Fumi Tomita – Yokai: Songs Of The Japanese Supernatural (FR review)

OA2 Records – Street date : October 23, 2026
Jazz

Certains musiciens sont ce que l’on pourrait qualifier de «chercheurs». Pas simplement parce qu’ils enseignent, écrivent des livres ou possèdent plusieurs diplômes universitaires, mais parce que leur manière de faire de la musique semble directement liée à leur besoin de comprendre. Ils cherchent, avant de jouer, observent avant de composer, accumulent des informations, des images, des histoires, des références, puis finissent par transformer tout cela en musique. C’est précisément le cas du bassiste et compositeur Fumi Tomita.
Son parcours universitaire parle pour lui, tout comme ses albums et les nombreux sujets auxquels il s’est intéressé au fil des années. Mais ce qui pourrait, sur le papier, donner l’image d’un musicien cérébral, presque enfermé dans ses recherches, produit en réalité l’effet inverse. Chez Tomita, la connaissance semble être une porte vers l’imagination. Avec Yokai! Songs of the Japanese Supernatural, il puise cette fois son inspiration dans l’univers fantastique du folklore japonais et s’intéresse à ces créatures étranges, mystérieuses, parfois inquiétantes, mais souvent aussi facétieuses, que l’on regroupe sous le terme de «yokai». Neuf compositions originales évoquent ainsi des serpents monstrueux, des renards, des esprits, des créatures associées au tonnerre, aux apparitions nocturnes ou encore à ces présences que l’on croit parfois entendre sans jamais parvenir à les voir. Le projet aurait pu facilement tomber dans une forme d’exotisme musical assez prévisible, avec quelques sonorités japonisantes plaquées sur une écriture de jazz. Tomita prend heureusement un autre chemin. Il ne cherche pas à reproduire le Japon, encore moins à fabriquer une musique qui aurait pour fonction de dire à l’auditeur: «voilà, maintenant vous êtes au Japon». Il suggère. Il laisse les choses apparaître par petites touches, à travers les timbres, les mouvements mélodiques, la flûte, certaines atmosphères, mais surtout à travers une écriture qui reste profondément attachée au jazz moderne. Le folklore japonais devient donc une matière première, jamais un décor. Et c’est probablement là que commence véritablement l’intérêt de cet album.

Yokai, un nom qui n’évoquera sans doute pas grand-chose pour la plupart des lecteurs, tient pourtant ici une place centrale. Le terme recouvre un ensemble extrêmement vaste de créatures, de phénomènes surnaturels, d’esprits et de manifestations étranges issus du folklore japonais. Ce qui m’intéresse particulièrement dans cette notion, c’est cette idée ancienne selon laquelle le monde qui nous entoure n’est peut-être pas aussi inanimé qu’il en a l’air. La nature, certains objets, certains lieux, certains bruits peuvent devenir porteurs d’une présence, d’une histoire ou d’un esprit. On donne une forme à ce que l’on ne comprend pas. On donne un nom à ce qui nous inquiète. Et à partir du moment où l’on donne un nom à quelque chose, on commence déjà à pouvoir vivre avec. En écoutant ce disque, je me suis retrouvé à faire ce que je fais assez souvent lorsqu’une musique m’accroche véritablement: aller chercher ailleurs. Lire, regarder, comparer, essayer de comprendre d’où vient telle créature, pourquoi elle existe, ce qu’elle représente et comment elle a traversé les siècles. C’est là que le disque de Fumi Tomita devient plus qu’un simple album à thème. Il provoque la curiosité. Il donne envie d’aller voir derrière la musique. Et, assez naturellement, cette réflexion m’a aussi conduit vers des choses qui peuvent sembler très éloignées du folklore, notamment la science. Il y a quelque chose de fascinant dans cette idée que ce que nous voyons autour de nous n’est jamais réellement aussi simple qu’il paraît. La matière elle-même est faite de structures invisibles, de particules, d’interactions, de forces que nos yeux ne peuvent évidemment pas percevoir. Les quarks, par exemple, possèdent des charges fractionnaires et des propriétés qui nous obligent à abandonner l’idée d’une matière parfaitement stable et immobile. Je ne prétends évidemment pas établir ici une équivalence entre les yokai et la physique des particules, ce serait absurde, mais le rapprochement intellectuel m’intéresse : dans les deux cas, quelque chose existe derrière ce que nous percevons. Il y a le visible et ce qui se cache derrière. Il y a ce que nous savons et ce que nous croyons savoir. Et finalement, la musique fonctionne de la même manière. Elle nous donne une première impression, puis nous oblige parfois à écouter ce qui se trouve dessous.

