Janis Siegel – The Art Of Vocalese (FR review)

Origin Records – Street Date : September 18, 2026
Jazz
Janis Siegel - The Art Of Vocalese

La voix de Janis Siegel a changé, mais ce qu’elle sait d’une chanson n’a jamais changé.

Il existe des titres d’albums qui peuvent éveiller une certaine méfiance avant même que la première note ait été entendue, tant ils semblent annoncer une ambition considérable et parfois difficile à justifier. The Art of Vocalese aurait très bien pu appartenir à cette catégorie, car si une chanteuse moins familière avait choisi un titre aussi vaste, j’aurais peut-être pensé qu’elle cherchait à inscrire son travail dans une histoire qui ne lui appartenait pas encore, comme si le titre devait convaincre l’auditeur avant que la musique ait eu le temps de le faire. Pourtant, lorsque j’ai vu le nom de Janis Siegel sur la pochette, cette réserve a immédiatement disparu, parce que ce nom a fait revenir avec une précision étonnante une période de ma vie musicale située au milieu des années 1980, lorsque je programmais régulièrement les morceaux de The Manhattan Transfer et que je revenais sans cesse à Vocalese, un album qui m’avait alors donné l’impression que les possibilités du chant collectif pouvaient être beaucoup plus vastes que ce que j’avais imaginé jusque là.

Ce qui m’avait particulièrement marqué à cette époque était la voix de Janis Siegel, dont la précision, l’intelligence rythmique, la maîtrise technique et la liberté d’interprétation semblaient constamment se rejoindre sans jamais donner l’impression d’une démonstration gratuite. J’avais éprouvé une sensation comparable lorsque, enfant, j’avais découvert Ella Fitzgerald et compris que certaines chanteuses étaient capables de nous faire aimer une chanson tout en nous faisant prendre conscience, presque malgré nous, de l’extraordinaire instrument que peut constituer la voix humaine. Janis Siegel appartenait pour moi à cette catégorie très particulière d’interprètes qui ne se contentent pas de chanter une mélodie, mais donnent le sentiment qu’elles connaissent intimement les possibilités cachées dans chaque phrase, chaque rythme et chaque harmonie.

Cette impression est restée particulièrement forte parce que Vocalese n’était pas simplement un album supplémentaire dans la discographie de The Manhattan Transfer, mais un projet qui réunissait des musiciens, des auteurs et des conceptions musicales autour d’une idée particulièrement ambitieuse du jazz vocal. Jon Hendricks occupait une place centrale dans cette histoire, tandis que des artistes comme Bobby McFerrin contribuaient à cet environnement musical dans lequel les frontières entre le jazz, l’improvisation, l’harmonie vocale et la musique populaire semblaient pouvoir être constamment déplacées. Pour ma part, cependant, un morceau dominait tous les autres dans mon écoute de l’époque : « Another Night in Tunisia », cette interprétation vocale du célèbre morceau de Dizzy Gillespie qui semblait transformer la composition originale en une expérience presque entièrement nouvelle.

Je l’écoutais encore et encore, fasciné par la manière dont The Manhattan Transfer parvenait à préserver la puissance rythmique et la complexité de l’écriture de Gillespie tout en faisant entrer cette musique dans un univers vocal qui possédait ses propres règles, sa propre respiration et sa propre énergie. Le morceau avait quelque chose de presque physique, comme si les voix avaient réussi à absorber la fonction des instruments tout en conservant la dimension narrative du langage. Des décennies plus tard, le souvenir de cet enregistrement demeure étonnamment précis, et c’est précisément pour cette raison que j’ai abordé The Art of Vocalese avec à la fois beaucoup d’attentes et une certaine prudence, car la nostalgie est rarement un juge impartial lorsqu’il s’agit d’écouter un artiste qui accompagne notre vie musicale depuis aussi longtemps.

La mémoire possède en effet cette curieuse capacitée à embellir le passé, à effacer certaines imperfections et à conserver surtout les chansons, les voix et les moments qui ont compté pour nous. Il serait donc facile, en découvrant un nouvel album de Janis Siegel, de comparer immédiatement ce qu’elle chante aujourd’hui avec ce que nous avons entendu dans les années 1980, en oubliant que nous ne sommes plus les mêmes auditeurs et qu’elle n’est évidemment plus exactement la même chanteuse. C’est précisément là que The Art of Vocalese devient intéressant, parce que Siegel ne semble jamais chercher à reproduire artificiellement le passé et qu’elle accepte au contraire de faire entendre ce que plusieurs décennies de carrière ont changé dans son rapport à la musique.

