Freddie King – Feelin’ Alright: The Complete 1975 Nancy Pulsations Concert (FR review)

Resonnance Records – Street date : April 18, 2026
Blues
Freddie King - Feelin' Alright: The Complete 1975 Nancy Pulsations Concert

Résumé: La performance live de 1975 de Freddie King est restaurée dans son intégralité par Resonance Records, capturant la légende du blues à son apogée, dans toute sa puissance et son authenticité.

Freddie King Live 1975 – Resonance Records restaure une légende du blues

Les lumières baissent, un murmure parcourt la foule, puis, sans préambule, Freddie King s’avance et laisse suspendre une seule phrase dans l’air. C’est l’ouverture de Have You Ever Loved a Woman, et en quelques secondes, la salle lui appartient. Ce nouvel enregistrement live restauré, publié le 18 avril par Resonance Records, ne prend pas le temps d’introduire l’auditeur en douceur; il le plonge directement dans l’intensité. En guise d’entrée en matière, le geste est presque défiant: une lente montée en tension de 17 minutes qui affirme à la fois la maîtrise et l’enjeu émotionnel.

Ce double album, issu des archives de l’Institut national de l’audiovisuel et présenté ici pour la première fois dans son intégralité, se présente à la fois comme une restitution historique et une expérience d’écoute immédiate, viscérale. Transféré à partir des bandes stéréo originales et masterisé par Matthew Lutthans au The Mastering Lab, le son est d’une présence saisissante. La guitare de King ne se contente pas de percer le mix: elle respire, gronde, témoigne.

Le concert se déploie avec un véritable sens du récit. Whole Lot of Lovin’ enchaîne avec assurance, son groove relâchant la tension sans jamais perdre en concentration. Sur la face B, un medley de Hey Baby/ Mojo Boogie révèle la souplesse du groupe, changeant de rythme avec une aisance presque conversationnelle, avant que The Things I Used to Do n’ancre la performance dans la tradition du blues. À la face C, King se tourne vers des morceaux plus fédérateurs, Messin’ With the Kid, That’s All Right, et un brûlant Goin’ Down, chacun interprété avec un équilibre entre précision et abandon. Stormy Monday Blues ralentit le tempo tout en approfondissant la charge émotionnelle, chaque phrase résonnant comme une confession.

Ce qui ressort le plus nettement n’est pas seulement la virtuosité de Freddie King, mais sa maîtrise du tempo et de la progression. Le medley de la face D (Sen-Sa-Shun/ Lookin’ Good) bascule vers une exubérance instrumentale, tandis que Boogie Chillen et Sweet Little Angel renouent avec les racines profondes du blues. À mesure que le concert atteint Got My Mojo Working et Sweet Home Chicago sur la face E, la performance devient collective, moins un concert qu’un rituel partagé. Même tard dans le programme, avec The Danger Zone, Feeling Alright et le final You’re the One/ Finale, aucune fatigue ne se fait sentir, seulement une accumulation d’énergie.

Pour saisir toute la résonance de ce moment, il faut dépasser la scène et considérer le contexte de la France du milieu des années 1970. Lors du Nancy Jazz Pulsations, le public découvrait des artistes comme King dans un paysage culturel marqué par la rareté. Sur France Inter, le jazz et le blues étaient relégués aux marges nocturnes. Pas de radios locales libres, pas de découverte algorithmique, seulement quelques émissions nationales et la détermination d’auditeurs cherchant disques importés ou magazines spécialisés. Cette rareté aiguisait l’écoute; elle rendait ces moments presque clandestins.

Freddie King lui-même s’était formé dans un environnement tout aussi déterminant. Après avoir déménagé à Chicago adolescent, dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale, il absorbe le blues à la source, fréquentant les clubs et observant les maîtres. Les critiques citent souvent Lightnin’ Hopkins, T-Bone Walker et B. B. King comme influences majeures. Pourtant, cet enregistrement montre clairement que ces influences furent des catalyseurs plutôt que des modèles. Au moment de ce concert, le style de King est pleinement affirmé: direct, brut, immédiatement reconnaissable.

