| Blues |
De par le vaste monde, tout amateur de blues qui se respecte a forcément entendu parler d’Antone’s. Derrière ce club mythique (véritable quartier général du blues à Austin, et pôle fédérateur du blues au Texas) se tient de nos jours encore l’ombre de son fondateur, Clifford Antone. Héritier d’une lignée gréco-libano-syrienne débarquée au début du XXème siècle via New-Orleans, le jeune Clifford était le neveu de Jalal Antone (qui fonda à Houston une célèbre chaîne de sandwiches parlors). Quand il établit son club éponyme à Austin en 1975, le lieu ne tarda pas à devenir le repaire d’impétrants bluesmen & women tels que les frères Vaughan (Stevie Ray et Jimmy), Lou Ann Barton, Kim Wilson, Anson Funderburgh, Jim Suhler, Smokin’ Joe Kubek et autres Mike Morgan & The Crawl, ainsi qu’à asseoir sa renommée en programmant à la petite semaine des pointures telles que Clifton Chenier, Fats Domino, John Lee Hooker, Clarence “Gatemouth” Brown, Muddy Waters, Bobby ‘Blue’ Bland ou B.B. King. Expulsé de l’Université du Texas après y avoir été arrêté pour trafic de marijuana, Clifford devait néanmoins récidiver près de trente ans plus tard (plaidant alors le “simple” blanchiment, il n’y écopa pas moins de quatre ans fermes). Cédant pour cette funeste période la gérance du club à sa frangine Susan, il en reprit les rênes à sa sortie, pour finalement s’éteindre d’une défaillance cardiaque il y eut vingt ans en juin dernier (à l’âge précoce de 56 berges). Si le label adossé qu’il avait fondé ne lui survécut pas (il s’agissait d’Antone’s Records, qui édita notamment les tout premiers albums de Sue Foley, Lou Ann Barton, Candye Kane, Angela Strehli, Marcia Ball, Kim Wilson et Omar & The Howlers), le club se porte par contre toujours comme un charme, et pour célébrer son demi-siècle, New West Records (désormais dépositaire du catalogue et des masters d’Antone’s Records) a publié l’an dernier un coffret 4 CDs (“Antone’s 50th Allstars – 50 Years Of The Blues”, assorti d’un double LP, “The Last Real Texas Blues Album”) gorgé de raretés live et studio d’Albert Collins, Gary Clark Jr, Otis Rush, Jimmie Vaughan, Doyle Bramhall II, Ruthie Foster, Kim Wilson & the Fabulous Thunderbirds, Barbara Lynn, Lou Ann Barton et Sunnyland Slim (entre autres). Comme toujours en pareil cas, aussi foisonnante que pût être cette anthologie, elle ne prétendait nullement à l’exhaustivité: à preuve, ce CD-ci s’avère le premier d’une potentielle série d’outtakes issus des mêmes archives. Et comme nous allons le découvrir, le casting ne s’en avère pas moins prestigieux, puisque sa set-list s’ouvre sur l’ami John Primer (dont l’album et le film “Tribute To Theresa’s” furent récemment chroniqués ICI et ICI), interprétant avec entrain et vélocité la plage titulaire signée en son temps par Jimmy Rogers. Pour compléter les références à la Muddy Waters Connection, c’est Steve Bell (fils du regretté Carey et frère de Lurrie) qui y officie à l’harmonica. Le “One Step At At Time” de Clifton Chenier comporte pour sa part son lot de têtes couronnées, puisqu’il présente non seulement Ivan Neville au chant et à l’orgue, mais aussi Jimmy Vaughan… à l’harmonica et backing vocals! Et pourquoi n’y figure-t-il pas à la guitare, demandez-vous à bon droit?.. Eh bien pour la simple raison que ce poste est occupé par les Heckle et Jeckle déplumés des Rolling Sonotones, Ronnie Wood et Keith Richards en personne (tandis que Steve Riley y officie à l’accordéon). La chanteuse de Houston Kam Franklin reprend ensuite l’un des hits intemporels immortalisés par Bobby ‘Blue’ Bland, “I Wouldn’t Treat A Dog (The Way You Treated Me”), avec le soutien du propre fils de ce dernier (Rodd) à la batterie, ainsi que d’une section de cuivres aux petits oignons. C’est à Doyle Bramhall II (sparring partner de Clapton, mais aussi ex-artiste maison d’Antone’s Records) qu’il échoit de rendre hommage au non moins regretté Hound Dog Taylor, en reprenant son fameux “Give Me Back My Wig”. À ses côtés, on signalera la présence de deux batteurs (Jay Moeller et JJ Johnson), ainsi que des six cordes du vétéran Derek O’Brien. Belle version en somme, respectant le joyeux chahut des Houserockers originaux. C’est entouré du line-up actuel des Fabulous Thunderbirds (à savoir Johnny Moeller et Billy Flynn aux guitares, Steve Kirsty à la basse, Bob Welsh à l’orgue et Rudy Albin aux baguettes, augmentés d’une conséquente section de cuivres) que Kim Wilson délivre sa propre relecture du “I’m Not Ashamed” de Deadric Malone (alias Don Robey), où il confirme si besoin était quel immense vocaliste il demeure, avant qu’accompagné de la fidèle Sarah Brown aux quatre cordes, du Hammond B3 de Nick Connolly, ainsi que des six cordes d’O’Brien et des Texas Horns de Mark Kazanoff et John Mills, Anson Funderburgh ne restitue une terrassante version du “Backstroke” instrumental d’Albert Collins, en authentique Texas double-shuffle – assurément l’un des musts absolus de cette collection! Suit un émouvant extrait audio d’une interview du défunt patron, Clifford Antone himself, où ce dernier clame son amour aussi passionné qu’indéfectible pour la musique qui nous occupe ici, tout en citant quelques un des noms de l’Antone’s extended family. C’est l’ultime rescapé de ZZ Top, le grand Billy Gibbons qui, en bon Texan, passe livrer le shuffle lascif et saturé “Hangin’ On A Cliff”, accompagné de Chris Layton (ex-SRV’s Double Trouble) et des claviers de Mike Flanigin: du Slim Harpo passé au papier de verre! Seconde reprise de Jimmy Rogers, “Act Like You Love Me” déboule sous les doigts et le gosier de Lurrie Bell, avec pour renfort, outre le drumming de Jay Moeller, les Texas Horns (cette fois Kazanoff et Joe Sublett), les ivoires de Connolly et la basse de Scott Nelson. Manifestement, cet autre rejeton du regretté Carey continue de perpétuer avec brio la flamme familiale, tout comme la grande Marcia Ball (au piano derrière Lavelle White et Derek O’Brien pour une cover du “Baby What’s Wrong” de Jimmy Reed, avec Kazanoff cette fois à l’harmonica). La conclusion revient à John Primer et Lil’ Ed Williams qui, avec l’harmonica de Steve Bell et le drumming de Kenny “Beady Eyes” Smith (fils légitime de Willie “Big Eyes”, longtemps batteur du Muddy Waters Band), proposent une version enflammée du classique “Got My Mojo Working”. Un album à chérir, et à ranger auprès de ceux de la série “From The Vaults” de ce bon Bob Corritore.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, September 22nd, 2026
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Release party sur place le jeudi 24 septembre 2026, avec Lurrie Bell, Anson Funderburgh, CC Adcock, Ivan Neville, Derek O’Brien, Sarah Brown, Rodd Bland, The Texas Horns, Ernie Johnson, Eve Monsees, Gypsy Mitchell et des invités surprise!