Sa voix a évolué, et il serait même étrange qu’il en soit autrement après une carrière aussi longue. Une voix n’est pas un instrument indépendant du corps et de l’existence de celui qui la possède, puisqu’elle porte nécessairement les traces du temps, de l’expérience, du travail, des habitudes de scène et de toutes les rencontres musicales qui ont progressivement façonné un interprète. La question n’est donc pas de savoir si Janis Siegel est parvenue à conserver intacte la voix de sa jeunesse, mais plutôt de comprendre ce qu’elle a appris à faire avec la voix qu’elle possède aujourd’hui, et c’est à cet endroit que l’album révèle quelque chose de particulièrement intéressant.

Ce que l’on entend désormais chez Siegel est moins une volonté de prouver qu’elle peut encore reproduire les performances qui ont fait sa réputation qu’une connaissance beaucoup plus profonde de la manière dont une chanson doit être abordée. Elle semble savoir avec une précision remarquable quand une phrase mérite d’être poussée, quand elle doit au contraire être laissée dans une forme de retenue, quand l’arrangement doit porter l’émotion et quand la chanteuse doit reprendre le premier plan. Cette forme de jugement musical est difficile à apprendre et impossible à réduire à une question de technique, parce qu’elle est le résultat de décennies passées à écouter, à travailler, à interpréter, à arranger et à vivre avec la musique.

C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants que Janis Siegel puisse transmettre aux jeunes chanteurs, car son exemple montre que la maîtrise d’une voix ne consiste pas seulement à développer une technique suffisamment impressionnante pour pouvoir exécuter les passages les plus difficiles. La véritable difficulté consiste à comprendre ce qu’une chanson demande à celui qui l’interprète, à connaître son histoire et sa structure, puis à trouver une manière de la faire sienne sans effacer ce qui lui donne sa personnalité. Cette capacité à s’approprier un morceau tout en respectant son identité a toujours été l’une des grandes forces de Siegel et constitue également l’une des raisons pour lesquelles The Manhattan Transfer a occupé une place aussi particulière dans l’histoire du jazz vocal.

Le groupe n’a jamais considéré le répertoire comme une collection de pièces qu’il faudrait préserver derrière une vitrine, car les chansons pouvaient être réarrangées, les rythmes déplacés, les harmonies réinventées et les formes anciennes transformées sans que leur lien avec la tradition disparaisse. C’est cette conception de la musique que Siegel continue d’explorer sur The Art of Vocalese, mais avec un avantage dont elle ne disposait évidemment pas lorsqu’elle a commencé sa carrière : plusieurs décennies d’expérience qui lui permettent aujourd’hui de comprendre non seulement comment une harmonie fonctionne, mais pourquoi elle fonctionne et ce qu’elle peut provoquer chez celui qui l’écoute.

Cette dimension est d’autant plus importante que Janis Siegel n’est pas simplement la voix placée au centre de ce projet. Elle est également une arrangeuse vocale accomplie, et cet aspect de son parcours mérite à mon sens beaucoup plus d’attention qu’il n’en reçoit généralement. Durant les années de The Manhattan Transfer, elle a signé plusieurs arrangements vocaux pour Vocalese et Brasil, et son arrangement de « Birdland » lui a notamment valu un Grammy Award. Sur The Art of Vocalese, elle reprend encore cette responsabilité, tandis que le pianiste et arrangeur John Di Martino signe les arrangements instrumentaux de la majorité du programme.

Cette double compétence modifie profondément la manière dont on peut écouter l’album, car Siegel sait ce qui se trouve derrière la voix. Elle sait comment plusieurs lignes vocales doivent se rencontrer, comment une harmonie peut se resserrer ou au contraire s’ouvrir, à quel moment une phrase réclame de l’espace et comment une voix peut se fondre dans un ensemble avant de s’en détacher à nouveau. Elle comprend donc le vocalese non comme une simple prouesse destinée à impressionner l’auditeur, mais comme un langage musical complet, avec sa grammaire, son histoire, ses contraintes et surtout ses possibilités émotionnelles.

C’est là que Jon Hendricks revient naturellement dans cette histoire, car son influence sur Janis Siegel et sur The Manhattan Transfer est impossible à dissocier de l’évolution du vocalese au cours du XXe siècle. Hendricks avait compris que la voix pouvait accomplir quelque chose que l’on associait traditionnellement aux instruments, en reprenant leurs lignes mélodiques et leurs improvisations tout en leur donnant une nouvelle dimension grâce au langage. Plusieurs textes de Hendricks jusque là non enregistrés apparaissent sur The Art of Vocalese, ce qui permet à Siegel d’établir un lien direct entre cette tradition et son travail actuel sans transformer cet héritage en objet historique.

