Jalen Baker – Repaved (FR review)

Cellar Music Group – Street date : September 4, 2026
Jazz
Jalen Baker – Repaved

Jalen Baker, RePaved : Houston sous la surface

À l’approche de l’automne, lorsque les premières décorations d’Halloween commencent à apparaître dans les jardins américains, les villes prennent peu à peu une autre allure. Les fantômes, les squelettes et les monstres en plastique annoncent une saison où l’on aime donner une forme visible à ce qui appartient d’ordinaire à l’imaginaire. Pourtant, les véritables fantômes d’une ville sont rarement ceux que l’on installe devant les maisons. Ils se trouvent dans les noms de rues, les quartiers transformés, les bâtiments disparus et les histoires familiales que le temps menace de recouvrir. C’est précisément cette mémoire enfouie que Jalen Baker explore dans RePaved, un album qui mérite d’être écouté avec davantage d’attention que ne le permettent les habitudes d’écoute contemporaines.

Vibraphoniste et compositeur, Baker appartient à cette génération de musiciens pour lesquels la frontière entre jazz et musique classique n’a plus grand sens. Il ne cherche ni à fusionner artificiellement les deux traditions ni à démontrer qu’il serait capable de passer de l’une à l’autre. Il les considère plutôt comme deux territoires qui peuvent naturellement se rencontrer, se répondre et parfois se confondre. Dans RePaved, l’improvisation propre au jazz s’inscrit ainsi dans des architectures musicales beaucoup plus vastes, proches par moments de la musique de chambre ou de l’écriture orchestrale, sans que l’ensemble perde pour autant sa souplesse. Cette manière de composer n’est pas entièrement nouvelle. Des musiciens comme le Finlandais Iiro Rantala ont eux aussi exploré cette zone intermédiaire entre le jazz et le classique, avec des résultats souvent remarquables. Baker emprunte cependant une trajectoire différente. Chez lui, les deux traditions ne semblent jamais se disputer la place. Elles sont intégrées dès l’origine à la même pensée musicale. Le vibraphone peut ainsi dialoguer avec un quatuor à cordes sans que l’un paraisse appartenir à un autre monde. La flûte, le piano, la contrebasse et la batterie conservent quant à eux la mobilité et le mouvement qui empêchent la musique de se figer dans une écriture trop savante.

Pour RePaved, Baker a réuni son quintette avec un quatuor à cordes. Il joue du vibraphone et signe les compositions, entouré d’Alexandria DeWalt à la flûte, de Paul Cornish au piano, de Gabriel Godoy à la contrebasse et de Gavin Moolchan à la batterie. Le quatuor rassemble Yoojin Park et Chiara Jamila aux violons, Tia Allen à l’alto et Reenat Pinchas au violoncelle. L’ensemble pourrait facilement donner naissance à une musique trop ambitieuse pour être véritablement vivante. Baker évite pourtant ce piège, notamment parce qu’il ne traite jamais les cordes comme un simple arrière-plan destiné à donner aux morceaux une apparence plus prestigieuse. Elles participent pleinement au discours. Elles prolongent une phrase, déplacent une émotion, ouvrent un espace que les instruments du quintette peuvent ensuite investir. Le vibraphone joue ici un rôle particulièrement intéressant. Son timbre possède quelque chose de lumineux et de fragile, mais Baker sait aussi en exploiter la dimension plus méditative. Il devient parfois le point de rencontre entre une musique écrite avec précision et une musique qui reste ouverte à l’instant. Cette tension donne au disque une grande partie de sa respiration.

