son rond et profond apporte une assise qui permet à Eugenio de développer son discours sans précipitation. C’est un morceau qui m’a donné envie de retourner au début de l’album, et je m’y suis laissé piéger à plusieurs reprises. Il y a pire comme piège musical.

Au fond, ce qui me frappe le plus dans Mi Boathouse est peut-être cette capacité à faire coexister plusieurs dimensions sans jamais les hiérarchiser. La compositrice et l’interprète, la musicienne argentine et la New-Yorkaise, l’écriture et l’improvisation, la maîtrise et la liberté, la douleur et la guérison, le mouvement et le silence. Rien n’est complètement résolu, et c’est probablement ce qui rend le disque aussi vivant. Chaque artiste traîne avec lui ses complexités. Ceux qui parviennent à en faire quelque chose de personnel ne sont pas nécessairement ceux qui les effacent, mais ceux qui acceptent de les transformer en récit. Julieta Eugenio semble avoir choisi cette voie. Elle ne nous explique pas qui elle est ; elle nous donne à entendre les traces de ce qu’elle a traversé. Et c’est à l’auditeur de faire le reste du chemin.

Il est également intéressant de constater que cette musique est née d’un véritable travail collectif. Eugenio a écrit les morceaux, mais elle a ensuite accepté de les remettre entre les mains de musiciens auxquels elle fait confiance. Le résultat ne ressemble donc jamais à un simple album de leader accompagné par un groupe. On entend une formation qui a appris à respirer ensemble. Dwonszyk et Barber connaissent Eugenio depuis plusieurs années, et leur relation musicale constitue une partie importante de cette cohésion. Zaleski apporte une nouvelle dimension, notamment par son travail avec le piano et par sa capacité à comprendre cette notion d’espace que la compositrice place au centre du projet. Il y a quelque chose de très juste dans cette idée de « se retrouver à l’intérieur du morceau ». Les musiciens ne jouent pas simplement ensemble ; ils cherchent leur place dans une construction qui reste suffisamment ouverte pour accueillir leurs propres propositions.

Au fil de l’écoute, je reviens donc à cette photographie de la pochette. Julieta Eugenio assise au centre, le saxophone posé sur les genoux, le regard ailleurs. Elle ne semble pas poser pour nous. Elle semble attendre, réfléchir, écouter quelque chose que nous ne pouvons pas encore entendre. Cette image finit par devenir une sorte de résumé visuel du disque. Mi Boathouse n’est pas un album qui se donne immédiatement. Il faut y entrer. Il faut accepter de prendre son temps, de revenir sur certains passages, de laisser les compositions développer leurs propres paysages. Et plus on y revient, plus l’image du hangar à bateaux prend de sens. Ce lieu imaginaire n’est pas une fuite hors du monde, mais une manière d’y retourner autrement. Il protège sans enfermer. Il permet de se retirer sans disparaître. Il offre un moment de silence avant de reprendre la route.

C’est finalement ce qui explique ma fascination pour cet album dès la première écoute. Il y a dans chaque thème développé quelque chose qui me fait penser à une scène de cinéma dont je ne connaîtrais pas encore le film. Une lumière apparaît, une silhouette traverse le cadre, le paysage change, puis tout s’efface avant de revenir sous une autre forme. La musique laisse suffisamment de place à l’imaginaire pour que chacun puisse y déposer ses propres images. Et c’est peut-être là que Julieta Eugenio réussit quelque chose de précieux : elle part de son histoire sans jamais enfermer l’auditeur dans la sienne. Elle transforme son expérience personnelle en un espace suffisamment vaste pour accueillir celle des autres.

Mi Boathouse n’est donc pas seulement le portrait musical d’une saxophoniste argentine devenue musicienne new-yorkaise. C’est le résultat d’un parcours, d’une mémoire et d’un travail collectif, mais aussi la construction patiente d’un langage. Une musique qui sait d’où elle vient sans avoir besoin de le répéter, qui regarde le présent sans lui appartenir entièrement, et qui semble surtout chercher cet endroit fragile où le bruit du monde peut enfin devenir silence. Julieta Eugenio y avance avec son saxophone, entourée de trois musiciens qui comprennent qu’il ne s’agit pas de remplir l’espace mais de l’habiter. Elle nous invite dans ce hangar imaginaire où se rencontrent les arbres, le souffle, le vent, les blessures, la guérison, les souvenirs et le temps. Et lorsque « I’m Lost » referme finalement la porte, il reste une envie assez simple : repartir du début. Réécouter « Tree Breath », reprendre le chemin, retrouver les arbres, le souffle, les vagues, les silences, et voir si cette fois encore, quelque chose de nouveau apparaîtra. C’est peut-être cela, au fond, la réussite la plus évidente de Mi Boathouse : nous avoir donné envie d’y retourner.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, September 29th, 2026

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Website

Musicians:
Julieta Eugenio, saxophone, compositions
Matt Dwonszyk, bass
Jonathan Barber, drums
Glenn Zaleski, piano.

Track Listing:

  1. Tree Breath
  2. Brisa
  3. A Talk with the Trees
  4. Mantra
  5. Hurtwave
  6. The Bee
  7. Mi Boathouse
  8. Healing
  9. The Heart’s Time
  10. I’m Lost

On The road:
October 2nd at Jazz Gallery
October 7th at Smalls Jazz Club
October 9th at Bar Bayeux