Doug McDonald Trio – Live in Beverly Hills (FR review)

Dmac Music – Street date : Available
Jazz
Doug McDonald Trio – Live in Beverly Hills

À une époque où le jazz s’appuie de plus en plus sur la précision du studio et le poli numérique, l’album live demeure l’un des moyens les plus sincères d’évaluer l’art d’un musicien. Il ne révèle pas seulement la technique, mais aussi le tempérament: la capacité d’écoute, la réaction instantanée, la manière de construire une performance dans le temps réel. À ce titre, cet enregistrement constitue un plaidoyer discret mais convaincant en faveur de la tradition, rappelant que le swing, le son et le dialogue musical restent essentiels.

S’il fallait formuler une seule réserve, elle concernerait le choix du répertoire: l’album ne comporte que deux morceaux mettant pleinement en valeur le guitariste en tant que leader ou soliste principal. Le reste du programme l’inscrit dans des contextes d’ensemble plus larges, où sa présence est déterminante mais plus subtilement intégrée au collectif. Malgré cela, ce qui s’impose est l’image d’un musicien au swing redoutable et au sens du temps presque irréprochable: précis sans rigidité, fiable sans jamais devenir mécanique.

«Je n’ai tout simplement jamais perdu mon amour pour les notes chaleureuses, les grands standards et la recherche de la meilleure performance possible», confie le guitariste, natif de Philadelphie, dont la carrière a débuté à Hawaï. C’est là qu’il a travaillé avec des figures du jazz telles que Trummy Young et Gabe Balthazar, et qu’il a joué avec Del Courtney au Royal Hawaiian Hotel. Ces années formatrices ont ancré chez lui un profond respect pour la mélodie et le groove, qui continuent aujourd’hui de définir son jeu.

Installé ensuite à Las Vegas, Doug McDonald s’est plongé dans un environnement musical exigeant et foisonnant. Soir après soir, dans les lounges et les salles de spectacle, il a partagé la scène avec des artistes majeurs comme Joe Williams, Carl Fontana, Jack Montrose et Carson Smith. On perçoit presque cet apprentissage dans ce live: lors d’un morceau swing au tempo médium, McDonald s’avance pour un solo construit avec patience, chorus après chorus, répondant aux accents du batteur, tandis que la section rythmique se resserre et que l’on devine les murmures approbateurs du public.

Los Angeles marque une nouvelle étape. McDonald y joue dans les orchestres de Bill Holman, Ray Anthony et John Clayton, et collabore avec une impressionnante galerie de musiciens : Jake Hanna, Rosemary Clooney, Jack Sheldon, Bob Cooper, Ross Tompkins, Ray Brown, Buddy Rich ou encore Ray Charles. Parallèlement, il développe ses propres formations, en trio et en quartet, avant de diriger son ensemble de treize musiciens, The Jazz Coalition.

Cet album vient s’ajouter à une discographie déjà conséquente, mais son intérêt dépasse largement le cercle des collectionneurs. Pour les néophytes, il constitue une porte d’entrée claire et pédagogique, offrant de nombreux exemples de phrasé, de logique harmonique et de rigueur rythmique. Pour les auditeurs plus aguerris, il s’écoute comme un véritable catalogue des affinités musicales du guitariste: des compositions fortement ancrées dans le rythme, portées par le swing, et conçues pour accueillir des solos complexes et exigeants.

Le caractère live de l’enregistrement renforce encore la crédibilité artistique de McDonald. Privé des artifices du studio, son jeu s’expose sans filet: régulier, sûr, et constamment au service de la musique. L’album révèle un musicien capable de concilier expression personnelle et responsabilité collective, une qualité devenue rare.

Pour les jeunes générations de guitaristes de jazz, cet album pourrait bien faire figure de référence. Il offre une leçon concrète sur la manière de faire vivre la tradition sans la figer, et démontre que la virtuosité n’a de sens que lorsqu’elle sert le récit musical. Plus largement, Doug McDonald apparaît ici comme une figure discrète mais essentielle du jazz contemporain : un passeur entre les époques, un gardien du swing, et le rappel que les fondamentaux, le temps, le son et le goût, demeurent les valeurs les plus durables de cette musique.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, January 27th 2026

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To buy this album

Website

Musicians:
Doug MacDonald – Guitar
Lou Shoch – Bass/Vocals
Billy Paul – Drums

Track Listing:
Samba De Orfeo (Luis Bonfa) 5:05
Unimpressed (Doug MacDonald) 5:06
Mall Blues (Doug MacDonald) 4:23
The Night Has A Thousand Eyes (Jerry Brainin) 8:00
Early In The Morning (Louis Jordan) 4:01
Baubles, Bangles and Beads (Robert Wright) 6:23
Yesterdays (Jerome David Kern) 4:53

Mixed and Mastered by David J Williams
Produced by Ben Scholz
Artwork by Spencer Porter