| Power Pop, Rock |
En matière de second couteau oublié du grand public (sauf peut-être dans la province canadienne d’Alberta, nous y reviendrons), le dénommé Jack Green relève manifestement du cœur de cible pour le label Bad Reputation. Deux ans après sa disparition, sa réputation à lui demeure toutefois immaculée, et son parcours exemplaire. Né à Glasgow en 1951, il développa tout gamin une passion pour la musique, notamment grâce à sa tante Gloria qui y tenait une boutique de disques, et à l’un de ses cousins qui se produisait au début des sixties dans les clubs de Hambourg, et le faisait rêver en lui décrivant un sensationnel petit groupe de Liverpool découvert sur place. Mordu à son tour par le virus du Merseybeat, Jack se produisait déjà dans les maisons de jeunes dès l’âge de 13 ans. Y attirant l’attention d’un éditeur musical londonien, il vit trois ans plus tard deux de ses premières compositions cartonner en Allemagne et aux Pays-Bas (par le truchement d’autres formations que la sienne), et figura pour son 18ème anniversaire au casting des représentations anglaises des comédies musicales “Hair” et “Jesus-Christ Superstar”, avant de former Sunshine, son premier groupe signé sur une major (Warner Bros), pour un album sans lendemain paru en 1972. À l’issue d’une période de vaches maigres, il eut l’opportunité de se joindre à Marc Bolan (alors au pinacle de sa notoriété) pour enregistrer à ses côtés l’album de T-Rex “Zinc Alloy & The Hidden Riders Of Tomorrow”, et embarquer sur la tournée mondiale de promotion subséquente. À son retour, il fut engagé par rien moins que les Pretty Things, et figura ainsi au line-up de “Silk Torpedo” et “Savage Eye” (à la basse et aux backing vocals), avant de se lier à Ritchie Blackmore (au Rainbow duquel il participa même brièvement). Entamant ensuite une carrière solo, il enregistra quatre albums entre 1980 et 1986, dont le premier, “Humanesque”, cartonna dans le sud-ouest canadien, y bénéficiant d’une heavy-rotation radio (et de pas moins de trois hits), avant de se retirer dans un quasi-anonymat une douzaine d’années durant avec son épouse à Ibiza, puis dans la bourgade de Ryde, sur l’Île de Wight, où il donnait encore des cours de guitare peu avant sa disparition en avril 2024. C’est qu’en dépit de son talent manifeste de performer et de songwriter, ce bon Jack ne céda jamais aux sirènes du showbiz que raillait en son temps Ray Davies, et que le succès ne lui monta donc jamais au melon. Pour rançon de son intégrité, il préféra en effet opter pour une seconde moitié d’existence low-profile, plutôt que s’égarer dans des compromissions auxquelles il n’était guère enclin. Testament de ce parcours sans faute, ce best of propose, outre 14 extraits de ses quatre albums officiels, pas moins de cinq raretés et/ou inédits. Pour témoignage de son aristocratie rock, quelques invités de renom jalonnent ce répertoire (de Simon Kirke, historique batteur de Free, à Ritchie Blackmore, en passant par Pete Tolson, regretté lead-guitarist intérimaire des Pretty Things, Boz Burrell, bassiste de King Crimson et Bad Company, Snowy White, comparse de Mick Taylor, Peter Green et Thin Lizzy, Mel Collins, sax de King Crimson, Jim Capaldi de Traffic et Simon Fox, batteur entre autres de Be Bop Deluxe). De l’obligé pont reggae du “So Much” d’ouverture (mâtiné de claviers certes surannés), avec la guitare lead d’Andy Dalby (Arthur Brown) à “Bad Dreams”, en passant par le viril “I Call, No Answer” (solo pyrotechnique de Blackmore inclus), on se trouve ici en plein AOR millésimé early eighties (à mi-chemin entre Moon Martin, les Motels de Martha Davis et Robert Palmer): beats pré-robotiques, guitares rythmiques acérées, synthés et chœurs prédominants, avec pour principales boussoles (et bouées de sauvetage) des compos rutilantes, défiant l’usure du temps en dépit parfois d’une production quelque peu datée (ces “Sweet Lover”, “Win Your Love” et “I’ve Had Enough” de 1986, avec Snowy White, Boz Burrell et Simon Kirke en pathétique tentative FM rock). Se détachent néanmoins du lot quelques missiles magistralement calibrés, tels que “One By One” (avec un Tolson impérial), “When I Was Young”, “Let It Rock” et le languide “Sign Of The Times” (featuring Mel Collins) du second opus de Jack, “Reverse Logic” (sans relation avec les Animals, ni Chuck Berry, ni Prince, mais dignes par-contre de l’Elvis Costello des débuts et du Peter Green de “In The Skies”, pour situer le grand écart). “Look At It Rain” de son troisième effort (“Mystique”, en 83) a beau afficher des arrangements proches de ceux du “Synchronicity” de Police, “Take It Up” et “Young Blood” (no relation with the Coasters, neither Leiber & Stoller) tutoyaient par-contre le Tom Petty de “Damn The Torpedoes”. Jack n’avait cependant pas renoncé à toute indépendance, comme en attestent ces “100% Alive” et “Heaven Can Wait” de 2019, sonnant tête haute comme des outtakes du T-Rex de la grande époque, ainsi que les deux inédits issus des sessions de “Humanesque” qui ferment le ban, justifiant à eux seuls l’acquisition (ou à minima l’inquisition) de cette collection. Un pop artist intègre, non mais, quelle idée, franchement!
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, May 26th, 2026
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