Guy Bélanger – Blues Turn

Bros
Blues

De prime abord, Guy Bélanger passerait presque pour l’équivalent québecois de notre Jean-Jacques Milteau national: un harmoniciste virtuose et tout terrain, capable de s’adapter avec le même talent au jazz, à la country et au blues. Ayant fait ses débuts auprès du fameux bluesman canadien Bob Walsh, il a ensuite tâté de la musique de films et de séries télé, et presté auprès d’artistes aussi divers que le Cirque du Soleil ou le groupe de sa belle province, les Colocs. Ce bel éclectisme ne l’empêche heureusement pas de se montrer cohérent, dès lors qu’il se consacre à son idiome de prédilection. C’est le cas sur cet album (son sixième à ce jour), où sa fidèle garde rapprochée cède parfois le ban à quelques guests d’envergure, au premier rang desquels on reconnaît avec délectation les Chicagoans Felton Crews, Kenny Smith, Jimmy Johnson et Studebaker John. La slide incandescente de ce dernier irradie leur reprise groupée de “Forty Days And Forty Nights” (avec son chorus flambé au kérosène), tandis que le vétéran Johnson (86 printemps aux fraises, mais toujours bon pied, bon oeil) prête son timbre de ténor et sa guitare véloce à l’une des toutes meilleures versions du “Last Night” de Little Walter sur le marché. C’est bien chez ce Walter là que Bélanger puise l’essentiel de ses racines, et qu’il s’agisse du son ou du phrasé, l’hommage est à la hauteur du maître. Le reste de l’album ne se tient guère en deçà de ces sommets, par la grâce de complices tels que les bien nommés guitaristes André Lachance et Steve Strongman. Bref, un virtuose capable de privilégier le feeling à la démonstration stérile, et un bluesman de premier plan: vive le Québec live!

Patrick Dallongeville
Paris-Move
Guy Bélanger