Cette continuité est essentielle, car une tradition musicale ne reste vivante que si elle accepte d’être transformée. Le vocalese n’a jamais consisté simplement à ajouter des paroles à un solo instrumental, même si cette définition permet d’en comprendre rapidement le principe. À son meilleur niveau, il exige que le rythme, la langue, l’harmonie, la respiration et la personnalité du chanteur fonctionnent simultanément, et cette exigence explique en partie pourquoi le genre demeure aussi fascinant pour ceux qui acceptent de l’écouter au delà de la seule virtuosité.

The Art of Vocalese devient ainsi un point de rencontre entre plusieurs générations. Jon Hendricks a contribué à démontrer les possibilités presque instrumentales de la voix, The Manhattan Transfer a permis à cette conception d’atteindre un public considérable et Janis Siegel est devenue l’une des voix essentielles de cette aventure tout en participant elle même à son architecture musicale. Aujourd’hui, après la retraite du groupe, elle porte cette expérience dans un nouvel environnement, entourée de musiciens qui savent que respecter une tradition ne signifie pas nécessairement la reproduire à l’identique.

John Di Martino occupe une place importante dans cette nouvelle configuration, à la fois comme pianiste et comme arrangeur, tandis que l’ensemble réunit notamment Lonnie Plaxico, Vince Cherico, Frank Vignola, Ed Cherry, Wayne Escoffery et Bobby Sanabria. Des invités tels que Raul Midón et Lea DeLaria, ainsi que le trio vocal JaLaLa, réunissant Siegel avec Laurel Massé et Lauren Kinhan, apportent encore d’autres perspectives à un album qui ne cherche jamais à réduire la chanteuse à une démonstration solitaire. Les musiciens jouent un rôle véritablement actif dans la construction du disque, offrant à Siegel un environnement dans lequel elle peut répondre, modifier son approche et explorer des nuances qui n’auraient pas nécessairement trouvé leur place dans une reconstitution nostalgique de The Manhattan Transfer.

C’est d’ailleurs l’une des principales réussites de l’album, car The Art of Vocalese aurait facilement pu devenir un exercice de mémoire destiné principalement aux admirateurs du groupe. Or le disque évite en grande partie ce piège. Il reconnaît son histoire sans chercher à reproduire exactement l’univers sonore des années 1980, et cette décision est à mon sens la plus juste qu’aurait pu prendre Siegel. Le monde musical a changé, les conditions d’enregistrement ont changé, les habitudes d’écoute ont changé et l’artiste elle même a changé. Il aurait donc été artificiel de prétendre que rien ne s’était passé entre Vocalese et ce nouvel album.

Tout n’a d’ailleurs pas nécessairement la fulgurance immédiate de certaines grandes interprétations de l’époque de The Manhattan Transfer, et c’est précisément cette différence qu’il faut accepter pour écouter le disque avec justesse. Il existe dans certaines performances une forme de retenue qui aurait peut-être été moins présente autrefois, ainsi qu’une sensation de contrôle plus importante que celle que l’on pouvait percevoir dans les années 1980. Mais cette évolution ne constitue pas une faiblesse en elle même, car elle révèle ce que l’expérience a ajouté à Siegel et rappelle surtout qu’un artiste ne peut pas être condamné à reproduire éternellement la version de lui même que le public a découverte plusieurs décennies auparavant.

Il existe toujours, lorsqu’un musicien atteint un certain âge, une tentation de parler presque exclusivement de son héritage, de rappeler les albums célèbres, les récompenses, les collaborations et les épisodes importants de sa carrière, jusqu’à faire du nouvel enregistrement une sorte de note de bas de page dans une histoire déjà écrite. Ce serait pourtant une erreur dans le cas de The Art of Vocalese, car l’album mérite d’être entendu pour ce qu’il est aujourd’hui et non uniquement pour ce qu’il nous rappelle de The Manhattan Transfer.

Quelqu’un qui n’aurait jamais entendu Vocalese peut écouter ce disque sans connaître toute son histoire et découvrir simplement une chanteuse expérimentée qui travaille avec d’excellents musiciens, qui aborde un répertoire complexe et qui cherche à lui donner une forme personnelle. Cette possibilité est importante, car elle signifie que l’album n’est pas entièrement dépendant de la nostalgie des auditeurs qui connaissent déjà le parcours de Siegel.