L’une des forces de RePaved est justement de ne jamais donner l’impression que Baker cherche à prouver quoi que ce soit. Le mélange du jazz et des cordes pourrait facilement devenir démonstratif, voire académique. Il n’en est rien. Les arrangements sont ambitieux, mais ils restent suffisamment ouverts pour que les musiciens puissent y vivre. Cette liberté est importante, car elle rappelle que la sophistication d’un arrangement ne vaut rien si elle finit par étouffer les interprètes. On pourrait d’ailleurs chercher une partie de cette liberté dans le parcours éducatif et musical de Baker. Les universités américaines constituent depuis longtemps des lieux privilégiés de rencontre entre les traditions. Dans les départements de musique, les ensembles de jazz côtoient les formations classiques, les étudiants circulent entre les disciplines et les collaborations deviennent presque naturelles. Cette proximité contribue à expliquer pourquoi certains musiciens américains peuvent passer d’un langage à l’autre avec une aisance qui semble parfois plus difficile à imaginer ailleurs. Mais réduire RePaved à une expérience réussie de croisement entre jazz et musique classique serait passer à côté de l’essentiel. Car derrière la construction musicale se trouve une ville: Houston. Et derrière Houston, une histoire beaucoup plus personnelle, celle des communautés noires de la ville et de la transformation progressive de leurs quartiers historiques.

Jalen Baker est né à Washington, mais il a grandi à Houston, où sa famille est installée depuis plusieurs générations. Cette histoire familiale change la manière d’écouter le disque. Baker ne se comporte pas comme un compositeur venu découvrir une ville et en faire le sujet d’un album conceptuel. Il écrit depuis l’intérieur de cette histoire. Houston n’est pas pour lui un décor. C’est un lieu qui a participé à la construction de son identité, de son imaginaire et, finalement, de sa musique.

Cette dimension apparaît avec une particulière netteté dans « Dowling/Emancipation ». Le titre renvoie au changement de nom d’une importante artère du Third Ward, l’un des quartiers historiquement noirs de Houston. En 2017, Dowling Street est devenue Emancipation Avenue. L’ancien nom rendait hommage à Richard W. Dowling, officier confédéré. Le nouveau fait référence à l’émancipation des esclaves et à l’histoire de la liberté des Afro Américains.

La décision ne relevait donc pas d’une simple modification administrative. Dans un quartier dont l’histoire noire est ancienne et profondément enracinée, le changement de nom a pris la dimension d’un acte de réappropriation. Pendant des décennies, une partie de la mémoire collective de la ville s’était exprimée à travers des noms et des symboles qui ne correspondaient pas nécessairement à l’histoire des populations vivant dans ces rues. Baker comprend ce que représente un tel geste. Une rue peut sembler n’être qu’une rue, un nom n’être qu’un nom. Mais lorsque ce nom traverse quotidiennement la vie d’une communauté, il devient une forme de mémoire publique. Il indique qui est honoré, quelle histoire est considérée comme digne d’être conservée et, parfois, quelles autres histoires ont été laissées dans l’ombre. Avec « Dowling/Emancipation », Baker ne transforme pourtant pas cette question en discours politique mis en musique. Il fait quelque chose de plus subtil. Il laisse la musique réfléchir à ce que signifie modifier le paysage d’une ville tout en conservant la mémoire de ce qui se trouvait auparavant à cet endroit.

Cette idée est contenue dans le titre même de l’album. RePaved évoque une route que l’on recouvre d’une nouvelle surface. On efface les fissures, on égalise le sol, on pose une nouvelle couche et la ville donne l’impression d’avoir recommencé à neuf. Mais sous cette nouvelle surface demeure l’ancienne route. La métaphore dépasse rapidement la voirie. Elle s’applique aux quartiers, aux immeubles, aux commerces, aux institutions et aux communautés. Les villes modernes sont en perpétuelle reconstruction. Elles changent parce que leurs habitants changent, parce que l’économie évolue et parce que les besoins urbains se transforment. Rien de tout cela n’est nécessairement négatif. Le problème apparaît lorsque la reconstruction devient une forme d’amnésie.

