Eyal Vilner Big Band – Big Apple Stomp (FR review)

Self released – Street Date : March 9, 2026
Jazz
Eyal Vilner Big Band - Big Apple Stomp

Si vos goûts penchent vers les sonorités vénérables des premiers big bands, pensez à Tommy Dorsey à son apogée, alors le Eyal Vilner Big Band vous paraîtra sans doute parfaitement à sa place. L’ensemble joue avec une autorité indéniable: les anches se déploient en un velours serré, les cuivres éclatent avec une précision chaleureuse, et la section rythmique maintient une élasticité souple, taillée pour la piste de danse. Ce qu’il ne faut pas attendre, en revanche, c’est une quelconque réinvention. Le revivalisme est ici moins un point de départ qu’une destination assumée.

Le matériau thématique puise directement dans des idiomes abondamment explorés par les big bands des années 1920 à 1940, riffs structurants, shout choruses jubilatoires, ballades prêtes à accueillir un crooner, swing enlevé pensé pour les salles de bal bondées. L’élément le plus frappant n’est pas tant cette fidélité stylistique que le fait que les compositions originales de Vilner s’inscrivent avec une telle rigueur dans le modèle établi, sans la moindre tentative d’inflexion harmonique contemporaine ou d’élargissement formel. À une époque où de nombreux grands ensembles brouillent les frontières des genres et expérimentent de nouvelles textures, ce projet demeure résolument hors du temps.

Vilner a d’ailleurs clairement formulé son positionnement. Son travail s’enracine dans une période où le big band n’était pas seulement central artistiquement, mais aussi profondément populaire, une musique indissociable de la danse. «Je considère le Lindy Hop et les danses jazz vernaculaires comme une composante essentielle des racines du jazz. Lorsque j’ai commencé à explorer et à apprendre ces danses, j’ai eu l’impression que cela complétait le tableau et m’offrait une compréhension plus profonde de la musique, de sa tradition, de son histoire et de la communauté dont elle est issue. La musique jazz et la danse jazz sont indissociables; elles ont évolué ensemble, se sont influencées et inspirées mutuellement. M’immerger dans cette facette de la culture afro-américaine m’a permis de mieux comprendre la musique dont je suis tombé amoureux à l’adolescence.»

Cette philosophie irrigue les dix-huit titres de l’album. Une ouverture vive et structurée autour de riffs empilés culmine dans un éclat triomphal des cuivres; un morceau medium s’articule autour d’une clarinette soliste qui pourrait accompagner sans difficulté une chorégraphie de ballroom parfaitement huilée; les ballades privilégient des voicings luxuriants et des progressions harmoniques attendues, davantage soucieuses d’atmosphère que de surprise. Le savoir-faire est incontestable. Les musiciens sont remarquables, les arrangements équilibrés avec soin, la cohésion de l’ensemble exemplaire.

Reste toutefois la question artistique centrale: dans quel but? S’agit-il d’un geste de préservation, d’un hommage patrimonial exécuté avec amour et précision? Ou d’une contribution destinée à enrichir le répertoire du big band contemporain? La balance penche nettement vers la première hypothèse. Pour certains auditeurs, ce sera précisément l’intérêt du projet. À l’heure des hybridations incessantes, il y a une forme d’intégrité, voire de résistance  à s’ancrer pleinement dans la tradition sans chercher à la moderniser.

Néanmoins, l’absence même d’une inflexion contemporaine, fût-elle discrète, se remarque lorsqu’on compare ce travail à celui d’ensembles actuels qui revisitent le vocabulaire du swing en l’ouvrant à des harmonies élargies, à des dialogues intergenres ou à des recherches rythmiques. En regard, l’approche de Vilner évoque davantage la reconstitution que la réinterprétation.

L’album séduira sans doute les amateurs de soirées swing rétro et de thés dansants, un public pour qui la joie collective du mouvement compte autant que les subtilités de l’improvisation. Pour ceux qui conçoivent le jazz avant tout comme un art en perpétuelle mutation, l’ensemble pourra sembler plus proche d’une nostalgie jazz-pop que de l’élan expérimental qui a marqué les chapitres les plus novateurs de son histoire.

