Django Festival AllStars – Evolution (FR review)

MOTÉMA – Street date : February 13, 2026
Jazz manouche
Django Festival AllStars – Evolution

Quand Django rencontre Miles: les Django Festival Allstars réinventent le jazz manouche pour le XXIe siècle.

En règle générale, je ne suis pas particulièrement impressionné par ce type d’album. Trop souvent, ils se contentent de recycler la nostalgie ou d’exhiber la virtuosité comme une fin en soi. Ici, en revanche, les Django Festival Allstars proposent quelque chose de bien plus ambitieux. La qualité exceptionnelle des musiciens, associée à des arrangements d’une rare intelligence, élève cet enregistrement au rang d’œuvre véritablement marquante, située quelque part entre le jazz manouche et le folk-jazz, et façonnée en une forme de fusion à la fois élégante et profondément cohérente.

Au fond, les Django Festival Allstars incarnent une réponse moderne à une question ancienne: à quoi ressemble le jazz manouche lorsqu’il refuse de se figer dans le passé? Fondé en 2002 et dirigé jusqu’en 2018 par la légende du jazz manouche Dorado Schmitt, l’ensemble s’inscrit comme une réponse du XXIᵉ siècle au Hot Jazz révolutionnaire créé par le guitariste sinti Django Reinhardt et le violoniste Stéphane Grappelli avec le Quintette du Hot Club de France, dont la musique enflamma Paris dans les années 1930 et 1940. Ce mouvement historique constituait la première véritable réponse européenne au jazz américain, un dialogue transatlantique qui se poursuit aujourd’hui, sous une forme plus élaborée, avec les Allstars.

Ludovic Beier, membre fondateur et porte-parole du groupe, résume cette démarche avec clarté : «Le Hot Gypsy Jazz de Reinhardt a été la première réponse de l’Europe au jazz américain. Nous respectons l’héritage immense de Django tout en laissant la musique évoluer, exactement comme Django l’aurait souhaité.»

Cette philosophie traverse l’album Evolution, dont le répertoire a été façonné et profondément intégré au fil de dizaines de concerts avant l’entrée en studio en 2024. Le résultat n’est pas simplement abouti: il est habité. Les Allstars jouent avec une conviction qui rappelle pourquoi le chanteur et batteur de jazz Grady Tate avait déclaré à leur sujet: «Ce sont de véritables maîtres de la scène, capables de réaliser l’impossible sur leurs instruments.»
À l’écoute de cet album, on pourrait même dire que cet éloge ne mesurait pas encore pleinement l’ampleur de leur ambition.

Ce qui distingue fondamentalement ce projet n’est pas seulement son éclat technique, mais son refus catégorique de rester enfermé dans un cadre stylistique étroit. Le groupe réinvente à la fois la forme et le fond, puisant aussi bien dans la musique argentine que dans le swing, le bebop, le cool jazz, et flirtant parfois avec des textures jazz-rock. De bout en bout, l’auditeur est surpris par une palette sonore qui renouvelle le genre sans jamais le trahir. Nous sommes ici à des années-lumière des formations manouches purement commerciales qui ont fleuri dans les années 1990 et 2000. La musique est guidée par une réflexion artistique, non par une formule.

Cette réflexion se traduit par des arrangements d’un niveau remarquable, modernes, structurés, et d’une profondeur peu commune pour un style qui s’est trop souvent contenté de la tradition. En ce sens, Evolution répond à ce qui a longtemps manqué au jazz manouche: la capacité à interroger son propre langage et à l’élargir sans perdre son identité.

L’équipe réunie pour ce projet ne fait que renforcer cette vision. Samson Schmitt, guitariste soliste d’un talent exceptionnel, qui a repris le flambeau de son père, allie fougue et maîtrise. Ludovic Beier s’impose comme une voix improvisatrice unique à l’accordéon et à l’accordina. Le violoniste Pierre Blanchard, membre du groupe depuis 2006, apporte une maîtrise stylistique étendue qui permet à la musique de circuler librement entre les genres. Ensemble, les solistes traversent les changements harmoniques avec une articulation irréprochable, une expressivité narrative marquée et une solide intelligence structurelle.

Ils sont portés par une section rythmique d’une autorité rare: le bassiste Antonio Licusati, dont le son ample ancre l’ensemble, et le guitariste rythmique Francko «Locomotive» Mehrstein, cousin de Schmitt, dont l’énergie génère un swing irrésistible. L’harmonisation collective, subtile et puissante, révèle une esthétique de groupe qui privilégie la cohésion à la démonstration individuelle.

«Nous jouons vite et fort, non par esprit de compétition, mais parce que cela fait partie de notre esthétique», explique Beier. «L’essence manouche est toujours présente, mais notre expérience du XXIe siècle est tout aussi essentielle.»
Sur Swing and Ready, un thème traditionnel est ainsi revisité à travers une approche modale dans les solos, équilibrant l’héritage du swing et de la culture manouche, tout en intégrant de nouveaux licks et phrasés issus des époques bebop et cool, avec parfois une touche de jazz-rock.

Pour les Allstars, cette synthèse définit précisément le concept d’Evolution. Comme le formule Beier avec une image particulièrement parlante: «Django rencontre Miles, Charlie et Herbie lors d’une fête organisée par les Allstars.»
Une formule qui résume avec une étonnante justesse l’esprit du projet.

Au-delà de la performance artistique, indéniable, se déploie une véritable réflexion intellectuelle sur ce qu’est, et ce que doit devenir, cette musique. Une telle capacité à se renouveler est la marque des plus grands artistes. La comparaison la plus évidente est celle de Miles Davis, dont les multiples métamorphoses créatives ont redéfini le jazz à plusieurs reprises au cours d’une seule vie. Exceptionnel, certes, mais animé du même esprit d’évolution permanente que celui qui anime aujourd’hui les Django Festival Allstars.

Les Django Festival Allstars représentent ainsi bien plus qu’un ensemble virtuose. Ils incarnent une renaissance d’un style, un renouveau d’une forme d’art, porté par une sensibilité qui touche par la seule qualité des interprétations. Au fil des années, des dizaines d’artistes majeurs du jazz ont collaboré avec les Allstars lors du festival au Birdland, parmi lesquels Grady Tate, James Carter, Randy Brecker, Cyrille Aimée ou encore Madeleine Peyroux. À l’écoute de Evolution, on comprend immédiatement pourquoi.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, February 2nd 2026

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To buy this album

Website

 

This high-octane and dazzling audiophile studio album of memorable new gypsy jazz compositions celebrates 25 Years of the historic Django Reinhardt NY Festival from which the Allstars emerged in 2002. One of the most thrilling groups in jazz, the Allstars honor and expand the legacy of Reinhardt & Grappelli’s ‘Gypsy Swing’, which became the rage of Paris in the 1930s and ‘40s and has recently resurged in popularity. Allstars anchors Samson Schmitt (guitar), Ludovic Beier (accordion/accordina), and Pierre Blanchard (violin) shine in the ensemble and as composers and featured soloists.

Releases February 13, 2026

Artists:
Samson Schmitt – Lead Guitar
Ludovic Beier – Accordion, Accordina
Pierre Blanchard – Violin
Francko Mehrstein– Rhythm Guitar
Antonio Licusati – Double Bass

Track Listing:
Rire avec Charlie
El Destino
Casse Noisette
Balkanic Dance
Around Toots
Lovely Wife
Swing and Ready
Nothing But Kind
Sunshine In My Heart
Piazza Italia
Dorado’s Smile
Stenli