Un quartier peut être rénové au point de ne plus être reconnaissable. Un commerce peut disparaître après plusieurs décennies d’existence. Une rue peut changer de nom. Une population peut être déplacée. Quelques années plus tard, ceux qui découvrent le lieu peuvent ignorer presque entièrement ce qui existait avant eux. C’est là que RePaved devient plus qu’un album consacré à Houston. Baker interroge une expérience qui concerne toutes les grandes villes. Comment continuer à se transformer sans effacer ce qui nous a précédés? Comment accueillir l’avenir sans transformer le passé en simple archive? Et surtout, qui décide de ce qui mérite d’être conservé?

Houston est un terrain particulièrement riche pour cette réflexion. La ville possède une histoire musicale considérable, façonnée par le jazz, le blues, le gospel, la soul, le funk, le rhythm and blues et le rock. Plusieurs générations de musiciens y ont développé des pratiques qui témoignent de la rencontre constante entre différentes communautés et différentes traditions. Les festivals, les clubs, les salles de concert, les églises et les écoles ont constitué les différents éléments d’une culture musicale dont l’influence dépasse largement les frontières de la ville. Pour quelqu’un qui a grandi à Houston, cette histoire n’a pas besoin d’être constamment citée pour être présente. Elle peut simplement être devenue une manière d’entendre et de penser la musique. C’est probablement ce qui explique la façon dont Baker traite la ville. Il ne cherche pas à produire une carte postale musicale de Houston. Il s’intéresse plutôt à la relation entre un territoire et ceux qui y vivent, à ce que les habitants transmettent et à ce que les transformations urbaines risquent de faire disparaître.

«City On The Water», placé au centre de l’album, en constitue l’un des exemples les plus convaincants. La composition renvoie à la vulnérabilité de Houston face aux catastrophes naturelles et notamment aux inondations qui ont marqué l’histoire récente de la ville. Mais elle ne s’arrête pas au désastre. Elle s’intéresse également à la capacité des habitants à reconstruire, à recommencer et à continuer à vivre dans un environnement dont ils savent qu’il peut être brutalement bouleversé. La flûte d’Alexandria DeWalt apporte au morceau une qualité presque humaine. Son timbre semble se déplacer à travers la composition comme une voix qui chercherait à raconter quelque chose sans jamais l’expliquer complètement. Les cordes élargissent cette impression, tandis que la section rythmique maintient une tension discrète. La catastrophe n’est jamais transformée en spectacle. Ce qui intéresse Baker, c’est ce qu’elle révèle des personnes qui doivent continuer après elle.

À cet endroit du disque, la question historique devient une question intime. Houston n’est plus seulement une ville dont on raconte le passé. Elle devient un organisme fragile, exposé à la destruction, à la reconstruction et au changement. Pourtant, son identité ne réside pas uniquement dans ses bâtiments ou ses rues. Elle se trouve aussi dans ceux qui restent, dans ceux qui reviennent et dans ceux qui transmettent ce qu’ils ont vécu.

C’est peut-être pour cette raison que «Smile», la composition de Charlie Chaplin, trouve naturellement sa place vers la fin de l’album. Après les questions de mémoire, d’identité, de déplacement et de transformation, cette mélodie familière pourrait sembler presque trop simple. Elle ne l’est pas. «Smile» porte depuis longtemps l’idée d’une dignité préservée malgré les difficultés. Dans le contexte de RePaved, elle peut être entendue comme une forme de résistance tranquille. Sourire ne signifie pas oublier. Cela peut au contraire signifier continuer à avancer sans céder à ce qui voudrait nous définir uniquement par les pertes du passé.

L’autre composition qui n’est pas signée Baker, «Bemsha Blues», associé à Thelonious Monk et Denzil Best, remplit une fonction différente mais tout aussi importante. Elle replace le compositeur dans l’histoire du jazz. Baker ne prétend pas inventer une musique débarrassée de toute influence. Il sait que le jazz est précisément une tradition qui se construit par transmission, transformation et réinterprétation. Le passé, dans le jazz, n’est jamais totalement passé. Une phrase musicale peut être reprise, déplacée, transformée puis réinventée plusieurs décennies plus tard. Une composition peut survivre à son époque parce qu’un autre musicien décide de lui donner une nouvelle vie. C’est cette même logique que Baker applique à Houston : conserver ne signifie pas nécessairement reproduire.

