| Americana, Funk |
Depuis que des formations comme Uncle Tupelo, Giant Sand, Wilco, Drive-By Truckers et Calexico se sont employées à en élargir les horizons, il semble que l’Americana soit peu à peu devenue un territoire ouvert (à l’opposé des perspectives dessinées par les MAGA et autres bas du front national). À preuve, cette nouvelle livraison du combo 100% instrumental de Rhode Island, Evening Sky. Outre le fait que ses membres soient effectivement au nombre de quatre, le titre de cet album se réfère également à un phénomène astronomique amenant périodiquement quatre des planètes les plus lumineuses de notre système solaire (Jupiter, Vénus, Mars et Saturne) à se dévoiler à l’œil nu dans le ciel nocturne, comme ce fut encore le cas en mars dernier. Bien que s’apparentant chacun aux univers du jazz et du groove, le guitariste (et compositeur) Gabriel Rosati, le bassiste Joe Potenza et le batteur et claviériste Eric Hastings en transcendent les frontières grâce à l’apport consistant du pedal-steelist Chris Brooks, dont le skanking “For Ernest” rend hommage avec aplomb et jovialité au fameux pionnier de la guitare jazzy jamaïcaine, Ernest Ranglin, avant que, sans transition, avec ses touches de Hammond B3, “Bad Choices” n’en fasse autant pour Booker T. & The MGs (de même que “Coffee Monster”et “Excellent Question”, si ce n’est que le regretté Steve Cropper n’y excellait pas autant au bottleneck), et qu’un peu plus loin, “Blue Leisure Suit” ne lorgne vers Billy Larkin et Ramsey Lewis. Avec ses fausses fins en cascade, l’aérien “Mysterious Wisteria” rappelle pour sa part les carrières solo des légendaires Dennis Coffey, Roy Buchanan, Lonnie Mack, Danny Gatton et Harvey Mandel (dont les moins de cinquante ans ont de nos jours peu de chances d’avoir jamais entendu parler), et “Ballz Out” pousse même le bouchon jusqu’à évoquer le “Blow By Blow” du non moins regretté Jeff Beck. Dédié à un célèbre parc pour canidés de Rhode Island, l’enjoué “Wanskuckin'” puise son inspiration dans les racines louisianaises du Vieux Sud (à la manière de Robert Parker, Walter Wolfman Washington et Little Feat), à l’instar du “Sunday Afternoon” conclusif (nouvelle version d’une composition parue à l’origine sur leur EP de 2022, “The Long Weekend”). À l’arrivée, voici donc un excellent album de groove-funk instrumental, où la pedal-steel fait davantage office d’exhausteur de goût que de viatique – ce qui n’en diminue en rien les mérites. Section rythmique aux petits oignons et solistes top-notch, que demander de plus, sinon l’inspiration, peut-être? Elle est aussi au rendez-vous.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, August 7th, 2026
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