JOE BARR with BREEZY RODIO – Soul For The Heart

Dixiefrog / PIAS
Soul
JOE BARR with BREEZY RODIO - Soul For The Heart

À ne pas confondre avec le célèbre “Joe Bar Team” (série BD favorite de nos bikers hexagonaux), Joe Barr nous vient tout droit des arrière-salles enfumées de Chicago, là où s’est forgée depuis des décennies l’identité musicale de la ville. Au rang des soudards obscurs (et méritants) qui y animent, soir après soir, les nuits urbaines, ce pianiste et véhément chanteur tient résidence au Kingston Mine (fameux club du Nord de la Windy City) avec son Soul Purpose Band. De son côté, le jeune guitariste Breezy Rodio officie chaque mardi au Blues Chicago (sur Clark Street), au sein du Linsey Alexander Blues Band. Cultivant une admiration réciproque (et ayant déjà uni leurs talents sur scène), ces brillants musiciens passent à présent par la case studio, pour un premier album commun au titre explicite. Épaulés par l’organiste Chris Foreman (du Blues Organ Trio) au Hammond B3 et une solide section de cuivres millésimée, ils dispensent un irrésistible blend de vintage soul, en déroulant un panel de covers dorées sur tranche, ainsi que sur une rythmique au groove infaillible. Il en faut, en effet, du culot, du coffre et du savoir-faire, pour entamer les festivités en reprenant le “Drown In My Own Tears” du grand Ray Charles. Et d’entrée de jeu, l’imparable performance de Joe (tant en termes de bagout que d’expressivité) y emporte l’adhésion. Ses adaptations de l’enflammé “A Woman Was Made To Be Loved” de Tyrone Davis, ainsi que celles, immaculées, des “Try Me Tonight”, “We Are Getting Careless With Our Love” et “I Believe In You” de Johnny Taylor illustrent bien le registre qu’affectionnent les habitués middle-aged de son quartier général. L’orgue de Foreman y fait merveille, tout comme sur le “Jealous Kind Of Fellow” de Garland Green (avec background vocals façon early O’Jays), tandis que dans l’esprit “less is more” de géants tels que Steve Cropper et Jimmy Nolen, la guitare de Breezy Rodio opère dans la concision qui sied aux véritables spadassins. Porté par des cuivres et un piano aux petits oignons, le sublime “Ain’t Nothing You Can Do” de Bobby Bland (déjà transcendé en son temps par un Van Morrison en extase) reprend ici son teint de jeune premier, par la grâce d’un Joe Barr y déployant tout le panel de ses émotions, ainsi que celle d’un Breezy Rodio aux licks impériaux. Se concluant sur l’imparable brelan que constituent le “To Know You is To Love You” de B.B. King (Rodio s’y ébrouant comme à Beale Street) et les tendres “My Latest My Greatest Inspiration” de Teddy Pendergrass et “I Need To Belong (To Someone)” de l’un des ténors de la Chicago Soul, Jerry Butler, voici donc un soul record aussi inespéré qu’intemporel, et aussi expansif que délicatement viril.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, September 22nd 2021

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JOE BARR with BREEZY RODIO – Soul For The Heart: un album à commander sur le site du label Dixiefrog, ICI

Pour le plaisir, une heure de Live music avec Joe Barr & Breezy Rodio – Live at Rosas Lounge Chicago IL, November 2020: