GREG PICCOLO & HEAVY JUICE – Who Knows What The Future Holds

MoMojo Records
Rhythm 'n' Blues, Swing
GREG PICCOLO & HEAVY JUICE - Who Knows What The Future Holds

Roomful Of Blues… Bien qu’il en soit affranchi depuis plus de trois décennies à présent, il est pratiquement aussi difficile de dissocier Greg Piccolo de “that little big band from Rhode Island” que l’on ne le peut d’autres de ses figures historiques telles que Duke Robillard, Ronnie Earl, Al Copley, Doug James, Rich Lataille, Chris Vachon, Preston Hubbard, Fran Christina, Al Basile, Mark Dufresne, Ron Levy, Curtis Salgado ou Sugar Ray Norcia. Avec un quart de siècle de présence continue à la proue de ce navire-amiral du jump blues cuivré, notre chanteur, saxophoniste et guitariste en a évidemment conservé quelques acquis – et quelques relations aussi. C’est ainsi qu’il a confié la production de son nouvel album au renommé producteur Terry Manning, dont les états de service courent depuis le Bobby Fuller Four au début des sixties jusqu’aux studios Stax et Ardent à Memphis (avec Otis Redding, les Staple Singers, Booker T. & The MG’s et Big Star), en passant par le mixage du mythique “Led Zeppelin III”, ainsi que de multiples exploits derrière la console auprès de ZZ Top, Johnny Winter, Al Green, George Thorogood et des FabulousThunderbirds, parmi bien d’autres encore. Tout en poursuivant sa carrière solo, Greg preste encore parfois ses talents de saxophoniste (notamment ces derniers temps auprès du légendaire Jimmie Vaughan), mais cet album résulte surtout du tri de plusieurs années de ses archives personnelles. Car s’il se double en outre d’un songwriter doué, ses stocks d’inédits en la matière commençaient à lui peser. Il s’est donc appliqué à en écouler une petite douzaine d’un trait, avec le renfort de son fidèle quartette attitré (augmenté ici des cuivres de Mark ‘Kaz” Kazanoff et Al Gomez, tous deux transfuges émérites des Texas Horns). De sa voix juvénile inexplicablement préservée, Greg débite le vintage rock n’ roll “I’ve Lost Faith” que Shinichi Otsu assaisonne d’un Wurlitzer façon Sam The Sham, et Dean Shot d’un guitar chorus aussi concis et fulgurant que chez les early T-Birds, tandis que les frangins aux cuivres ponctuent le tout d’une pompe irrésistible. On reste dans la même time-zone avec “Truth Is A Sly Fox”, dont le rhythm pattern emprunte quelque peu à Ben E. King celui de son “Spanish Harlem”, et où Shot se fend d’un incroyable solo de slide, sur un impavide tapis de cuivres rutilants. Gaillarde incursion reggae, “People Are Hot” raille avec sagacité les effets les plus patents du réchauffement climatique, avant que l’ode au cruisin’ “Let’s Play It In The Car” et l’enthousiaste “Dream Girl” ne ravivent les phéromones swing de l’ADN piccolesque, émoustillées par la basse rondelette de Paul Tomasello et des cuivres toujours omniprésents. Portés par le piano et l’orgue sensibles d’Otsu (ainsi qu’une confondante prestation vocale de Greg en soul crooner), les lacrymaux “She Could’nt Stay”, “Break In The Clouds” et “Guilty” accompagneront maints cœurs solitaires tandis qu’ils s’emploieront à assécher consciencieusement le mini-bar du motel où ils feront halte, après one too many one night stands. Et si l’on tente une fois de plus de vous démontrer que les Stones sont toujours un groupe anglais, le groove de “Don’t Tell Me The Truth” vous fourbira à point nommé quelques contre-arguments solides. Rhythm n’ blues malicieux empreint de calypso, la plage titulaire rappelle les incursions préliminaires de Hall & Oates, Huey Lewis et Steely Dan en ce domaine, avant que “I’m Movin’ On” (sans relation avec son homonyme signé Hank Snow) ne conclue l’affaire sur un mode saccadé, avec ses guitar-licks chipés à Albert King. “Qui sait ce que l’avenir nous réserve” énonce le titre de cette rondelle… Ils ne croyaient hélas pas si bien dire: peu de temps après les sessions de ces enregistrements, Terry Manning disparaissait à la suite d’une chute malencontreuse en son domicile d’El Paso. Il avait 77 ans, et cet album lui est légitimement dédié. Plus que jamais, nous vous en conjurons, gardez-vous donc de tenter de descendre un escalier en chaussettes…

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, June 1st, 2026

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