Elvin BISHOP & Charlie MUSSELWHITE – 100 Years Of Blues

Alligator / Socadisc
Chicago Blues
Elvin BISHOP & Charlie MUSSELWHITE - 100 Years Of Blues

Aux âges pré-canoniques de 76 et 77 ans, “Memphis” Charlie Musselwhite et Elvin “Pigboy” Bishop cumulent effectivement à eux deux plus d’un siècle de carrière. Natif de Glendale en Californie et élevé en Oklahoma, mais néanmoins pilier fondateur (auprès de Mike Bloomfield, Mark Naftalin, Jerome Arnold, Sam Lay, ainsi que du Paul éponyme) du légendaire Butterfield Blues Band de Chicago, Elvin Bishop affiche désormais un look proche de celui du regretté Harpo Marx (dont il partage une bonne part de la good time philosophy, en dépit des drames personnels qui jalonnèrent leurs existences respectives). Il peut s’enorgueillir d’un parcours qui le vit côtoyer des légendes telles que Little Smokey Smothers, Al Kooper, John Lee Hooker, Clifton Chenier, Bo Diddley et B.B. King (ainsi que le Grateful Dead et l’Allman Brothers Band), tout en remportant maints succès et consécrations en tant que leader de sa propre formation. Sa discographie ne comprend ainsi pas moins de 25 albums. Quant à Charlie Musselwhite (natif de Kosciusko dans le Mississippi, mais ayant grandi à Memphis), il migra tout jeune vers le South Side de Chicago, où il trouva refuge auprès de Big Joe Williams pour se frayer une niche bienveillante parmi les légendes des clubs locaux telles que Muddy Waters, Big Walter Horton, Howlin’ Wolf, Rice Miller, Little Walter et Junior Wells. Avec plus de trente albums à son actif depuis 1967 (sans compter ses collaborations notoires avec John Lee Hooker, les Dynatones, James Cotton, Billy Branch, Sugar Ray Norcia et Ben Harper), Charlie Musselwhite s’est hissé en un demi-siècle au rang des figures tutélaires du blues contemporain. Bien que s’étant régulièrement côtoyés au fil de leurs trajectoires parallèles, ces deux-là n’avaient encore jamais enregistré ensemble (par delà le featuring de Charlie sur l’album “Big Fun Trio” d’Elvin en 2017). Désormais collègues de label, il leur était aisé d’envisager une collaboration témoignant enfin de leur complicité de longue date. Rejoints pour l’occasion par le guitariste et pianiste Bob Welsh, ainsi que l’omniprésent Kid Andersen (qui co-produisit ces sessions dans ses fameux studios Greaseland de San Jose, tout en assurant les parties de contrebasse sur un tiers des titres), le climat détendu que reflètent ces sessions permet à chacun des protagonistes d’exprimer la quintessence de ses décennies d’expérience, sans autre prétention que le plaisir de l’échange qui présidait aux après-midis et vendredis soirs tardifs, dans des clubs aussi mythiques et poisseux que Theresa’s, Silvio’s et le Checkerboard Lounge. Ainsi du “West Helena Blues” de Roosevelt Sykes et de ses propres “Blues For Yesterday” et “Good Times”, que chante Musselwhite sur la trame pianistique de Welsh, tout en restituant la substantifique sève de son style au ruine-babines (au confluent de ceux de Will Shade, Hammie Nixon et Papa George Lightfoot). Sur ce dernier titre, Bishop transpose les licks de slide caractéristiques qui fondèrent la réputation de Muddy Waters, et l’on ne peut que mesurer à quel point ces ultimes héritiers de l’âge d’or du Chicago Blues en sont devenus certains des continuateurs les plus légitimes. Constituée aux trois quarts d’originaux, et complétée pour le reste de standards représentatifs (“Midnight Hour Blues” de Leroy Carr, “Help Me” de Rice Miller et Willie Dixon), voici donc la jubilatoire collaboration de vieux briscards, toujours si verts qu’une nouvelle génération se rue encore pour s’abreuver à leur source. Les amateurs de Charlie Musselwhite le retrouveront ici dans une forme éblouissante, et ceux d’Elvin Bishop se réjouiront pour leur part de l’entendre à nouveau si proche de ses racines.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, September 6th 2020