| Pop, Rock |
Nous les avions quittés en 1980, sur la foi de leurs deux premiers albums publiés à l’époque chez Mercury (chroniqués ICI), pour les retrouver quatre ans plus tard avec leurs premières livraisons sous la bannière de Morocco Records (a Motown subsiduary). Entre-temps, leurs troisième et quatrième albums (“Band In Blue” en 80, et l’incongrument intitulé “Duke Jupiter 1”) étaient respectivement sortis chez Mercury, puis Coast To Coast Records (filiale de CBS), mais la formation avait été secouée par des événements plus dramatiques que ces simples pérégrinations contractuelles. Deux de ses membres fondateurs (le batteur Earl Jetty et le bassiste et songwriter George Barajas) avaient en effet récemment péri (chacun de complications cérébrales), et ce sont donc les deux survivants (le claviériste Marshall Styler et le guitariste Greg Walker – sans relation avec le bassiste homonyme de Blackfoot) qui reprirent le flambeau, flanqués du batteur David Corcoran et du bassiste Rickey Ellis. Outre l’évolution vestimentaire qu’impliquait le virage des eighties (exit les pattes d’eph’ ainsi que les barbiches), le son du groupe avait connu une mutation majeure, les claviers et percussions synthétiques y assurant dès lors un rôle prépondérant. Dès le “She’s So Hot” d’ouverture, leur “White Knuckle Ride” les situait ainsi à équidistance des Cars de Ric Ocasek et du Queen de Freddy Mercury période “Flash Gordon”. Fini les twin-guitars de leurs origines, et bonjour donc les riffs épais, les claviers en cascade et les refrains à faire vibrer les arènes (le hit-single “Rescue Me” et ce “Don’t Turn Your Back” au beat robotique). On frise parfois l’exubérant sirop heavy R&B dont Hall & Oates, Huey Lewis et Robert Palmer inondaient les radios mainstream d’alors (“Top Of The Bay”, “Woman Like You”, “Work It Out” et le machiste “Little Lady”), voire le hard-FM façon Europe (le pénible “Me And Michelle” et les grotesques “Backfire” et “(I’ve Got A) Little Black Book” sur lesquels Walker se pique de défier Eddie Van Halen en personne). Qu’allait donc faire Greg Kolotkin dans cette galère? Bien qu’encore à l’œuvre pour les basic tracks de “The Line Of Your Fire” en 1985, celui-ci en céda prudemment les production duties à un certain Steven Scharf. Car comme l’énonçait prophétiquement Frank Zappa, “the torture never stops“, puisque ses “Dancing On The Ice” et “We Might Fall In Love” d’ouverture outrepassent sans vergogne les confins de la ringardise: synthés gluants, batterie bourrine et guitares FM en sautoir, c’est à faire passer les atroces Power Station contemporains pour l’épitomé du bon goût et de la distinction! La compromission ne connaît dès lors plus guère de bornes, et des lourdingues “Never Say Goodbye”, “Sounds Like Love” et “Only You” (à déclencher un démenti cinglant de la part des Platters) aux affligeants “I Want To Love You”, “You’re My Hero”, “Since You’ve Been Gone” et “Turnin’ Me On”, on croirait entendre défiler la BO de l’un de ces blockbusters à se réfugier sous terre tels que “Top Gun”, “Footloose”, “Rocky” ou “Terminator”, toute testostérone bodybuildée et laborieusement désodorisée dehors. Boursouflé de sa grandiloquente vacuité, Duke Jupiter n’a sans doute jamais tant mérité son nom embarrassant que lors de ces deux soufflés éventés, et nous défions quiconque pourvu d’un minimum d’instinct de conservation de poursuivre leur écoute affligeante jusqu’à son terme (à moins de disposer d’une réserve conséquente d’humour au quinzième degré). En suivant la trajectoire de cet obscur combo (dont une version reliftée persiste à se produire encore sporadiquement de nos jours), on mesure les contorsions auxquelles ils durent se livrer pour survivre dans le marigot de l’industrie dite musicale à l’heure de MTV. Une sorte de “Spinal Tap” auditif, en somme. Toujours est-il qu’en se fadant cette time-capsule ourdie dans les cauchemardesques années 80, on croit atteindre les limites de l’archivisme compulsif. Heureusement, de ce marasme déconcertant émerge aussi un excellent bonus live (chroniqué ICI et noté “Coup de coeur” par notre rédaction).
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, March 1st 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::::
A commander sur le site de Bad Reputation, ICI
Tracklisting complet des 2 CDs:
CD1
She’s So Hot
Rescue Me
Don’t turn Your Back
Top Of The Bay
Backfire
Littler Lady
A Woman Like You
Work It Out
Me And Michelle
(I’ve Got A ) Little Black Book
CD2
Dancing On The ice
We Might Fall In Love
Only You
I Want To Love You
You’re My Hero
The Line Of Your Fire
Since You’ve Been Gone
Turnin’ Me On
Never Say Goodbye
Sounds Like Love