| Folk, Gospel, Pop |
Foy Vance présente quelques similitudes avec Paul Hansen, le héros du roman de Jean-Paul Dubois “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon” (Prix Goncourt 2019), à savoir qu’ils s’avèrent tous deux les rejetons (et éternels orphelins) d’un père pasteur itinérant. Mais tandis que le personnage de fiction était d’ascendance franco-danoise, Foy est aussi Irlandais que l’on peut l’être en Ulster, et poursuit depuis deux décennies une carrière musicale qui le mène de festivals en plateaux télévisés, tout en ayant enregistré sept albums et neuf EPs à ce jour. Quand son père disparut prématurément en 1999, Foy fit le serment de consacrer un plein album à chacune des sept années qu’Aristote tenait pour fondamentales dans l’éducation d’un enfant, et “The Wake” constitue donc l’aboutissement de ce cycle. Produit par Ethan Johns (Paul McCartney, Ray Lamontagne, Ryan Adams), cet opus s’entame par le bruitiste “A.I.”, où l’on jurerait entendre éructer Chris Robinson des Black Crowes, sur un gospel funk cathartique produit par de la tôle froissée. Avec le renfort de Jeremy Stacey (batteur des High Flying Birds de Noel Gallagher) et du pianiste jazz Neil Cowley, Vance livre une douzaine d’autres compositions de son cru, oscillant entre celtic folk incantatoire (“I’m Not Celebrating”, “Hi, I’m The Preacher’s Son” – que n’auraient sans doute renié ni Kevin Coyne, ni Van Morrison), ballades hantées (“I Think I Preferred The Question”) ou aériennes (“We Almost Made It”, “Ever Feel Like Everybody’s Just Coming At You?”), comptines entre Bill Withers et Cat Stevens (“Call Me Anytime”, “Fiberoptic Love”), second line beat louisianais façon Jon Cleary (“I Ain’t Sold On Time”), lazy funk néo-orléanais à la Dr. John (“Money”, “When I See You At The Right Time”) ainsi que jazz crooner envapé et échappé de “Sandinista” (“Sleazy Bastards”), pour se conclure en épiphanie avec le lumineux gospel choral “Bathed In Light”. En résumé, voici l’œuvre d’un artiste probablement aussi torturé que purent l’être Neil Young et Pete Townshend lors de leurs mid-life crisis respectives, mais dont la sincérité ne verse pour autant jamais dans le pathos narcissique. À preuve, c’est lui qui en a réalisé le cover art (et en matière d’art brut, on fait rarement moins cru).
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, March 26th 2026
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