Les musiciens qui l’accompagnent jouent un rôle essentiel dans cette identité sonore. L’organiste Alvin Hemphill et le pianiste Lewis Stephens tissent une trame harmonique subtilement teintée de jazz, tandis que les guitaristes Ed Lively et Freddie King lui-même échangent les textures plutôt que de rivaliser. La basse de Benny Turner et la batterie de Calep Emphrey ancrent l’ensemble avec une autorité discrète. Ensemble, ils créent un cadre suffisamment souple pour suivre les intuitions de Freddie King en temps réel.

Ce qui élève cette parution au-delà de la simple curiosité d’archives, c’est la qualité de la restauration. Resonance Records s’est forgé une réputation dans le traitement de ce type de matériel, et le résultat est ici évident. Les pistes nettoyées conservent la rugosité de la performance tout en révélant des détails souvent perdus: le claquement d’une caisse claire, la résonance d’une note tenue, les échanges subtils entre instruments.

Enfin, quelque chose de plus vaste se joue dans cet enregistrement. L’écrivain Paul Auster décrivait le blues comme une force errante et mélancolique, une atmosphère autant qu’un genre. Une description qui convient aussi bien à New York City, décor fréquent de ses romans, qu’à Chicago ou au paysage américain qui a façonné cette musique. Le blues, en ce sens, relève moins d’une structure que d’un ressenti: un langage de l’endurance, du manque et de la libération.

Ce soir-là à Nancy, le public l’avait compris instinctivement. On l’entend dans ses réactions, dans ces applaudissements qui montent, retombent, puis repartent. Ce n’était pas une écoute passive, mais une participation. Et près d’un demi-siècle plus tard, grâce à cet enregistrement, cet échange reste d’une immédiateté saisissante.

PS: L’année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la mort de Freddie King. Ce triple album et double CD est un magnifique hommage à cet artiste majeur de l’histoire du Blues. Seuls les quatre titres du premier LP et du premier CD sont inédits. Le reste avait été publié en deux albums vinyle en 1989 sur le label France’s CONCERT ESOLDUN-INA (références FC 126 ET FC 129). Mais vous pouvez les oublier tant la qualité sonore de cette édition est remarquable. En outre les disques français annonçaient Mark Pollack comme guitariste. Sur l’inédit “Have You Ever Loved A Woman” Freddie King présente ses musiciens par leurs prénoms. Il annonce «Ed on guitar». Cette publication corrige une erreur entretenue depuis près de quarante ans. Ed Lively accompagnait bien à la guitare Freddie King cette soirée de 1975 à Nancy où il était bon d’être.   

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

and

Gilbert Guyonnet
Just a Little Blues
Clapas Radio 93.5FM/ ABS Magazine
Montpellier (France)

PARIS-MOVE, March 23rd 2026

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To Buy the CD (April 18, 2026)

Musicians :
Freddie King – Guitar, Vocals
Alvin Hemphill – Organ
Ed Lively – Guitar
Lewis Stephens – Piano
Benny Turner – Bass
Calep Emphrey – Drums

Track Listing:

Side A

  1. Have You Ever Loved A Woman
  2. Whole Lot Of Lovin’

Side B

  1. Medley: Hey Baby/ Mojo Boogie
  2. The Things I Used To Do

Side C

  1. Messin’ With The Kid
  2. That’s All Right
  3. Goin’ Down
  4. Stormy Monday Blues

Side D

  1. Medley: Sen-Sa-Shun/ Lookin’ Good
  2. Boogie Chillen
  3. Sweet Little Angel

Side E

  1. Got My Mojo Working
  2. Sweet Home Chicago
  3. Wee Baby Blues

Side F

  1. The Danger Zone
  2. Feeling Alright
  3. You’re The One/ Finale