C’est précisément cette relation entre le visible et l’invisible qui traverse la musique de Fumi Tomita. Les compositions ne cherchent jamais à décrire littéralement les créatures auxquelles elles sont consacrées. Il n’y a pas de musique qui ferait simplement «le monstre», comme si l’on devait entendre une créature arriver avec des effets sonores destinés à nous faire comprendre immédiatement qu’il faut avoir peur. Tomita préfère travailler sur les caractères, les comportements, les mouvements. Il ne peint pas forcément le yokai ; il essaie plutôt d’en comprendre la personnalité musicale. C’est une différence considérable. La musique devient alors moins une illustration qu’une interprétation. Les estampes japonaises du XIXe siècle ont largement nourri le projet, mais Tomita ne cherche pas à les transformer en cartes postales sonores. Il en récupère l’imaginaire, les formes, les personnages et surtout cette manière très particulière de faire cohabiter le grotesque, l’étrange, le merveilleux et le quotidien. C’est probablement ce qui explique que l’album puisse être à la fois aérien, mystérieux, lyrique, parfois inquiétant, mais aussi franchement swing. Car oui, derrière les monstres, les fantômes et les créatures surnaturelles, il y a toujours un groupe de jazz. Et ce groupe ne renonce jamais à ce qui constitue son langage. Fumi Tomita ne compose pas une musique japonaise au sens traditionnel du terme. Il compose du jazz à partir d’un matériau japonais. Ce détail est essentiel, car il évite à l’album de tomber dans la caricature. La flûte de Carl Clements est probablement l’instrument qui rend les références japonaises les plus immédiatement perceptibles, mais là encore, tout est affaire de subtilité. Quelques phrases suffisent, une couleur, une manière de faire respirer le son, une inflexion et l’imaginaire se met en marche. Il n’est pas nécessaire d’en faire davantage. L’élégance consiste parfois précisément à savoir ce que l’on peut ne pas montrer.

Cette notion de suggestion me paraît d’ailleurs essentielle pour comprendre la personnalité de Fumi Tomita. Sa musique ne semble jamais vouloir prendre l’auditeur par la main pour lui expliquer ce qu’il doit ressentir. Elle lui donne des éléments et le laisse faire le reste. C’est une attitude que j’apprécie particulièrement, parce qu’elle laisse une véritable place à l’imagination. On peut parfaitement écouter cet album sans connaître les yokai, sans savoir qui est Daija, ce que représente Kitsune ou encore ce que raconte l’histoire de Betobeto san. Les compositions fonctionnent musicalement sans mode d’emploi. Mais il arrive un moment où la curiosité prend le dessus. On veut savoir pourquoi cette musique a été écrite ainsi. On cherche le personnage derrière le titre. Et soudain, l’écoute change. Une phrase de flûte n’est plus seulement une phrase de flûte. Une rupture rythmique peut évoquer un déplacement, une apparition, un changement d’humeur. Un silence prend une autre dimension. C’est à ce moment-là que la musique et la recherche commencent à se répondre. Et je crois que c’est l’une des grandes forces de ce disque : il ne demande pas au savoir de précéder la musique, il permet à la musique de provoquer le savoir. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

