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Résumé: L’album The Phoenix d’Euge Groove est une réflexion profondément personnelle sur la guérison et le renouveau à la suite d’une opération du cœur. Mêlant smooth jazz et retenue émotionnelle, ainsi qu’un jeu de saxophone très expressif, le disque capture une période de reconstruction à la fois physique et créative. Des titres comme Heart of Gold et Those Night Alone mettent en avant un son patient et sensible, façonné par l’expérience vécue, tandis que les collaborations de longue date de Groove et sa sonorité distinctive réaffirment sa place dans la musique instrumentale contemporaine.
Euge Groove, The Phoenix: une histoire de reconstruction, de renaissance et de jazz smooth habité
J’ai découvert Shanachie alors que je vivais encore en France, à une époque où la réception de CD physiques avait quelque chose d’une véritable aventure. Un envoi en particulier m’a marqué. À l’intérieur se trouvait l’album On de Euge Groove. Sur la pochette, le musicien fait face à une lumière douce, une image qui, avant même la première note, semblait déjà chargée de sens.
Ce qui m’a frappé immédiatement ne tenait pas seulement à la production, mais à la netteté de son jeu. Son son apparaissait distinct, sans effort, reconnaissable en quelques secondes à peine. Avec le temps, cette première impression s’est installée durablement. Euge Groove est devenu l’un de ces rares artistes instrumentaux dont l’identité semble indissociable du timbre, du phrasé et d’une forme de retenue plutôt que de démonstration.
Ce sentiment de reconnaissance est revenu des années plus tard avec The Phoenix, un album qui s’organise autour des thèmes de la reconstruction, de la réflexion et du renouveau. Une œuvre façonnée par l’expérience intime, notamment une période difficile qui a suivi une opération à cœur ouvert et une longue phase de rééducation.
Le musicien a évoqué cette étape avec une rare franchise. À propos du morceau At Peace, il explique qu’il compose et enregistre habituellement ses titres dans l’ordre du futur album. Cette fois, pourtant, la pièce résistait à toute intégration. Elle est restée en suspens jusqu’aux toutes dernières étapes du travail.
Il raconte être arrivé au studio, s’être assis sur un canapé pendant que le morceau tournait, et s’être préparé dans une forme de rituel autant que de routine. Le choix de l’anche, souligne-t-il, peut devenir un moment étonnamment tendu, parfois long, fait d’essais et d’ajustements. Finalement, il se décide, commence à jouer, puis choisit rapidement de se placer devant le microphone.
Ce qui suit est une prise unique. Rien n’avait été écrit à l’avance dans le détail du phrasé. Avec le recul, il décrit une performance qui semble avoir émergé sans intention consciente, comme si quelque chose d’extérieur à la volonté guidait l’instant.
Cette idée de lâcher prise traverse tout The Phoenix. L’album apparaît comme une réflexion sur la survie et la guérison, mais aussi sur la reconstruction silencieuse de soi après une rupture physique et psychique. Le ton n’est pas triomphal, mais ouvert, ancré dans une forme de sobriété.
Le titre lui-même en donne la direction. Comme la créature mythologique, l’album se construit autour de l’idée d’un retour après l’effondrement. Euge Groove a raconté combien sa vie a été bouleversée après son opération en janvier 2025, une période qui a nécessité un long temps de récupération et d’adaptation. Il évoque aussi la présence de son chien durant cette phase, compagnon stabilisant dont la sensibilité semblait presque intuitive.
Le morceau d’ouverture, Heart of Gold, installe d’emblée cette atmosphère contenue et chaleureuse. Il avance lentement, non comme une déclaration d’urgence, mais comme une réappropriation progressive du souffle et du mouvement. Le son du saxophone y est mesuré, clair, laissant respirer les silences entre les phrases.
Au fil de sa carrière, Euge Groove a collaboré avec des figures majeures de la musique populaire, parmi lesquelles Joe Cocker, Elton John ou Tina Turner. Ces expériences l’inscrivent dans une tradition de musiciens de studio où la précision et la capacité d’adaptation sont essentielles.
À mesure que The Phoenix progresse, l’album apparaît moins comme une succession de morceaux que comme un paysage émotionnel continu. Le rythme est volontairement posé, et la structure résiste à une segmentation trop nette. Cela devient particulièrement perceptible dans Those Night Alone, où la musique semble raconter une histoire sans paroles. La ligne de saxophone avance avec patience, hésite parfois, revient sur ses pas, tandis que la section rythmique maintient une pulsation régulière.
Il se dégage de cette approche une intensité discrète. Elle ne repose pas sur la virtuosité démonstrative, mais sur une attention prolongée aux textures et aux états d’âme. Le résultat est un disque intime sans être refermé sur lui-même, expressif sans excès.
Le récit personnel de la convalescence apporte une dimension supplémentaire à l’écoute. Le musicien évoque des moments de vulnérabilité, des périodes de désorientation et de limitation physique après l’opération. Il décrit une vie quotidienne ralentie, encadrée par les contraintes strictes de la récupération. Avec le temps, il relit cette expérience comme une transformation, qui a modifié à la fois son rapport à la santé et à la musique.
En ce sens, The Phoenix n’est pas seulement un album autobiographique. Il interroge plus largement la continuité, la fragilité et la persistance d’une voix artistique après la rupture. Plutôt que de présenter la guérison comme une conclusion, il la pense comme un processus en cours.
L’album s’appuie également sur un ensemble solide de collaborateurs issus de la scène smooth jazz contemporaine, parmi lesquels Tracy Carter, Corney Mims, Steve Cole, Peter White, Steve Oliver, Tim Bowman, Daryl Beebe et Will Donato. Leurs contributions enrichissent l’ensemble sans jamais en détourner le centre de gravité, maintenant une cohérence d’ensemble.
Pris dans sa globalité, The Phoenix ressemble davantage à un point de bascule qu’à une fin de parcours. Il dessine le portrait d’un artiste qui avance avec une conscience accrue de ses limites, sans s’y réduire. Pour ceux qui connaissent déjà son travail, l’album prolonge une continuité sonore tout en introduisant une profondeur introspective plus marquée.
Ce n’est pas un disque qui cherche à s’imposer. Il se déploie lentement, demandant du temps et de l’attention. En cela, il reflète les conditions mêmes de sa naissance, où la reconstruction ne se manifeste pas dans l’éclat, mais dans la lenteur des retours successifs à la forme.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, July 4th, 2026
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Musicians :
Tracy Carter: Keyboards, programming, and arrangements.
Corney Mims: Bass and guitar.
Steve Cole: Saxophone (appearing on “Maybe, Maybe Not” and “Lucky”).
Peter White: Guitar (featured on “Dancing in the Sand”).
Steve Oliver: Guitar (featured on “Dancing in the Sand”).
Tim Bowman & Daryl Beebe: Guitar (appearing on “I-75”).
Will Donato: Saxophone (featured on “Forever Lasting”)
Track Listing:
Heart of Gold
The Phoenix
Wrapped Around Your Finger
Those Nights Alone
Odysseus
Better Days
For the Love of the Game
At Peace
Lil’ Man
Devil-may-care
