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Résumé: Jeff Colella et Putter Smith livrent un album de jazz remarquable, fondé sur la liberté, un dialogue musical profond et des décennies d’expérience. Une conversation magistrale entre piano et contrebasse, mêlant l’élégance du post-bop, l’émotion et une créativité intemporelle.
Une conversation sans paroles: Jeff Colella et Putter Smith redécouvrent la liberté du jazz
Jeff Colella et Putter Smith ne se contentent pas de revisiter le langage du jazz avec leur nouvel album. Ils révèlent ce qui se produit lorsque des décennies d’expérience se transforment en une forme de liberté musicale absolue. Ce n’est pas la première fois que ces deux musiciens d’exception partagent un enregistrement. En 2014, leur album Lotus Blossom avait déjà retenu l’attention des critiques et des amateurs de jazz. Cette nouvelle parution semble promise à aller encore plus loin. Dès les premières mesures, une impression saisissante de libération s’impose, comme si des années de maîtrise technique ouvraient soudain un espace infini où le son, le silence et l’émotion peuvent circuler librement.
Cette sensation de liberté apparaît avec une évidence particulière dès le deuxième morceau, «Anam Cara», une composition qui se déploie dans une atmosphère de post bop romantique, teintée de nostalgie. C’est le genre de pièce qui touchera tous ceux qui savent que la beauté musicale naît souvent de la retenue, de la patience et de la profondeur émotionnelle. Ce qui se joue ici dépasse largement la simple rencontre entre un piano et une contrebasse. Il s’agit d’un véritable dialogue entre deux maîtres, un échange où chaque phrase, chaque respiration, chaque silence et chaque détour inattendu participent à une conversation plus vaste.
Jeff Colella a déjà publié deux albums en tant que leader, Alone Together et Letting Go, tous deux enregistrés en trio et édités par Sea Breeze Records. Putter Smith appartient, quant à lui, à cette catégorie rare de musiciens dont la carrière se confond avec une partie de l’histoire du jazz. Son parcours l’a conduit à collaborer avec certaines des figures les plus importantes de la musique moderne, parmi lesquelles Thelonious Monk, Art Blakey, Duke Ellington, Billy Eckstine, Diane Schuur, Lee Konitz, Bruce Forman, Jackie and Roy, Carmen McRae, Gary Foster, Art Farmer, Alan Broadbent, Mose Allison, Bob Brookmeyer, Blue Mitchell, Erroll Garner, Art Pepper, Mason Williams, Percy Faith, Burt Bacharach, Ray Charles, The Manhattan Transfer et Johnny Mathis.
L’écoute de cet album m’a ramené à mes premières découvertes du jazz, à cette époque où j’assistais à autant de concerts que possible, découvrant des artistes parfois célèbres, parfois presque inconnus. Beaucoup de ces musiciens partageaient une même quête d’ouverture, une volonté de construire une musique fondée sur l’interaction, la sensibilité et la liberté. Peu, cependant, pouvaient se prévaloir du niveau d’expérience et de raffinement atteint par Jeff Colella et Putter Smith.
L’art du duo demeure l’une des formes les plus exigeantes de la musique, car il impose un équilibre parfait entre affirmation personnelle et écoute absolue de l’autre. Il n’existe aucun refuge, aucun grand ensemble derrière lequel dissimuler une hésitation. Chaque note compte. Colella et Smith relèvent ce défi avec une élégance remarquable. Leur communication est d’une précision telle que l’auditeur perçoit chaque nuance, chaque souffle, chaque échange entre les instruments.
Cette intimité apparaît encore davantage lorsque l’album est écouté avec un excellent casque audio. On croit presque entendre Putter Smith accompagner discrètement les notes qu’il joue, révélant un lien fascinant entre le musicien et son instrument. Ces artistes ne jouent plus seulement pour eux mêmes. Ils créent pour celui qui écoute, proposant une expérience nourrie par des décennies de curiosité, de discipline et de recherche artistique.
Une telle empathie musicale ne naît pas du jour au lendemain. Elle est le fruit d’une vie entière consacrée aux expériences, aux rencontres et à l’exploration. La carrière de Jeff Colella témoigne de cette richesse exceptionnelle, avec des collaborations auprès d’artistes comme Diane Schuur, Gregory Hines, Savion Glover, Morgana King, Sheila Jordan, Kenny Washington, Brian Stokes Mitchell, Peter Gallagher, le Bill Holman Big Band, Stacey Rowles, Larry Koonse, Bobby Shew, Bob Sheppard, Judy Wexler, Denise Donatelli, Julie Kelly, Catte Adams, le Mike Barone Big Band, Janice Mann, Anita O’Day, Frank Potenza, Greg Poree, John Pagano, Paulette McWilliams et Miki Howard.
Il est difficile de porter un jugement définitif sur un album de cette nature, car il existe de multiples façons de l’aborder. Les auditeurs profondément attachés à la tradition du jazz y retrouveront un langage, une architecture et des références familières, tandis que les nouveaux venus comprendront rapidement que cette musique dépasse largement les frontières des catégories stylistiques. Il ne s’agit pas seulement d’une démonstration de virtuosité, mais d’une exploration de la connexion humaine, de l’imagination et d’une forme de vérité émotionnelle.
Pour ma part, je ressens cet enregistrement comme une promenade dans un musée où seraient réunies des œuvres d’art exceptionnelles, des créations qui ne cherchent pas seulement à exister dans l’instant, mais à traverser le temps. Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette manière qu’a le piano de suivre délicatement les contours des lignes de contrebasse, avant de laisser l’instrument grave prendre son envol dans un solo, puis de revenir doucement dans le dialogue sous la guidance du clavier.
Une conversation musicale s’installe alors entre les deux artistes, fondée sur la confiance, l’anticipation et la surprise. Leur plaisir est particulièrement évident dans ces moments d’échange où ils avancent ensemble vers l’inattendu. C’est précisément là que leur complicité poétique apparaît avec le plus de force. Au-delà de la composition et de la technique, une collaboration de ce niveau exige une compréhension profonde entre les musiciens, une capacité à s’écouter dans toutes les dimensions du terme.
Colella et Smith démontrent cette forme rare d’empathie musicale qui transforme une interprétation en une expérience dépassant largement la somme de ses éléments. Leur musique ne réclame pas l’attention, elle la récompense. Elle appartient à ces enregistrements rares capables de transformer une soirée tranquille, un livre ouvert et un moment de solitude en une expérience profondément inattendue. Les sons occupent l’espace, stimulent l’imaginaire et rappellent qu’à son plus haut niveau, le jazz demeure une conversation sans paroles.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, July 20th, 2026
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Musicians :
Jeff Colella, piano
Putter Smith, double bass
Track Listing :
For US
Anam Cara
Laurie
Voyage
Locomotive
Ishahan
Catastrophe
A Prayer For The World
The Gilde
We Will Meet Again