Pour ceux qui, comme moi, ont découvert The Manhattan Transfer il y a plusieurs décennies, la dimension personnelle est évidemment impossible à supprimer, et je ne suis pas certain qu’il faille chercher à le faire. La musique est précisément l’un des rares domaines de notre existence où la mémoire conserve une puissance aussi immédiate. Une chanson peut nous ramener en quelques secondes dans une pièce, à une époque, dans une atmosphère ou même vers une version de nous même que nous pensions avoir définitivement oubliée.

Lorsque j’entends aujourd’hui Janis Siegel, je pense inévitablement à cette période où Vocalese revenait constamment dans ma programmation et où « Another Night in Tunisia » me semblait posséder une énergie presque illimitée. Mais ce qui me frappe désormais n’est plus seulement ce que j’entendais alors. Je suis également capable d’entendre ce qui s’est ajouté depuis, tout ce que les décennies de travail ont fait entrer dans cette voix et dans cette manière d’aborder les chansons.

C’est peut être là que réside la véritable réussite de The Art of Vocalese. L’album ne nous demande pas de retourner dans les années 1980, et Janis Siegel ne cherche pas à nous convaincre qu’elle y est encore. Elle nous invite plutôt à écouter ce qui reste lorsque le temps a fait son travail, lorsque la virtuosité n’a plus besoin d’être démontrée à chaque instant et lorsqu’une artiste peut enfin aborder son répertoire avec cette liberté particulière que procure une longue expérience.

Le choix d’Origin Records semble d’ailleurs cohérent avec cette démarche, puisque le label entretient une relation étroite avec les musiciens et les communautés qui font vivre le jazz en dehors des seules logiques commerciales. The Art of Vocalese est avant tout un disque de musicienne, construit autour de la collaboration, de l’arrangement, de l’interprétation et d’un respect profond pour une tradition qui ne peut survivre qu’à condition d’être constamment réinterprétée.

Le titre lui même, qui pouvait sembler ambitieux avant l’écoute, devient progressivement plus convaincant. The Art of Vocalese évoque évidemment Vocalese, mais il ne constitue ni une suite conventionnelle ni une tentative de reproduire les conditions qui avaient donné naissance à l’album précédent. Plusieurs décennies les séparent, et entre les deux se trouvent des changements considérables dans l’industrie musicale, dans les technologies d’enregistrement, dans les habitudes du public et dans la vie même de l’artiste.

Ce qui demeure, en revanche, est une conception de la voix qui refuse de la réduire à un simple support pour les paroles. La voix peut porter le rythme, suggérer l’harmonie, remplacer un instrument, dialoguer avec lui et devenir elle même une matière musicale. Cette idée était déjà au cœur de l’œuvre de Jon Hendricks et de The Manhattan Transfer, mais elle prend aujourd’hui chez Siegel une signification supplémentaire parce qu’elle est portée par une musicienne qui possède une conscience beaucoup plus vaste de tout ce qui s’est construit autour d’elle.

C’est également pour cette raison que le disque peut intéresser les jeunes chanteurs, même lorsqu’ils n’ont aucune intention de reproduire le style de Siegel. Ce qu’ils peuvent apprendre de son parcours ne se trouve pas uniquement dans sa technique vocale, aussi impressionnante soit elle, mais dans sa relation au répertoire, dans sa capacité à comprendre l’histoire d’une chanson avant de chercher à la transformer et dans sa manière de trouver une place personnelle à l’intérieur d’une tradition qui existait bien avant elle. Il serait facile de conseiller à une nouvelle génération de chanteurs d’écouter Janis Siegel pour apprendre à chanter, mais ce serait trop limité. Il faudrait plutôt leur conseiller de l’écouter pour apprendre à écouter, car cette distinction est fondamentale. La carrière de Siegel montre qu’un musicien ne devient pas véritablement personnel en rejetant ce qui l’a précédé, mais en comprenant suffisamment profondément cette histoire pour pouvoir ensuite y apporter quelque chose qui lui appartient.

C’est précisément ce qui me ramène encore une fois à «Another Night in Tunisia». Lorsque je l’écoutais dans les années 1980, j’étais surtout frappé par l’énergie, la virtuosité et l’impression que ces voix accomplissaient quelque chose qui relevait presque de l’impossible. Aujourd’hui, je peux entendre autre chose derrière cette même fascination, notamment le travail d’arrangement, la connaissance du jazz, la précision collective et cette capacité à transformer une composition instrumentale sans lui retirer son identité. Et lorsque j’écoute The Art of Vocalese, je comprends que cette histoire n’est pas terminée. Elle a simplement changé de forme.

