| Chanson française, Folk-Rock |
C’est avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve l’esthète pluridisciplinaire Jef Aérosol, avec une actualité aussi brûlante et embaumante qu’une carbonnade flamande, aussi excitante qu’une Chouffe à température idéale et à la mousse onctueuse, invitant au bien être envers ceux dont les muqueuses lancent des SOS désespérés, entre la Place de Wazemmes à Lille et le Pont des Arts de Marcq-en-Barœul. Jean-François Perroy, répondant au doux pseudonyme de Jef Aérosol, sans craindre que celui-ci se transforme en un ironique sobriquet, l’œuvre des rudimentaires béotiens à l’esprit étroit, aussi sensibles à l’art que les forts des anciennes halles de Paris ou des abattoirs du vieux Lille. Non aucun risque, son pseudo lui va si bien et lui colle à la peau comme un second acte de naissance. Lui le peintre, graphiste, pionnier du street art en France, merveilleux disciple du pop art sur les traces d’Andy Warhol ou Roy Lichtenstein, dorénavant si, sur des papiers officiels, l’intéressé signe Jean-François Perroy, il fait un faux en écriture. Lui, l’auteur inspiré de fresques dantesques dans le monde entier, voire même au-delà de notre minuscule et étriqué système solaire. Il peut aussi bien peindre la personne lambda égarée dans une artère périurbaine et impersonnelle, au milieu d’automates lobotomisés par le système, que l’innocence et le regard sans équivoque d’un enfant, ou bien les portraits de légendes immortelles telles que Elvis, Lennon, Hendrix, Gainsbourg, Miossec ou encore Dominique Laboubée (Dogs), à Rouen à quelques encablures de l’ex sanctuaire Mélodies Massacre de Lionel Hermani, lieu des premiers aboiements canidés et des premiers balbutiements rock façon Chocolate Watchband, aux antipodes d’un roman de Kafka, secteur sacralisé et hanté où, la nuit venue, on peut toujours apercevoir des ombres et des spectres sur les riffs de Too Much Class qui s’évanouissent au gré des vents en direction des quais de Seine, en entendant les pas d’une paire de Chelsea boots en daim claquer sur le macadam et prendre la poudre d’escampette dans la même direction… Jef Aérosol, après plus de quarante ans de pochoir d’un niveau exceptionnel, pour ne pas dire international, à explorer tous les paramètres de la peinture urbaine se reflétant sur l’asphalte et les pavés mouillés, parfois imperméables mais souvent vulnérables, fréquemment invisibles au premier abord par cette satanée persistance rétinienne et par notre esprit terre à terre et rationnel, bien planqués au fond des abymes des interstices, expose en ce moment-même ses œuvres jusqu’au 18 avril 2026, à la Galerie Mathgoth à Paris 13ème.
Double actualité trépidante pour Jef Aérosol, avec parallèlement à ses fameuses fresques, la sortie d’un album remarquable, intitulé Interstices, nom qui résume parfaitement la philosophie de l’artiste et la richesse de sa musique entre folk-rock et chansons françaises réalistes et poétiques, les interstices d’une double création en somme, entre Bob Dylan, Tom Waits et Jack Kerouac.
Un album entre chien et loup, divinement anachronique et singulier dans ce monde devenu fou et qui vacille, à l’ère du formatage musical tous azimuts et des faux-semblants. Et c’est la première fois que Jef Aérosol (sublime multi-instrumentiste) propose un album entier (paroles et musiques Jef Aérosol s’il vous plaît!) de compositions originales dans la langue de Molière, de Victor Hugo et d’Amel Bent (non, je déconne bien évidemment en ce qui concerne l’incontournable coach de The Voice!), enregistré comme le précédant à la maison de Marcq-en-Barœul, avec le savoir-faire d’un authentique artisan du son et des mots (maux) à donner le frisson, d’une poésie urbaine sous-jacente à fleur de peau et d’une sensibilité accrue, à faire pencher dangereusement le beffroi de l’hôtel de ville de Lille, comme un funambule en équilibre en plein blizzard, restant de marbre aux injonctions de redescendre de sa corde tendue, ou plutôt de son piédestal.
