John Pizzarelli – Dear Mr Bennett (FR review)

Green Hill Music – Street date : March 3, 2026
Chanson Jazz
John Pizzarelli – Dear Mr Bennett

Faire vivre le Songbook: l’hommage intime de John Pizzarelli à Tony Bennett

Avec «Dear Mr. Bennett», le guitariste-chanteur honore une légende non par l’imitation, mais par une réinvention tout en finesse.

Sur scène, guitare posée avec naturel contre l’épaule, John Pizzarelli ne convoque pas l’esprit de Tony Bennett: il dialogue avec lui. Pas d’effet spectaculaire, pas d’invocation théâtrale. Plutôt un sentiment d’héritage assumé. On imagine aisément le jeune musicien, autrefois observateur émerveillé lors de répétitions et d’émissions radiophoniques, absorbant l’art d’un maître dont la carrière a traversé les générations. Cette filiation irrigue Dear Mr. Bennett, album qui ressemble moins à un monument qu’à un salon feutré, chaleureux, intime, habité par l’échange.

Pour Pizzarelli, Bennett ne fut jamais une icône distante. Son père, le grand guitariste Bucky Pizzarelli, collabora régulièrement avec lui, participant notamment aux albums To My Wonderful One (1960) et I’ve Gotta Be Me (1969). John lui-même eut l’occasion d’accompagner Bennett lors d’une émission de radio aux côtés du pianiste Ralph Sharon et du contrebassiste Jay Leonhart. Le lien était à la fois personnel, professionnel et profondément formateur.

Ce qui distingue cet hommage, c’est précisément son refus de l’imitation. Pizzarelli ne cherche pas à reproduire le timbre ample ni le phrasé majestueux de Bennett. Il filtre ce répertoire à travers sa propre esthétique, plus légère, subtilement ironique, harmoniquement souple. L’approche évoque parfois davantage Michael Franks que Bennett lui-même, et c’est là que réside l’intelligence du projet: le respect n’y devient jamais mimétisme.

Le format en trio, avec l’excellent pianiste Isaiah J. Thompson, crée une atmosphère presque chambriste. Les arrangements respirent. Les tempos sont souvent retenus, laissant aux mélodies le temps de se déployer. Sur plusieurs titres, Pizzarelli enrichit les ponts par de subtiles reharmonisations, accords diminués de passage, dominantes légèrement altérées, qui offrent un éclat nouveau sans jamais dénaturer l’architecture des standards. Ses solos de guitare, construits sur des lignes claires et aérées, rappellent le swing discret des petites formations classiques tout en évitant la nostalgie appuyée.

La pochette elle-même témoigne du lien singulier entre les deux artistes. Bennett, également peintre accompli, réalisa le portrait de Pizzarelli lors d’un concert au Feinstein’s at the Regency, au sein du Loews Regency New York Hotel. L’illustration, simple et affectueuse, reflète une admiration mutuelle fondée sur l’art et l’exigence.

Pour Pizzarelli, Bennett incarne bien davantage qu’un interprète: il représente un chapitre essentiel de l’histoire musicale du XXe siècle. Peu d’artistes, tous genres confondus, peuvent se prévaloir d’une telle longévité et d’une admiration aussi universelle. De ses succès pop à son évolution artistique vers des collaborations plus ambitieuses avec des musiciens comme Bill Evans, George Barnes ou Ruby Braff, Bennett a constamment su se réinventer. Souvent comparé à Frank Sinatra, il a néanmoins tracé une trajectoire singulière, faite d’élégance et de constance.

L’un des grands mérites de l’album réside dans l’équilibre entre voix et instrument. Le chant de Pizzarelli privilégie la sobriété; il laisse le texte respirer dans le groove sans effets superflus. La section rythmique maintient un swing souple et feutré, évoquant l’intimité d’un club de jazz tard dans la nuit. Lorsque le trio aborde It Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing), l’interprétation apparaît comme une évidence : souple, espiègle, portée par un accompagnement de guitare précis et élégant.

Mais la portée du disque dépasse le simple hommage. À une époque où le Great American Songbook risque parfois d’être figé comme un patrimoine immobile, ce projet rappelle que ces chansons vivent à travers celles et ceux qui les réinterprètent. Ajuster un tempo, éclairer différemment une harmonie, déplacer légèrement l’accent émotionnel : autant de gestes qui prolongent la tradition sans la figer.

Si la trajectoire de Tony Bennett illustre la capacité d’un artiste à se réinventer, Dear Mr. Bennett démontre que la réinvention constitue aussi la forme la plus noble d’hommage. Pizzarelli honore le maître non en reproduisant son style, mais en poursuivant son exigence d’élégance et de curiosité.

Il s’agit sans doute de l’un des plus beaux hommages rendus à Tony Bennett ces dernières années, un disque qui célèbre à la fois une voix, une histoire et la conversation ininterrompue qu’est le jazz américain.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, March 4th 2026

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Musicians :
John Pizarelly: guitar & vocals
Isahia J Thompson: piano
Mike Karn: Bass

Track Listing :

  1. Watch What Happens— 5:08
  2. The Best Is Yet To Come—2:34
  3. It Amazes Me—3:29
  4. Firefly—-1:24
  5. Boulevard of Broken Dreams—-4:41
  6. Because of You—3:56
  7. It Don’t Mean A Thing (If It Ain’t Got That Swing)—3:52
  8. Waltz For Debby—-2:50
  9. Young and Foolish—-4:42
  10. When In Rome—-2:39
  11. San Francisco—-2:25
  12. Shakin’ The Blues Away—-2:51

Upcoming Tour Dates
Mar 3-7 – Birdland – New York, NY
Mar 14 – Stewart Theatre – Raleigh, NC
Mar 29 – William Paterson University – Wayne, NJ
Apr 18 – Manchester Craftsmen’s Guild – Pittsburgh, PA
Apr 19 – Mountain Stage – Charleston, WV