À la contrebasse, Fumi Tomita se trouve évidemment au centre de ce dispositif. Mais il ne se comporte jamais comme quelqu’un qui aurait besoin de rappeler à tout instant qu’il est le compositeur et le leader. Sa contrebasse donne le ton, installe les fondations, accompagne les autres musiciens et devient parfois presque un personnage à part entière. C’est un instrument qui possède quelque chose de profondément physique. On le ressent plus qu’on ne le remarque. Il y a dans son registre grave une présence presque souterraine qui convient particulièrement bien à cet univers de créatures invisibles et de présences cachées. Tomita peut être très présent sans occuper tout l’espace. Il laisse respirer Carl Clements, Jason Ennis à la guitare et Gary Fieldman à la batterie, et c’est cette circulation entre les quatre musiciens qui permet aux compositions de ne jamais ressembler à de simples illustrations musicales. Le groupe raconte quelque chose, mais il le raconte en jouant. C’est une nuance importante. On entend les personnages à travers les interactions entre les instruments, pas seulement à travers des mélodies qui leur seraient associées. La batterie participe au mouvement, la guitare apporte des textures, la flûte ajoute cette couleur particulière, tandis que la contrebasse reste le point d’ancrage. Tout cela produit une musique qui peut être contemplative à un instant et très mobile quelques secondes plus tard.

C’est particulièrement évident avec «Betobeto san», un titre qui m’a amusé autant qu’il m’a intrigué. Le personnage est lié aux bruits de pas que l’on entend derrière soi dans la nuit. On marche, quelqu’un marche derrière vous. Vous vous retournez, personne. Vous repartez, les pas recommencent. Le détail que je trouve extraordinaire est que, dans le récit, il existe une manière assez simple de résoudre le problème: demander poliment à la créature de passer devant. Et elle le fait. Voilà un monstre qui respecte les règles de circulation. Il y a quelque chose de profondément japonais dans cette idée, mais surtout quelque chose de délicieusement absurde. Le surnaturel ne fonctionne pas nécessairement selon la logique de la terreur. Il peut avoir ses propres règles de politesse. Et c’est là que l’humour de Tomita prend tout son sens. Il aurait pu transformer Betobeto san en créature inquiétante, faire entendre une sorte de menace permanente, mais ce qui ressort est plutôt une sensation de mouvement, de jeu, presque de malice. Cela correspond finalement assez bien à l’univers des yokai, qui n’est pas seulement peuplé de monstres destinés à faire peur aux enfants. Il est aussi rempli de créatures ridicules, de situations absurdes, de métamorphoses et de personnages dont le comportement peut être aussi étrange qu’amusant.

Cette ambiguïté entre la peur et l’humour traverse d’ailleurs toute l’histoire des yokai. Ce sont des créatures qui peuvent être inquiétantes, mais qui peuvent également servir à expliquer l’inexplicable, à transmettre une morale, à raconter les dangers de la nuit ou simplement à divertir. Elles appartiennent à un monde dans lequel l’imaginaire n’est pas séparé du quotidien par une frontière parfaitement étanche. Un bruit peut avoir une histoire. Une ombre peut devenir un personnage. Un animal peut être porteur d’une intention. Un objet abandonné peut finir par acquérir une existence propre dans l’imaginaire collectif. C’est une manière de regarder le monde qui nous paraît peut-être étrangère aujourd’hui, mais qui n’est pas si éloignée de certaines choses que nous faisons encore. Nous inventons toujours des explications. Nous donnons des noms à nos peurs. Nous transformons ce que nous ne comprenons pas en récit. La différence est que les formes changent. Le yokai appartient à une culture particulière, mais le mécanisme humain derrière ces histoires est universel.

«Kitsune», consacré au renard, permet une autre approche. Dans le folklore japonais, le renard est associé à la ruse, à l’intelligence, à la métamorphose et à une relation particulièrement ambiguë avec le monde humain. Là encore, Tomita ne cherche pas à raconter toute cette mythologie dans une seule composition. Il en extrait une sensation, une personnalité. Le morceau fonctionne comme une évocation plutôt que comme une narration. Et c’est probablement la meilleure façon de traiter ce type de sujet musicalement. Lorsque l’on veut tout raconter, on finit souvent par ne plus rien laisser à l’imagination. Tomita fait l’inverse. Il donne juste assez d’informations pour que notre propre imaginaire complète le tableau. La musique devient alors une sorte de territoire intermédiaire entre la connaissance et la projection personnelle. On sait que l’on écoute un morceau consacré à un renard surnaturel, mais chacun peut imaginer ce renard différemment. C’est là que l’improvisation jazz retrouve toute sa pertinence : une même structure peut être interprétée, déplacée, transformée et finalement devenir autre chose à chaque écoute.

