| Blues-Rock |
Jamison Passuite, guitare et chant, Joey Verdonselli, basse et chant et Bennie Hayes, batterie et chant, ont formé Handsome Jack au mitan des années 2000, à Lockport (bled conservateur situé près de Buffalo dans l’État de New-York), et cet album est leur huitième à ce jour. Un simple coup d’œil à leur portrait groupé nous informe d’emblée que ces gens n’ont rien à secouer de leur apparence (songez qu’avec ses sunglasses et sa moustache, l’un d’entre eux ressemble même à Buck Dharma, du Blue Öyster Cult), et puisqu’ils n’en sont pas à un oxymore près, leur musique, bien que certes âpre et râpeuse, reflète moins leur isotope urbain d’origine que ce blues-rock de par-dessous la Dixie line qui fit florès voici un bon demi-siècle. La plage titulaire qui ouvre le ban évoque ainsi davantage le Creedence de “Keep On Choogling” que, au hasard, les Ramones, Suicide ou Talking Heads, et sur son diddley-beat nimbé de phasing, “Tonight We Ride” agite son lot de voodoo réminiscent de Quicksilver Messenger Service, via les Pretty Things. Avec sa slide à la Slim Harpo, le traînant “It’s Only Business” renvoie pour sa part aux prémisses des Stones (quand ces derniers s’escrimaient à reprendre “Honest I Do”), et nos lascars n’assènent pour seule cover que le “Polk Salad Annie” du regretté Tony Joe White, auquel ils appliquent un swamp-funk beat lascif. Jimmy Reed et le ZZ Top des débuts ne sont pas étrangers non plus à ce “Blue Falls Motel” qui évolue tel un crotale sinuant sur un parquet moite, tandis que Verdonselli y infuse un harmonica primaire, alors que “Do It! Do It!” s’avère un boogie rural tellement basique qu’on le jurerait issu du répertoire antique de Steamhammer. Même remarque pour Canned Heat avec le translucide “I’m Hooked”, et pour le Fleetwood Mac circa Jeremy Spencer, avec ce “Poly Molly” dont la slide hautement électrifiée ressuscite son sorcier historique, Elmore James. Sans relation avec son homonyme chez Neil Young, “Let’s Go Downtown” est une autre joyeuse cavalcade façon Fogerty, dont le but assumé se résume à faire virevolter les crinolines dans la sciure, avant que le gang ne conclue sur “Ghost Woman”, genre de heavy-blues à la sauce sudiste comme en produisait Skynyrd à son âge d’or, tambourin lancinant, drawl et sustain fumant à l’appui. Mieux que de banals revivalistes, Handsome Jack abolit sans appel ni recours le dernier demi-siècle d’évolution des musiques américaines. Pour une fois que le révisionnisme a du bon…
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, February 13th 2026
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