Au fond, le clivage est moins technique qu’esthétique. Nous sommes face à une musique minutieusement réalisée, interprétée avec énergie et portée par un profond respect de ses sources. Que cette fidélité soit perçue comme un geste de sauvegarde culturelle ou comme une forme de stagnation créative dépendra largement de ce que l’on attend aujourd’hui d’un enregistrement de big band: le confort de la tradition ou la tension du renouveau.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, March 2nd 2026

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Website

 

Musicians :
Eyal Vilner – alto sax, clarinet, flute, conducting, arrangements
Imani Rousselle – Vocals (4, 6, 11, 13)
John Lake – lead trumpet (1-15)
Brandon Lee – trumpet
Bryan Davis – lead trumpet (16)
Michael Sailors – trumpet (16)
James Zollar – trumpet (16)
Ron Wilkins – trombone & bass trombone
Robert Edwards – trombone (16)
Mariel Bildsten – trombone (16)
Bill Todd – alto sax (16)
Jordan Pettay – alto sax (16)
Julieta Eugenio – tenor sax (1-15)
Evan Arntzen – tenor sax (16)
Michael Hashim – tenor sax (16)
Josh Lee – baritone sax (1-15)
Eden Bareket – baritone sax (16)
Jon Thomas – piano (1-15)
Jordan Piper – piano (16)
lan Hutchison – bass
Eran Fink – drums

Track Listing :

  1. Chicken An’ Dumplings (Bryant) (3:17)

Soloists: Eyal Vilner, Ron Wilkins, Brandon Lee, Jon Thomas, Eran Fink

  1. Bumpy Tour Bus (Vilner) (1:49)

Solos: Julieta Eugenio, Brandon Lee, Jon Thomas

  1. Swingin’ Uptown (Vilner) (2:51)

Soloists: Brandon Lee, Brandon Lee, Eyal Vilner, Julieta Eugenio,

Eyal Vilner, Ron Wilkins, Josh Lee, Ron Wilkins, Eran Fink

  1. Tell Me Pretty Baby (Eckstein, Outcalt, Valentine) (4:42)

Soloists: Ron Wilkins, Eyal Vilner, Brandon Lee

  1. I Want Coffee (Vilner) (1:59)

Soloists: Julieta Eugenio, Jon Thomas

  1. Is You Is or Is You Ain’t (Jordan, Austin) (3:59)

Soloists: Julieta Eugenio

  1. Tea For Two (Youmans, Caesar) (2:40)

Soloists: Eyal Vilner, Brandon Lee, Ian Hutchison, Jon Thomas

  1. Lobby Call Blues (Vilner) (2:14)

Soloists: Jon Thomas, Eyal Vilner

  1. Blue Skies (Berlin) (2:21)

Soloists: Julieta Eugenio, Ron Wilkins, Eyal Vilner (cl)

  1. Don’t You Feel My Leg (Barker, Barker, Williams) (4:40)

Soloists: Brandon Lee, Jon Thomas, Josh Lee

  1. I Love The Rhythm in a Riff (Eckstine, Valentine) (1:51)

Soloists: Imani Rousselle

  1. I Don’t Want to be Kissed

(By Anyone Else But You) (Spina, Elliot) (3:07)

Soloists: Eyal Vilner, Ron Wilkins

  1. Swing Brother Swing (Bishop, Raymond, Williams) (2:26)

Soloists: Imani Rousselle, Eyal Vilner, Julieta Eugenio, Josh Lee

  1. Coffee Bean Stomp Jubilee (Vilner) (2:49)

Soloists: Jon Thomas, Eyal Vilner, Ron Wilkins, Julieta Eugenio,

Brandon Lee, Josh Lee, Eyal Vilner

  1. Hellzapoppin’ (Previn) (2:18)

Soloists: Jon Thomas, Eyal Vilner (cl)

  1. Afternoon at Smalls (Vilner) (5:03)

Soloists: Rob Edwards, Jordan Piper