Les autres compositions prolongent cette galerie de figures et de situations sans jamais donner l’impression d’un catalogue. « Daija », avec son serpent monstrueux, installe une présence différente, plus massive. «Okiku» nous entraîne vers une atmosphère plus sombre. «Amabiko», «Wakana-Hime» ou «Kiyomori» poursuivent cette exploration de personnages dont les histoires sont parfois difficiles à séparer de l’histoire culturelle qui les a vus naître. Et puis il y a «Hyakki Yagyo», cette fameuse parade nocturne des cent démons, qui constitue presque naturellement le point de convergence de l’ensemble. On pourrait imaginer une multitude de créatures sortant dans la nuit, chacune avec son propre caractère, son propre rythme, sa propre manière de se déplacer. Mais Tomita évite encore une fois le piège de la surcharge. Il ne cherche pas à faire entendre cent monstres en même temps. Il organise le chaos. Et cette capacité à organiser une matière aussi riche sans la rendre confuse est certainement l’un des aspects les plus remarquables de son écriture. Le morceau peut donner une impression d’agitation, de mouvement et de rassemblement tout en conservant une véritable architecture. On entend la parade, mais on entend surtout des musiciens qui savent où ils vont.

C’est aussi ce qui distingue cet album d’un simple projet conceptuel. Il aurait été facile de produire neuf morceaux ayant chacun une histoire et de les réunir sous un même titre. Tomita fait davantage. Il construit une véritable continuité musicale. Les différents morceaux appartiennent au même univers sans être interchangeables. Les caractères changent, les atmosphères se déplacent, les textures évoluent, mais l’écriture conserve une cohérence. On retrouve partout cette volonté de suggérer plutôt que d’expliquer, cette manière de laisser le swing et l’improvisation entrer en dialogue avec des images venues d’un autre univers culturel. Et c’est là que le parcours universitaire de Tomita prend tout son sens. La recherche n’est pas une couche supplémentaire posée sur la musique. Elle semble être intégrée à la manière même dont il compose. Il connaît l’histoire du jazz, il en connaît les mécanismes, il en connaît les langages, mais il sait également que la musique ne vit pas dans un musée. Elle continue de se transformer dès qu’un musicien décide de lui apporter autre chose.

J’aime cette idée du musicien qui cherche. Elle me paraît particulièrement importante à une époque où tout semble immédiatement disponible, expliqué, résumé, classé. La musique de Fumi Tomita prend presque le chemin inverse. Elle nous rappelle que l’on peut encore découvrir quelque chose en écoutant un disque. Pas nécessairement parce que la musique serait volontairement obscure, mais parce qu’elle peut nous donner envie d’aller chercher plus loin. C’est ce qui m’est arrivé avec cet album. Je pensais écouter un projet autour du folklore japonais et je me suis retrouvé à réfléchir à la manière dont les sociétés donnent une forme à l’invisible, puis à la relation entre mythologie et connaissance, puis à cette étrange proximité entre certaines intuitions anciennes et notre propre fascination moderne pour les choses que nous ne pouvons pas voir. Cela peut paraître beaucoup pour un album de jazz, mais c’est justement ce que j’attends parfois d’un disque : qu’il dépasse légèrement le cadre dans lequel je pensais l’avoir placé.