C’est probablement la meilleure manière d’aborder ce nouvel album, en refusant de lui demander d’être le nouveau Vocalese et en acceptant plutôt de le considérer comme le résultat d’une vie entière passée à comprendre ce qu’une chanson peut devenir. Janis Siegel n’a aucune raison de reproduire la chanteuse qu’elle était il y a quarante ans, pas plus qu’un peintre devrait essayer de reproduire éternellement les tableaux qui ont fait sa réputation. Son travail consiste désormais à utiliser ce qu’elle a appris pour découvrir ce qui reste encore à dire.

Pour les admirateurs de The Manhattan Transfer, The Art of Vocalese offre donc une continuation particulièrement émouvante d’une histoire qui a profondément marqué le jazz vocal moderne. Pour ceux qui découvrent Janis Siegel aujourd’hui, l’album permet de rencontrer une artiste dont le rôle dépasse largement celui de chanteuse principale et dont la compréhension de l’arrangement constitue une part essentielle de son identité musicale. Pour ceux enfin qui s’intéressent à la manière dont une voix évolue avec le temps, le disque propose une réflexion beaucoup plus intéressante que celle qui consisterait simplement à comparer le présent avec le passé.

Janis Siegel ne chante plus exactement comme elle chantait lorsqu’elle enregistrait Vocalese, et il serait même regrettable qu’elle le fasse, car une telle reproduction signifierait que plusieurs décennies de vie musicale n’auraient rien ajouté à son instrument. Ce que l’on entend aujourd’hui est au contraire une voix qui porte en elle l’expérience d’une carrière exceptionnelle, la mémoire de Jon Hendricks, les années de The Manhattan Transfer, le travail d’arrangeuse, les rencontres avec d’autres musiciens et cette connaissance intime du répertoire qui ne peut être acquise qu’avec le temps. Lorsque j’entends encore «Another Night in Tunisia», je retrouve donc une part de l’émerveillement qui m’avait accompagné dans les années 1980, mais je l’entends désormais autrement, avec la conscience de tout ce qui s’est produit entre cette première découverte et le présent. C’est peut être cela que Janis Siegel offre avec The Art of Vocalese: non pas le souvenir d’une grande voix, mais la possibilité d’entendre ce que cette voix est devenue après avoir traversé plusieurs décennies de musique.

Le temps n’a pas effacé Janis Siegel, il a ajouté des couches à son interprétation, et c’est précisément pour cette raison que son nouvel album mérite d’être écouté non comme le rappel d’une époque révolue, mais comme la nouvelle étape d’une conversation musicale qui avait commencé bien avant The Manhattan Transfer et qui, à travers elle, continue aujourd’hui de trouver de nouvelles façons de faire vivre le vocalese.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, August 16th, 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::

To buy tthis album

Website

Musicians :
Janis Siegel – vocals
John Di Martino – piano, keyboards
Lonnie Plaxico – basses
Vince Cherico – drums, guagua
Frank Vignola – guitar (2, 6)
Ed Cherry – guitar (8, 9)
Wayne Escoffery – tenor saxophone (4, 9)
Bobby Sanabria – percussion (4, 9)

Guests:
Raul Midón – vocals (3)
Lea DeLaria – vocals (6)
JaLaLa (Janis Siegel, Laurel Massé, & Lauren Kinhan) – vocals (2, 5)

Track Listing:

1  Barbados (Back to Barbados)  5:06
2  It’s Sand, Man  3:26
3  Bye Bye Blackbird  5:48
4  In the Presence and Absence of Each Other (Vocal Version)  6:06
5  Unsquare Dance  2:32
6  Down for Double  3:07
7  From Vienna With Love (Till the Earth Stands Still)  5:04
8  Garner’s Stomp (Stompin’ at the Savoy)  2:51
9  Pick Up the Pieces (Vocal Version – K.O.B. Dance Mix)  5:07

All instrumental arrangements by John Di Martino, except (5) by Larry Kerchner & John Di Martino
All vocal arrangements by Janis Siegel, except (5) by Larry Kerchner
Produced by Janis Siegel
Recorded by Steven Sacco at Sear Sound, NYC on January 16, 2024
Mixed & mastered by Dave Darlington at Bass Hit Recording, NYC
Vocal & instrumental overdubs by Dave Darlington
Background vocals (8,9) recorded at Baby Konehead Studios
Photography by John Abbott
Make-up artist: Kayla Berley
Studio photos by Benjamin Lehman
Liner notes by Ben Sidran
Cover design & layout by John Bishop