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Le 5 mars 1977, Don Cherry (alors âgé de quarante ans) se produisit sur la scène du Pease Auditorium d’Ypsilanti, Michigan, dans une configuration inédite. À ses côtés en effet, outre le chanteur Leon Thomas (invité surprise non annoncé au programme), s’y trouvaient non seulement le sitariste, dulcimeriste et percussionniste Collin Walcott (préfigurant le trio Codona, augmenté de Nanà Vasconcelos, avec lequel il devait enregistrer trois albums entre 1979 et 1983), mais aussi l’ensemble Oregon (Ralph Towner, guitare, piano et percussion, Paul McCandless, clarinette basse, sax soprano, flûte, et Glen Moore, basse), qui publia une trentaine d’albums de à 1970 à 2017. Circulant sous le manteau depuis des années, ce concert est à présent disponible dans son intégralité sous la forme d’un CD et d’un double-LP gatefold remasterisé, illustré par la tapisserie “Mandala” de son épouse Moki Cherry, et accompagné de nouvelles notes de pochette signées Jason Weiss (sous licence du Don Cherry Estate et du producteur James Quinlan, ingénieur du son lors de ce concert). D’ascendance Choctaw par sa mère, Cherry, infatigable voyageur et explorateur, avait collecté l’héritage culturel et instrumental de maintes ethnies de par le monde, et la plage titulaire d’ouverture le présente ainsi à la flûte et au douss’ngouni (variante du ngoni ouest-africain), pour une longue incantation hypnotique qui n’est pas sans évoquer, à près d’un demi-sècle de distance, les transes cathartiques dont Ravi Shankar et les Allemands de Can se faisaient alors également les hérauts. Selon le même mode, Leon Thomas y improvise ses vocals on the spot, avant que Don n’embouche sa pocket trumpet pour ouvrir un “Doussn’gouni Part 1” qui, cumulé avec sa “Part 2”, frôle les 29 minutes où se succèdent moments contemplatifs, pérégrinations ouest-africaines (prolongées vers l’orient via “Eastern Flute Song”) et fulgurantes extases free. Témoignant de la foi bouddhiste Vajrayana de Don, “Holy River” conclut en majesté (après son introduction déclamatoire) cette conversation publique entre musiciens inspirés. Ayant en outre fait l’objet d’un remarquable travail de restauration et de mastérisation, cet addendum à la copieuse discographie de Don Cherry ravira sans aucun doute ses fans les plus acharnés: 78 minutes et quelque de grâce et de communion.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, October 14th, 2026
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