Il faut également souligner que les références japonaises restent constamment au service de la musique. Elles ne l’écrasent jamais. C’est probablement ce qui rend l’album accessible même à quelqu’un qui ne connaît absolument rien au sujet. On peut simplement écouter la flûte, la guitare, la contrebasse et la batterie, suivre les lignes mélodiques, les changements de rythme, les espaces laissés entre les instruments. Puis, si l’on veut aller plus loin, on découvre tout un monde derrière les titres. Et cette deuxième écoute, enrichie par ce que l’on vient d’apprendre, n’est plus la même. C’est un peu comme regarder une peinture après avoir lu ce que le peintre voulait représenter : on ne voit pas forcément davantage, mais on regarde autrement.

Au fond, Yokai! Songs of the Japanese Supernatural est peut-être moins un disque sur les monstres japonais qu’un disque sur la curiosité. Les yokai en sont le sujet apparent, mais la véritable démarche de Fumi Tomita consiste à prendre un univers qui lui appartient culturellement par son héritage japonais, à le confronter à une musique qui s’est développée dans un autre contexte, puis à laisser ces deux mondes se rencontrer sans chercher à les faire disparaître l’un dans l’autre. Le jazz reste du jazz. Le folklore japonais reste du folklore japonais. Mais entre les deux apparaît quelque chose de nouveau. Et c’est précisément là que la création devient intéressante.

On peut donc écouter cet album sans connaître son propos et simplement profiter d’une musique élégante, aérienne, parfois mystérieuse, parfois lyrique, souvent traversée par un swing qui rappelle que derrière les fantômes et les créatures surnaturelles il y a toujours quatre musiciens bien réels dans une pièce, avec leurs instruments, leurs respirations et leurs interactions. Mais à un moment ou à un autre, l’auditeur curieux aura probablement besoin de savoir. Qui sont ces créatures ? Pourquoi cette histoire ? Pourquoi cette image ? Pourquoi cette musique ? Et c’est une excellente chose. La connaissance vient alors prolonger l’écoute au lieu de la remplacer. Fumi Tomita ne nous donne pas une leçon sur les yokai. Il nous donne envie de nous renseigner sur eux. Et ce n’est pas tout à fait la même chose.

C’est finalement ce que je retiendrai de ce disque. La musique peut s’inspirer de tout. D’une estampe, d’un conte, d’un écrivain, d’un souvenir, d’un phénomène naturel, d’un personnage imaginaire, d’une histoire vieille de plusieurs siècles, ou même d’une question scientifique qui n’a, en apparence, absolument rien à voir avec le jazz. Elle n’est limitée que par ce que le compositeur est capable d’imaginer et, peut-être surtout, par ce qu’il est capable de regarder. Fumi Tomita regarde ailleurs. Il cherche dans le folklore japonais, dans l’histoire du jazz, dans la littérature, dans la recherche et dans l’imaginaire, puis il revient avec de la musique. Et cette musique ne nous demande jamais de croire aux monstres. Elle nous demande simplement d’accepter, pendant quelques minutes, que le monde puisse être un peu plus étrange que ce que nous croyons voir. C’est déjà beaucoup. Et, parfois, c’est exactement ce qu’un bon disque doit faire : ne pas nous donner toutes les réponses, mais nous laisser avec suffisamment de questions pour avoir envie de remettre l’album sur la platine.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, September 24th, 2026

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To buy this album

Website

Musicians:
Carl Clements – saxes & flute
Jason Ennis – guitars
Fumi Tomita – bass
Gary Fieldman – drums

Track Listing:

1  Daija (Monster Snake)  6:51
2  Kitsune (The Fox)  4:39
3  Betobeto san  4:27
4  Wakana-Hime (Princess Wakana)  7:37
5  Kiyomori  4:32
6  Amabiko (Sea Lad)  4:54
7  Genjũ Zukushi Emaki (Beasts Galore)  5:32
8  Okiku  5:14
9  Hyakki Yagyo (Night Parade of 100 Demons)  5:24

All composed by Fumi Tomita, Groovy Tomato Music (ASCAP)

Produced by Fumi Tomita
Recorded by Mark Alan Miller at Northfire Studios, Amherst, MA on August 15-16, 2025
Mixed & mastered by Warren Amerman at Rotary Records, West Springfield, MA
Artist photo by Julian Parker Burns
Cover design & layout by John Bishop