Il faut ici insister sur ce qui distingue véritablement RePaved d’un simple album de fusion. La forme musicale et le sujet historique se répondent. Le quatuor à cordes apporte une profondeur et une mémoire supplémentaires, tandis que le quintette empêche la musique de se refermer sur elle-même. Les compositions sont liées à des lieux précis, mais elles ne deviennent jamais hermétiques à ceux qui ne connaissent pas Houston. On peut écouter RePaved sans connaître le Third Ward, sans savoir qui était Richard W. Dowling et sans avoir jamais parcouru les rues de Houston. La musique demeure immédiatement accessible. Mais lorsque l’on découvre ce qui se cache derrière certains titres, les morceaux changent de profondeur. Ils ne sont plus seulement des compositions. Ils deviennent des lieux de mémoire.

Cette capacité à raconter sans expliquer constitue peut-être la plus belle réussite de Baker. Le jazz est souvent présenté comme une musique de virtuoses, de solistes et d’improvisateurs. Il est pourtant aussi une musique capable de conserver des traces. Une mélodie peut retenir une émotion lorsque les circonstances qui l’ont produite ont disparu. Un morceau peut devenir la mémoire d’un quartier. Une interprétation peut empêcher une histoire de disparaître complètement.

Baker n’a pas besoin de transformer RePaved en cours d’histoire. Il fait confiance à la musique. C’est une décision artistique judicieuse, car le disque laisse au public la liberté de découvrir progressivement ses différentes couches de sens. Il serait d’ailleurs dommage de découper l’album en morceaux isolés. RePaved possède une cohérence narrative qui apparaît surtout lorsqu’on l’écoute dans son ensemble. Les différentes compositions semblent progressivement déplacer le regard, de l’identité vers la mémoire, de la mémoire vers la vulnérabilité, puis de la vulnérabilité vers la résilience.

Cette progression n’a rien d’un scénario artificiellement optimiste. Baker ne prétend jamais que les blessures historiques peuvent être simplement refermées. Il ne suggère pas davantage que la transformation d’une ville constitue nécessairement un progrès. Il accepte au contraire une réalité beaucoup plus inconfortable : le passé demeure présent, tandis que l’avenir impose malgré tout d’avancer. C’est pourquoi RePaved mérite une écoute attentive, à rebours d’une époque où la musique est souvent réduite à une succession de morceaux destinés à accompagner autre chose. Il faudrait idéalement écouter l’album du début à la fin, sans interruption, puis revenir aux compositions qui auront retenu l’attention. Le dialogue entre le vibraphone et les cordes mérite notamment d’être suivi avec soin, tout comme le rôle de la flûte dans « City On The Water » et le travail de la section rythmique, qui maintient constamment l’équilibre entre l’ampleur orchestrale et la liberté du jazz.

Il serait également intéressant de faire ce que l’on fait de moins en moins souvent avec un disque : se documenter avant de le réécouter. Lire sur le Third Ward, sur Emancipation Avenue, sur l’histoire musicale de Houston, puis revenir à «Dowling/ Emancipation». La musique prend alors une autre dimension. Elle cesse d’être simplement une œuvre à entendre pour devenir une œuvre à explorer. Baker nous rappelle ainsi quelque chose que les villes modernes ont tendance à oublier. Une ville n’est pas seulement un ensemble de routes, d’immeubles, de commerces et d’infrastructures. Elle est également une accumulation de souvenirs. Certaines de ces histoires sont officiellement reconnues, d’autres ont été marginalisées, et certaines ne survivent que parce que des familles, des artistes ou des habitants refusent de les laisser disparaître.