Cet opus fait suite à l’album Dusky Whispers (2024), ne comportant que des covers de folk-rock avec un nuage de blues dans la langue de Shakespeare: Dylan, Diana Jones, Barbara Keith, Peter Jones ou encore Ewan MacColl, chanteur-poète britannique très engagé, militant communiste convaincu, l’antithèse d’un Fabien Roussel… Indubitablement, ce nouvel album de Jef Aérosol me donne la chair de poule et affole mon pacemaker et ma tension artérielle systémique, toujours prompte et en pole position pour battre des records, sans se soucier du drapeau à damier et des conseils avisés de mon carabin, de consommer l’art avec modération. Cet opus me fait penser à mes premiers émois et à mes premières émotions sensuelles et sensorielles, lors de la découverte de la poésie des Baudelaire, Mallarmé et François Villon, du rock’n’roll des Cochran, Gene Vincent et autres Chats Sauvages… et du blues des Hooker et Slim Harpo…
Les fresques et la musique de Jef Aérosol me font sortir de mes gonds (dans le bon sens du terme), perdre mon self-control, chavirer corps et âme comme le bateau ivre d’Arthur Rimbaud, chahuté par les éléments déchainés, il me fait quitter mes retranchements et ma tanière, brûler la politesse à mes indécrottables interstices, avec audace ou inconscience, en les menaçant d’un bourre-pif s’ils continuent inlassablement et sarcastiquement d’obstruer mon imaginaire, mon subconscient et mes rêves chimériques. Comme dans un état d’urgence absolu, les planètes étaient alignées et tous les feux au vert pour que Jef Aérosol compose et écrive un album admirable, tel un écorché vif des arts majeurs, sur sa vieille Remington, à l’instar de Serge Gainsbourg, ou sur sa vieille Royal Quiet De Luxe, à l’instar d’Hemingway, avec bien évidement une bombe aérosol de peinture de couleur(s) arc céleste à proximité et une vodka frappée à la vanille ou un verre de Chardonnay.
Les textes intimistes et autobiographiques de l’album sont bouleversants et poignants. Incontestablement, Jef s’est mis à nu, a mis ses tripes, son cœur et son âme sur la table, sans faire cas des douleurs, des blessures béantes et des stigmates du passé, lui qui jusqu’à Interstices, a toujours gardé ses secrets enfermés à double tour en jetant la clef dans la Deûle, entre deux épinochettes incrédules.
Entre rock et folk, avec un nuage de blues, à la manière de Donovan ou de Zimmerman, Jef Aérosol distille une musique populaire (dans le sens le plus noble du terme), dénuée d’un quelconque carcan ou d’un hypothétique étiquetage tel un baril de lessive de supermarché. Des sujets aussi divers et variés sont ici abordés: les pavés du vieux Lille, les boots à talons cubains, des hommes qui pleurent, l’œil qui brille et des sanglots dans la voix, le Lotus Motel, les bras de Morphée, une affiche des Barracudas, la Ricken de Dominique (Laboubée), quelques exemplaires de Nineteen (Dogs), une image des Flamin’ Groovies posant devant la Tamise, une photo d’Anna Karina, le Stick To Me de Graham Parker, une bombe aérosol, des vestiges du chaos et le retour de la tangerine (clin d’œil à Christophe “Bevilacqua”)…
Un album INDISPENSABLE et MAGIQUE de Jef Aérosol à acquérir d’urgence, pour sortir de ses exigus interstices et rêver sans sagesse ni atténuation, avec les paradis retrouvés en ligne de mire et au bout du tunnel, une mandarine sanguine. Un disque stratosphérique à ranger entre Paul Péchenart et Joseph d’Anvers, avec un Marine Band juste à côté.
Bon, je vais prendre congé, car j’entends au loin les carillons du beffroi du vieux Lille s’en donner à cœur joie jusqu’à satiété, comme pour confirmer mes propos et rendre un hommage appuyé et amplement mérité à Jef Aérosol! Juste le temps de chausser mes boots à talons cubains et j’arrive…
Serge SCIBOZ
Paris-Move
PARIS-MOVE, March 24th 2026
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Exposition Jef Aérosol à la galerie Mathgoth jusqu’au 18 avril 2026 inclus
Galerie Mathgoth (espace temporaire): 1 rue Alphonse Boudard, 75013 Paris
Expo du mercredi au samedi, de 14h00 à 19h00, jusqu’au 18 avril 2026 inclus
Entrée libre et gratuite!
Page Facebook
Website
Site web de Jef Aérosol
Publications (livres, catalogues monographiques): ICI
Tracklisting complet:
1 – Brèches
2 – Les pavés du Vieux-Lille
3 – Intimes convictions
4 – Chateau fort
5 – Des hommes qui pleurent
6 – Douze ans
7 – Je n’en sais rien
8 – Au Lotus Motel
9 – Morphée
10 – Encens
11 – La traversée
12 – Autour de moi
13 – Agrumes
14 – Hamac
Paroles et musiques: Jef Aérosol
Voix et tous instruments : Jef Aérosol sauf batterie et percussions: Joe Montague, basse sur Agrumes et Encens: Kelu Abstract
Enregistrement: Jef Aérosol (à la maison) – Mixage : Jef Aérosol et Rémy Boy
Mastering: Rémy Boy
Production: Jef Aérosol et Galerie Mathgoth