Le problème n’est donc pas le changement en lui-même. Une ville qui ne change jamais est une ville qui se fige. La véritable question est de savoir ce que le changement emporte avec lui. Chaque génération construit quelque chose sur ce que la précédente lui a laissé. Elle ajoute une couche à la ville, comme on ajoute une nouvelle couche d’asphalte à une route ancienne. Mais si chaque nouvelle couche recouvre complètement la précédente, il devient impossible de comprendre comment le territoire est arrivé jusqu’à nous. C’est précisément dans cet espace entre transformation et mémoire que RePaved trouve sa force.

Baker ne cherche pas à transformer Houston en musée. Il ne demande pas non plus que la ville renonce à son avenir pour rester fidèle à son passé. Son propos est plus exigeant. Il suggère qu’une ville peut avancer sans avoir à effacer toutes les traces de ce qui l’a précédée. Cette idée donne au disque une portée qui dépasse largement le contexte de Houston. Elle concerne New York, Paris, Londres, Los Angeles ou n’importe quelle ville confrontée à la pression immobilière, à la rénovation urbaine et à la disparition progressive de quartiers autrefois identifiables. Partout, la même question revient : lorsqu’un territoire change, qui a le droit de raconter ce qu’il était auparavant?

La musique possède peut-être une réponse que l’urbanisme ne peut pas toujours fournir. Elle peut conserver sans figer. Elle peut transformer sans effacer. Elle peut faire entendre une histoire sans prétendre la posséder. Avec RePaved, Jalen Baker transforme ainsi Houston en matière musicale, mais aussi en matière mémorielle. Son album parle du jazz et de la musique classique, mais il parle surtout de transmission. Il parle d’une ville qui se reconstruit, de communautés qui cherchent à préserver leur histoire et d’un musicien qui comprend que l’avenir n’a de sens que si l’on sait encore ce qui se trouve sous la surface.

À l’approche d’Halloween, les quartiers américains vont une nouvelle fois se remplir de fantômes artificiels. On leur donnera des visages, des vêtements, des lumières et parfois même des bandes sonores. Les fantômes auxquels nous invite Jalen Baker sont d’une autre nature. Ils sont beaucoup plus silencieux. Ils vivent dans les noms de rues, les souvenirs familiaux, les bâtiments disparus et les quartiers dont le visage change parfois plus vite que la mémoire de leurs habitants.

C’est là que RePaved prend toute sa dimension. Le disque ne demande pas à Houston de rester telle qu’elle était. Il lui demande quelque chose de plus difficile : ne pas oublier ce qu’elle a été pendant qu’elle décide de ce qu’elle veut devenir. Et sous la nouvelle surface, sous la route fraîchement reconstruite, sous les immeubles et les quartiers qui changent, l’histoire demeure. Il suffit parfois d’un vibraphone, de quelques cordes, d’une flûte et d’un groupe de musiciens suffisamment attentifs pour nous rappeler qu’elle est toujours là.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, August 25th, 2026

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To buy this album

Website

Musicians :
Jalen Baker – vibraphone / composer
Gabriel Godoy – bass
Gavin Moolchan – drums
Paul Cornish – piano
Alexandria DeWalt – flute
Tia Allen – viola
Reenat Pinchas – cello
Yoojin Park – violin
Chiara Jamila – violin

Track Listing :
Antioch (The Beginning)
John Henry
Dowling/ Emancipation
Freedman
City On The Water
Kashmere
Bemsha Blues
Smile

Executive Producer: Cory Weeds
Produced by Jeremy Pelt
Recorded at January 5th & 6th, 2026 at GB’s Juke Joint, LIC, New York
Engineered by Owen Mulholland
Mixed and Mastered by Dave Sikula
Production Manager: Dominic Duchamp
Cover and back photographs by Jeremy Kabala
Other photography by William Brown
Design and layout by Perry Chua